Bilan

Quelles sont les conséquences du franc fort pour les vins suisses ?

L’exportation de leur production et la concurrence des vins étrangers sur sol suisse sont les nouveaux défis des vignerons helvétiques.

les vins suisses sont confrontés à la concurrence des vins européens

C'est la période des salons viticoles en Europe et les détaillants de vins suisses se régalent. Ils vont non seulement pouvoir déguster de bons crus, mais également commander des bouteilles jusqu’à 20% moins cher que prévu, grâce à la baisse de l’euro face au franc. Et répercuter ainsi les nouveaux prix sur les flacons vendus sur sol helvétique. « Une fois nos stocks vendus, nous allons ajuster les prix sur tous les vins de la zone euro, une baisse pouvant aller jusqu’à 20% », confirme le Caveau de Bacchus. La boutique genevoise espère ainsi récupérer une clientèle partie faire ses emplettes de l’autre côté de la frontière. En effet, plusieurs magasins de vins de France voisine ont connu un afflux massif  et historique de consommateurs helvétiques le week-end dernier. Quant à elle, l’enseigne genevoise admet ne pas avoir  assisté à une telle baisse de fréquentation depuis des années. Ainsi, en baissant rapidement leurs prix, les magasins locaux entendent surtout récupérer leur clientèle avant qu’elle ne change ses habitudes d’achat.

Compétitivité des vins suisses

Même si l’interprofession entend augmenter son exportation à 5% de sa production d’ici 2020, le commerce avec l’étranger n’est pas la plus grande préoccupation actuelle de la branche. Certes quelques vignerons ont vu des commandes annulées suite à l’annonce de la BNS. Mais l’impact du franc fort se fera plutôt ressentir sur le marché interne avec la baisse du prix des vins étrangers. D’autant plus que les vins d’entrée de gamme sont déjà très peu compétitifs en comparaison des vins européens et de ceux du nouveau monde. « Les vins bons marchés en Suisse sont déjà les plus chers du monde », confirme le vigneron vaudois Philippe Bovet. Martin Wiederkehr,  directeur de la Cave de Genève  renchérit que « l’élasticité-prix de ces vins est très grande ». Ce sera donc les vins produits en grand volume d’entrée de gamme, déjà soumis à la concurrence, qui risquent de souffrir encore plus. Par contre, les intervenants sont convaincus qu’il y aura toujours une clientèle pour les vins de qualité suisses.

Pas de baisse de prix prévue

Propriétaire du domaine Les Perrières à Peissy (Genève), Bernard Rochaix n’est pas très inquiet, même s’il appréhende une baisse générale de la consommation en Suisse due à une conjoncture en berne. Pour l’heure, le domaine n’a pris aucune décision quant à la diminution des prix de ses flacons même si la baisse de l’euro profitera légèrement aux vignerons, notamment dans l’approvisionnement de verre et de bouchons. Philippe Bovet exclut également de baisser ses prix. Il envisage même de les augmenter légèrement cette année. Celui qui exporte presque 5% de sa production aux restaurants des stations de ski françaises a conclu ses ventes avant la fin du taux plancher. Ce qui lui fait dire qu’il réagira au moment venu.

Violaine Blétry de Montmollin, à la tête de l’office des vins de Neuchâtel estime quant à elle qu’il y aura bel et bien des implications du franc fort sur le marché suisse. « On doit rester à des prix concurrentiels, même si c’est difficile de baisser les prix car les marges sont très faibles ». « Les coûts sont trop élevés en Suisse pour baisser les prix », affirme le directeur de la Cave de Genève. Une des solutions préconisées : que les distributeurs jouent le jeu de défendre les produits locaux. « Les politiques vont également devoir prendre position », estime la directrice de l’office des vins de Neuchâtel. « Heureusement, les Suisses aiment  les produits locaux. On va donc continuer à promouvoir nos produits en ciblant les vins suisses. » Et Philippe Bovet de conclure : « Nous allons devoir montrer à nouveau aux clients la valeur et la qualité de notre travail et de nos produits. »

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

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Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l’Université de Genève. Elle débute sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Journaliste depuis 2010 pour le magazine Bilan, elle est spécialisée dans les PME. En grande amatrice de vins et gastronomie, elle est également responsable du supplément Au fil du goût encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal contribue par ailleurs régulièrement aux suppléments Luxe et Immo Luxe de Bilan.

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