Bilan

Paul Charmillot: l’homme derrière MagicTomato

Avec sa société de livraison de produits frais, artisanaux et locaux, le patron genevois Paul Charmillot continue son ascension vers les sommets avec son entreprise MagicTomato. Portrait d’un patron en phase avec son temps et ce, malgré la crise sanitaire.

MagicTomato a développé son concept depuis plusieurs années, mais le contexte actuel lui donne des ailes.

Crédits: DR

C’est au sein d’un bâtiment caché derrière des immeubles vides appartenant à de grands groupes horlogers que se tient l’entretien avec Paul Charmillot. Situé au cœur de la zone industrielle de Plan-les-Ouates, ce décor d’une ville moderne abandonnée semble sortir tout droit d’une image «post crise des subprimes». A l’exception d’une certaine agitation dans le hangar de MagicTomato, il n’y a pas âme qui vive dans les parages.

Voir ces travailleurs acharnés organiser des paniers en attente d’être livrés aux quatre coins du canton est aussi rassurant que réconfortant tant l’environnement est pesant et anxiogène. Et pourtant! Après avoir grimpé les deux étages, nous retrouvons le jeune entrepreneur genevois au sein d’un espace de coworking où une table de ping-pong côtoie des tableaux et objets contemporains destructurés. Avec un pull à capuche couleur grenat (il est fan du Servette FC), des jeans et des baskets, l’entretien masqué peut commencer!

De la banque aux carottes

Fils d’une mère d’origine libanaise et d’un père suisse, le mélange des saveurs tant suisses que méditerranéennes ont bercé les jeunes années de Paul Charmillot. Un velouté d’oranges amères et tahini accompagné de boulettes de viande le replonge directement au cœur des émotions culinaires familiales et dominicales. Élève doué sans être studieux, il est néanmoins aussi farceur qu’espiègle dans son environnement scolaire.

Son parcours l’amène dans le milieu bancaire et le financement d’entreprises. Après douze ans de bons et loyaux services, il souhaite aborder un nouveau chapitre de sa vie en intégrant le monde de la haute joaillerie. Cette étape va durer quatre ans et à l’âge de 34 ans, il décide de donner plus de sens à sa vie professionnelle en lançant un business à impact positif: «Je savais que cette aventure devait se rapprocher, de près ou de loin, du monde culinaire».

Paul Charmillot se rend vite compte que l’accessibilité à l’artisanat gastronomique est limitée et contraignante en termes d’organisation et de temps: «J’ai commencé à imaginer un monde où les bons produits frais d’artisans indépendants pourraient être livrés le jour même devant ma porte». Tel un superhéros en lutte contre la malbouffe et la grande distribution, MagicTomato voit le jour en 2016. Pour Paul Charmillot, la première étape consiste à partir à la rencontre de chaque artisan et écouter leur histoire. «Au tout début, je ne connaissais personne et au fil du temps, ils m’ont tous fait confiance», explique-t-il.

Il commence à sonder ses futurs partenaires au niveau des prix à pratiquer et constate qu’il s’aligne inconsciemment sur ceux d’une chaîne de supermarché. Paul n’en revient pas et sait qu’il tient le bon filon. Il démarre en effectuant les livraisons lui-même. La croissance se fait graduellement et les commandes deviennent régulières. L’offre s’étoffe: les bouchers, les poissonniers et les fromagers pointent le bout de leurs produits et rejoignent l’aventure. Un leitmotiv? Toujours réinvestir les bénéfices dans l’entreprise car la fidélisation de la clientèle prend du temps et nécessite de nombreux critères d’investissement. «A condition que le budget disponible soit suffisant, j’injecte les fonds dans la publicité. La visibilité c’est la clé et je n’avais pas forcément prévu de déclencher un tel changement d’habitudes chez le consommateur»!

Le levier du Covid-19

Sans négliger pour autant la clientèle qui se rend au marché, MagicTomato vise avant tout ceux qui s’évertuent à faire leurs courses dans des supermarchés. Le bouche-à-oreille fonctionne et la mayonnaise virtuelle prend entre les commerçants et les clients. Mais c’est lors de la crise sanitaire que l’entreprise va se révéler aux yeux du grand public.

A partir de la mi-mars, les premières files d’attente se forment devant les chaînes des supermarchés… un malheureux concours de circonstance dont bénéficie l’entrepreneur: «Le Covid a été notre accélérateur! J’ai dû changer l’organisation complète de notre structure pour faire face à la demande. Du jour au lendemain, les rituels de consommation se sont effondrés. Normalement l’un des points négatifs de l’achat de produits alimentaires en ligne est de ne pas pouvoir les toucher. Maintenant, c’est l’inverse; le négatif devient positif et les consommateurs apprécient que les règles d’hygiène limitent la manipulation des denrées alimentaires».

Avec déjà deux écosystèmes d’artisans actifs à Genève et Lausanne, et une ouverture prévue à Berne, l’avenir de MagicTomato est bel et bien radieux dans un ciel de crise sanitaire qui continue à s’assombrir.

Quel est le pourcentage de hausse du nombre de commandes suite à l’annonce du premier confinement?

En cours de migration informatique, nous avons eu techniquement une hausse de 500% suite à la fermeture des commerces à partir de mars 2020.

Quels sont vos objectifs pour 2021?

Continuer la création de nouveaux écosystèmes d'artisans dans d'autres régions et ainsi augmenter notre impact positif.

Comment le modèle d’entreprise de MagicTomato peut-il être durable dans le temps?

Tout en continuant à être dans une optique d’autofinancement, nous gardons notre philosophie de circuit-court et en flux tendu «du jour» .

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Edouard Amoiel

Chroniqueur culinaire

Lui écrire

Petit-fils de restaurateur, fils de marchand de vins, diplômé de l’Ecole Hôtelière de Lausanne, chroniqueur culinaire pour le journal Le Temps et pour mon site Amoiel.ch, épicurien, aussi gourmand que gourmet, hédoniste, poète… l’idée d’écrire sur la gastronomie m’est apparue comme une évidence.

Ma démarche est avant tout de mettre en valeur et de faire découvrir des chefs, des restaurateurs, des producteurs et des créateurs. qui se donnent corps et âme à leur métier.

Alors, rejoignez-moi dans cette aventure culinaire truffée de gourmandises, de surprises et de plaisirs.

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