Bilan

A Arvinis, les vins suisses face aux défis de la consommation en baisse

Déplacé l'an dernier de Morges à Montreux, le plus important salon des vins de Suisse a ouvert ses caves pour la deuxième fois au Centre de Congrès avec un hôte d’honneur, la Moldavie. Et des défis pour les viticulteurs suisses alors que la consommation de vin dans le pays est en recul.
  • Le salon Arvinis s'ouvre alors que les chiffres de consommation de vin en Suisse pour 2017 indiquent un nouveau recul des volumes.

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  • Les vignerons suisses doivent faire face à de nombreux défis, à la fois climatiques et financiers (franc fort depuis plusieurs années).

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«Le vin rassemble. Avec lui, vous buvez de l’émotion», a assuré le conseiller d’Etat vaudois Philippe Leuba, en inaugurant la 23e édition du salon Arvinis en présence du syndic de Montreux Laurent Wehrli. Organisée pour la 2e fois à Montreux – après de nombreuses années à Morges -, Arvinis 2018 s’annonce un grand millésime avec 200 exposants réunis sur 6000 m2 et quelque 5000 crus proposés à la dégustation. Ils proviennent du pays de Vaud, mais aussi de toute la Suisse et même de l’est européen avec la Moldavie, comme hôte d’honneur.

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Situé entre la Roumainie et l’Ukraine, ce petit pays de 3,5 millions d’habitants se vante d’une culture plusieurs fois millénaire: «On y produit du vin depuis 3000 ans avant J-C. Avec une production de 1,7 million d’hectolitres en 2016, la Moldavie fait partie des vingt plus grands pays producteurs de vins au monde», assure Gheorghe Arpentin, le directeur de l’Office nationale de la vigne et du vin de Moldavie. Le vignoble s’étend sur 112'000 hectares, dont 70% de cépages blancs (Rkatsiteli, Sauvignon blanc, Chardonnay, Aligoté) et 30% de variétés rouges (Cabernet Sauvignon, Merlot, Pinot noir, Saperavi).

Parmi les caves les plus célèbres de Moldavie, on peut citer celles de Purcari à Chisinau et celles de Cricova, connues dans le monde entier pour être un labyrinthe souterrain long de 100 km, où la temprature de 12 à 14 degrés est conservée naturellement toute l’année. Les caves de Cricova constituent aujourd’hui une destination touristique en plein développement. Elles abritent 1,3 million de bouteilles, y compris des pièces uniques, telles que le vin “Ierusalim de Pasti” (« Jérusalem de Pâques »), la liqueur “Ian Beher” (récolte de l’an 1902), aux côtés de 158 autres appellations de Bourgogne, Moselle, Tokaji, Rhein, etc.

Des liens entre Moldavie et Vaud

Et ce vignoble a des liens historiques avec les viticulteurs suisses et vaudois en particulier. En juillet 1820, une petite troupe de vignerons vaudois, dont un ancien municipal de Chexbres, a pris la route sur des chars pour créer à Chabag – à 70 km d’Odessa – une colonie suisse qui a vécu jusqu’en 1942. C’est le Tsar Alexandre 1er qui avait accordé une concession aux vignerons vaudois, emmenés par le botaniste veveysan Louis-Vincent Tardent, sur des terres conquises à l’Empire ottoman. Le tsar francophone était entré en contact avec le fondateur de la colonie par l’entremise de son précepteur, Frédéric-César de La Harpe.

Pour cette deuxième édition sur la Riviera, les organisateurs d'Arvinis sont ambitieux: l'édition 2017 avait réuni 18'000 visiteurs pour 200 exposants. Si ce dernier chiffre est maintenu, reste à voir si les visiteurs seront eux aussi au rendez-vous et si le succès de l'an dernier va se rééditer.

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Une édition 2018 qui s'ouvre alors que le secteur est en plein questionnement: le rapport «L'année viticole 2017» publié mardi par l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) note un recul de la consommation de vins (suisses et étrangers) dans notre pays en 2017. Selon les auteurs du rapport, 249 millions de litres de vins ont été consommés l'an dernier en Suise, dont 87 millions de litres de vins suisses et 163 millions de litres de vins étrangers. La consommation de vins suisses a reculé de 1,6% par rapport à 2016, mais sa part dans le total des vins consommés en Suisse reste stable à 35%. En effet, les vins étrangers ont aussi subi un recul de 1,1%.

Pour les vins suisses, une des raisons majeures pointées pour expliquer ce recul est la faiblesse des qualités et quantités vendangées entre 2013 et 2015. Mais les changements d'habitudes des consommateurs, qui souhaitent consommer moins mais de meilleure qualité sont aussi avancés pour expliquer le recul général de la consommation.

En 2017, ce sont les vins rouges qui ont subi la baisse la plus importante: -5,5% pour les vins rouges suisses et -1,6% pour les vins rouges étrangers. A contrario, les vins blancs ont connu une hausse: +0,8% pour les vins blancs suisses et +0,3% pour les vins blancs étrangers. Quant aux vins effervescents, la consommation a augmenté de 3,2% sur les douze mois de l'année écoulée. Les vins blancs ont représenté l'an dernier 83 millions de litres, soit près d'un tiers des vins consommés dans le pays.

L'effet du franc fort sur les vins suisses

Pour les cantons romands, le Valais a subi une forte baisse (de 351'000 à 320'000 hectolitres entre 2016 et 2017), de même que les vins genevois (de 99'000 à 73'000 hl), tandis que les vins vaudois ont été stables (246'000 à 245'000 hl), à l'instar des vins neuchâtelois (28'000 à 29'000 hl), et ceux des régions du lac de Bienne (11'000 hl, stables) et de Fribourg (de 6000 à 7000 hl). Côté alémanique, la consommation pour les vins de tous les cantons est en recul, à des degrés divers selon les régions.

Sur le long terme, la tendance au recul de la consommation de vin se confirme: entre 1992 et 2017, les volumes sont passés de 3'063'856 hl à 2'493'757 hl. Et le recul est plus important encore pour les vins suisses (de 1'400'000hl à 900'000 hl), tandis que les vins étrangers se maintiennent autour de 1'200'000 hl consommés chaque année en Suisse.

En plus des conditions climatiques, un autre facteur pourrait avoir affecté la consommation de vins suisses: le franc fort. La chute des vins suisses est encore plus manifeste depuis l'abandon du taux plancher par la BNS: les consommateurs suisses ont pu bénéficier d'un pouvoir d'achat accru en ce qui concerne les vins étrangers depuis cette période. Si le franc s'affaiblit face à l'euro ces derniers mois (et donc que le vin suisse redevient plus compétitif au niveau des prix face aux vins français, italiens, espagnols, portugais, allemands,...), les viticulteurs devront tout de même reconquérir les consommateurs qui ont pris d'autres habitudes ces dernières années.

D'où l'importance accrue de rendez-vous comme Arvinis où les vignerons suisses se taillent la part du lion. En dehors du pays invité et de quelques délégations étrangères, la grande majorité des exposants vient de Suisse. Pour eux, aller à la rencontre des consommateurs permet de renforcer le lien direct et la traçabilité aux yeux des amateurs du breuvage, afin de contrer l'effet des prix.

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Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

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Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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