Bilan

Raphaël Maye: un déclic pour sceller son destin aux ceps

En Valais, Raphaël Maye a repris le domaine viticole familial à Chamoson. Après diverses expériences lointaines, il perpétue désormais une tradition héritée de deux générations ayant préparé le terrain pour son action.

Raphaël au milieu de ses vignes pendant les récentes vendanges.

Crédits: DR

Raphaël Maye, petit-fils de Simon Maye, appartient à la troisième génération de vignerons valaisans. En 2020, il reconvertit la totalité du domaine en agriculture biologique. En pleine période des vendanges, entre deux récoltes de grappe de raisin, Raphaël Maye a néanmoins accepté de nous accorder un entretien. Du haut de ses 30 bougies, le jeune vigneron reprend les rênes du domaine et continue de perpétuer les traditions familiales datant de 1948.

Passionné inconditionnel des grands espaces et des paysages de sa région, le jeune homme passe son enfance dans le domaine. Il se remémore encore avec nostalgie le souvenir de son père, Jean-François, partir au loin sur son tracteur: «Je me rappelle encore l’odeur des raisins pressés après la récolte. Avec les premières fraicheurs automnales, c’est tout un mélange enivrant qui a bercé mon enfance».

Agriculture, Changins... et un déclic amical

Tombé dans la cuve dès son plus jeune âge, le jeune Raphaël succombe aux charmes de la vigne bien après son adolescence. Aucunement pressé par le temps ni par la famille, il poursuit sa vie en toute quiétude et innocence. Pour lui, le monde scolaire n’est pas un lieu d’épanouissement mais plutôt un environnement régressif. Un brin rêveur, il a néanmoins toutes les capacités pour réussir, académiquement parlant, mais ne s’en donne pas la peine: «Je ne voyais pas l’intérêt de m’enfermer dans ce système éducatif et préférais m’épanouir à l’extérieur».

Et pourtant, il retourne à l’âge de 16 ans sur les bancs de l’école en s’inscrivant à l’École d’Agriculture Cantonale avant de poursuivre à la Haute École de Viticulture et Œnologie de Changins. Diplômes en poche, il rencontre le philosophe du vin, Jacques Perrin, patron du célèbre Club des Amateurs de Vins Exquis (CAVE SA) et son collègue Nicolas Herbin. Un déclic amical et professionnel s'opère qui va définitivement sceller son amour pour la vigne: «Ils m’ont pris sous leur aile. C’est vraiment grâce à eux que j’ai aimé ce métier».

Passage de témoin générationnel

Sans avoir l’intention de repousser l’inéluctable échéance de sa prise de fonction au domaine familial, Raphäel Maye décide de faire ses premières armes à l’étranger. A 20 ans, il part pour l’Australie et découvre un savoir-faire très différent de ce qu’il a appris. «J’ai rapidement compris que ce n’était pas le genre de vins que je souhaitais élaborer. L’expérience en soi était très intéressante mais les Australiens n’ont pas encore la notion du terroir».

Avant de définitivement poser ses valises à Chamoson, il passe par la case piémontaise et tombe rapidement amoureux de la région et de son cépage de prédilection: le nebbiolo. Son père et son oncle attendent de pied ferme le retour du fils prodigue. L’entente fonctionne mais les distances intergénérationnelles demeurent: «Au départ, c’était compliqué mais il fallait se montrer intelligent des deux côtés. A moi de respecter le travail qui avait été fait depuis les trente dernières années et à eux de prendre la peine d’écouter ma vision et mes idées».

Le temps aidant, les personnalités s’accordent pour le bien de la vigne. Depuis 2017, Raphaël a véritablement repris les rênes. Le jeune vigneron perpétue la culture de vins parcellaires en mettant l’accent sur l’appellation terroir pour l’ensemble de son domaine. Avec une production annuelle de 70'000 bouteilles, également répartie entre le blanc et le rouge, le jeune patron ne souhaite pas privilégier un cépage au dépend d’un autre: «Je considère un fendant au même niveau qu’une syrah vieille vigne. Les deux se doivent d’être bons. Nous prêtons la même attention à tous nos vins».

Même si 2020 est l’année de la reconversion en agriculture biologique avec l’obtention du certificat officiel, cette décision est la continuité d’une philosophie déjà initiée par la génération précédente: «Il faut des années pour préparer les sols et les terroirs. C’est un changement qui s’est fait graduellement au fil du temps. De toute façon, il me paraît difficile de faire autrement».

Constatez-vous une augmentation de l’exportation de vos vins?

Je préfère toujours vendre mon vin à quelqu’un que je connais. 80% de nos ventes sont destinées à une clientèle privée nationale. Nous avons ce luxe de pouvoir choisir les établissements à qui nous vendons nos bouteilles. Je ne cherche pas à exporter, même si je n’y suis pas opposé.

Malgré des prévisions très sombres sur la situation mondiale en raison du Coronavirus, demeurez-vous confiant en l’avenir?

Je pars du principe que si l’on continue à travailler sérieusement, il est possible de traverser les tempêtes. Si c’était bon avant la crise, il n’y a pas de raison pour que, du jour au lendemain, ce ne soit pas bon après.

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Edouard Amoiel

Chroniqueur culinaire

Lui écrire

Petit-fils de restaurateur, fils de marchand de vins, diplômé de l’Ecole Hôtelière de Lausanne, chroniqueur culinaire pour le journal Le Temps et pour mon site Amoiel.ch, épicurien, aussi gourmand que gourmet, hédoniste, poète… l’idée d’écrire sur la gastronomie m’est apparue comme une évidence.

Ma démarche est avant tout de mettre en valeur et de faire découvrir des chefs, des restaurateurs, des producteurs et des créateurs. qui se donnent corps et âme à leur métier.

Alors, rejoignez-moi dans cette aventure culinaire truffée de gourmandises, de surprises et de plaisirs.

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