Bilan

Talent africanisant

Méconnue du grand public, Carole Befolo, cheffe à domicile, électrise les saveurs africaines en alliant un savoir classique et une approche moderne.

Crédits: @ Fotso Jean

Au détour d’une conversation orientée sur la cuisine, Carole Befolo parle d’une voix douce qui berce même à travers un masque. Avec une intonation aussi envoûtante que rassurante qui intrigue, aiguise la curiosité et nous pousse à découvrir un personnage sortant des sentiers battus gastronomiques. Après quelques échanges, il est certain que cette cheffe de cuisine d’origine camerounaise ne laisse pas indifférent. 

Fille de cuisinier, elle grandit en Afrique et tous ses plats sont encore imprégnés de ses souvenirs d’enfance. C’est son père qui lui passe la passion de la flamme et le culte des fourneaux mais le destin les sépare malheureusement beaucoup trop tôt. «Nous avions une relation fusionnelle et même à ce jour, mon père est toujours à mes côtés. Mon rapport avec la cuisine vient de lui…d’une certaine manière en suivant cette voie, je lui rends hommage tous les jours».

Cameroun – Savoie - Genève

À peine âgée de 8 ans, la jeune fille quitte le continent africain direction Chambéry. Après s’être adaptée à l’éducation française, elle intègre l’École Hôtelière de Challes-les-Eaux et sort major de sa promotion. Animée d’une passion culinaire jusque dans le bout de ses couteaux, elle enchaîne les expériences avant de se poser derrière les fourneaux du Café des Bains à Genève. «Malgré mon manque d’expérience, le chef Alexandre Rico m’a totalement fait confiance et m’a permis de m’exprimer. Cette expérience était un réel bonheur». 

Carole Befolo
© Fotso Jean

Son tempérament apaisé ne l’empêche pas d’avoir de l’ambition et de souhaiter faire évoluer sa cuisine. Après un rapide détour à l’Auberge d’Hermance chez Frantz Wehren, la situation actuelle la pousse à devenir cheffe à domicile par intérim avant de se mettre définitivement à son compte. Le premier confinement scelle l’affaire et libère la talentueuse cuisinière. En pleine crise sanitaire, elle prend la direction de l’entrepreneuriat. Un défi qui ne l’effraie aucunement. «C’est justement lors de tels chamboulements qu’il faut faire des choix qui changent toute une vie».

Carole prend son courage à deux mains et, à travers sa cuisine, elle décide de mettre en avant qui elle est et d’où elle vient. Impossible d’oublier ses origines! La jeune femme puise dans son ADN sensorielle les saveurs qui ont bercé toute son enfance aux côtés de son père. «La cuisine africaine que je propose vient du cœur. Je ne cherche pas à faire différent pour faire différent». 

Produits 100% Africains

Tout en restant moderne et contemporain, le concept africanisant propose les plats traditionnels camerounais qui ont accompagné le parcours de la cuisinière ainsi qu’une cuisine végétale comme ces feuilles de manioc cuites dans de l’huile de palme mélangée à de l’arachide et un peu de sucre. «Pour l’élaboration de mon menu africanisant, j’essaye d’utiliser, dans la mesure du possible, 100% de produits africains». Laissons-nous séduire par un velouté igname, des ravioles de queue de bœuf et son bouillon de biffagag, un poisson chat fumé au bois homis et une envoûtante espuma de manioc.

© Marcel Kultscher

Avec plusieurs cordes à son arc, Carole n’exclut pas l’élaboration d’une cuisine fusion, communément appelée «afro-fusion», avec l’introduction de produits africains au sein d’une cuisine occidentale. C’est lors d’un voyage au Cameroun qu’elle retrouve les saveurs d’une gastronomie racinaire et identitaire, un retour aux sources en quelque sorte. Comme une forme de pèlerinage initiatique, ce sont les femmes de la famille qui lui transmettent le savoir d’une cuisine ancestrale. «J’ai passé du temps avec ma grand-mère et ma mère pour apprendre. Des méthodes de cuisson à la sélection des produits, en passant par le respect des saisons et l’accord des saveurs, j’ai trouvé le fil conducteur de ma cuisine».


La Covid-19 a-t-il impacté votre activité?

Carole Befolo: Oui, dans le bon sens du terme me concernant. Les fermetures répétitives des restaurants ne donnent plus l’occasion aux clients de sortir. Alors ils sont plus enclins à faire appel à des services de cheffe à domicile.

La scène food africaine reste très discrète en comparaison avec la gastronomie asiatique ou sud-américaine? Pourquoi?

Ça prend du temps mais les chefs d’origine africaine commencent enfin à s’exporter vers d’autres continents. C’est aux États-Unis qu’ils sont les plus présents et démocratisent avec talent et brio la gastronomie africaine. Je ne peux que m’en réjouir.

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Edouard Amoiel

Chroniqueur culinaire

Lui écrire

Petit-fils de restaurateur, fils de marchand de vins, diplômé de l’Ecole Hôtelière de Lausanne, chroniqueur culinaire pour le journal Le Temps et pour mon site Amoiel.ch, épicurien, aussi gourmand que gourmet, hédoniste, poète… l’idée d’écrire sur la gastronomie m’est apparue comme une évidence.

Ma démarche est avant tout de mettre en valeur et de faire découvrir des chefs, des restaurateurs, des producteurs et des créateurs. qui se donnent corps et âme à leur métier.

Alors, rejoignez-moi dans cette aventure culinaire truffée de gourmandises, de surprises et de plaisirs.

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