Bilan

Emmanuel Heydens: résilience et optimisme pour le passeur de vins

Avec l’ouverture d’un nouveau «Passeur de Vin» au cœur des Eaux-Vives, Emmanuel Heydens nous fait partager ses dernières pépites viticoles.

Emmanuel Heydens étend son réseau de boutiques.

Crédits: DR

Quand on a la chance de rencontrer Emmanuel Heydens entre deux dégustations de vin vivant, on peut constater qu’il émane de lui une forme de quiétude même en pleine crise sanitaire. Tout en restant concerné par la situation ambiante, le patron du Passeur de Vin conserve une clarté de pensée quasi philosophique. Fataliste sans pour autant dramatiser, il navigue au gré des eaux… qu’elles soient agitées ou apaisées. Serein jusqu’au bout du bouchon, il semble même imperturbable.

C’est avec l’ouverture d’un nouveau magasin, dédié à ses breuvages natures, qu’il poursuit une carrière débutée il y a plus de 30 ans. Avec une équipe fidèle acquise depuis longtemps à sa cause, il fait face à une crise sans précédent avec un certain recul et une bonne dose de sagesse.

Introspection

Nous retrouvons Emmanuel Heydens («Manu du Passeur» pour les intimes) au sein de son nouveau magasin situé à quelques encablures du Léman. Alors que des casiers de rangement sont en cours d’installation, c’est avec le sourire qu’il nous présente son deuxième temple dédié à la vigne vibrante au milieu des pétillants, des vins orange et des sakés: «Même virtuellement autour d’une conversation vidéo depuis la maison, le vin continue d’être un vecteur d’émotion et de partage. A nous de continuer cet échange… voire même davantage en temps de crise».

Le premier confinement lui permet de mettre de l’ordre dans ses idées. Introspection personnelle? Sûrement! Impossible pour cet expert de baisser les bras lors de difficultés rencontrées; l’échange humain est bien trop vital pour lui. «Contrairement à d’autres commerces, nous avons eu beaucoup de chance de pouvoir rouvrir. Il nous faut continuer de défendre la qualité, l’émotion, la générosité et l’engagement des vignerons. La Covid-19 nous permet d’aller encore plus vers l’essentiel».

Lors de cette dernière année tout particulièrement, Emmanuel Heydens constate l’engouement autour du vin orange. La demande pour découvrir ce breuvage encore peu connu du grand public a provoqué une multitude de coups de téléphone. Plus structuré que le vin blanc, la teinte rosée des raisins après macération laisse naturellement place à la couleur orange. Afin de palier à une demande croissante, Emmanuel a enrichi sa gamme auprès de ses vignerons. Au même titre que le saké, un produit qui le passionne: «De la fermentation, de la minéralité et de la pureté… tout y est. Nous avons réalisé que les clients genevois étaient demandeurs de cet élixir japonais».

Malgré cet enthousiasme, il constate néanmoins une certaine frilosité lors de la réouverture en mai dernier. L’équipe en place doit faire face à la réticence des clients à faire le premier pas, doit les aider à franchir un palier et surmonter leur anxiété. Lors du deuxième confinement, la situation s’aggrave pour les principaux acteurs et le constat est identique: angoisse des restaurateurs comme des vignerons. «Personne n’en parle mais la situation est grave. La chaîne viticole est gravement touchée. Chacun à des niveaux différents, nous sommes tous impactés d’une manière ou d’une autre». La récente fermeture des commerces genevois a provoqué une transhumance vers la France et le canton de Vaud. Une décision grave de conséquences pour le canton et ses emplois. «Ça été l’estocade», déclare le patron.

Philosophie de vie

Même s’il est difficile actuellement de faire autrement, Emmanuel Heydens vit le moment présent. La transmission est plus que jamais sa philosophie de vie. Faire «passer» et faire connaître sans jamais s’arrêter. Donner sans attendre en retour. Écouter sans jamais penser tout savoir. Partager pour l’éternité. « C’est notre responsabilité envers notre clientèle. Il faut consommer avec du sens. Nous ne dérogerons jamais à ces engagements. C’est ce qui nous permet d’avancer ». Être un passeur est finalement tout cela…


Pourquoi avoir choisi le quartier des Eaux-Vives pour ouvrir une deuxième boutique dédiée au vin?

C’est un quartier en pleine ébullition avec un dynamisme et une jeunesse extraordinaire. Le Passeur se devait de faire partie de cette énergie. Pour en connaître la plupart, nous avons déjà de très bons rapports avec nos voisins.

Les restaurants ont enfin reçu l’autorisation de rouvrir le 10 décembre. Qu’en pensez-vous?

Je suis heureux pour mes confrères restaurateurs qui sont de précieux partenaires au quotidien. Depuis la fin du deuxième confinement, leur profession subit un acharnement sans précédent. Ils ont fait preuve d’une incroyable résilience. Eux aussi sont des passeurs.

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Edouard Amoiel

Chroniqueur culinaire

Lui écrire

Petit-fils de restaurateur, fils de marchand de vins, diplômé de l’Ecole Hôtelière de Lausanne, chroniqueur culinaire pour le journal Le Temps et pour mon site Amoiel.ch, épicurien, aussi gourmand que gourmet, hédoniste, poète… l’idée d’écrire sur la gastronomie m’est apparue comme une évidence.

Ma démarche est avant tout de mettre en valeur et de faire découvrir des chefs, des restaurateurs, des producteurs et des créateurs. qui se donnent corps et âme à leur métier.

Alors, rejoignez-moi dans cette aventure culinaire truffée de gourmandises, de surprises et de plaisirs.

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