Tsampéhro: le temps des racines

Au cœur du Valais, l’ambitieux projet Tsampéhro voit fleurir ses plus beaux nectars. Les vins du domaine, largement basés sur des cépages locaux, suivent la plupart des préceptes de la viticulture bio et expérimentent des solutions en biodynamie.

C’est d’abord l’histoire de racines humaines. Deux amis ayant fait leurs classes militaires ensemble qui se retrouvent sur des pistes de ski, des années après l’uniforme. L’un s’est dirigé vers l’univers de la finance à Genève, l’autre a consacré sa vie aux vins. Et c’est la passion des grands nectars qui anime leurs retrouvailles… et leurs projets ! Très vite, Christian Gellerstad et Joël Briguet forment un rêve: un clos où naîtraient des vins d’exception basés sur les pépites du terroir valaisan. Tsampéhro était né.

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A la tête de la Cave La Romaine à Vaas (près de Sierre) qu’il a fondée en 1989, Joël Briguet dispose de l’expertise: formations à Châteauneuf et Changins et bientôt 30 ans à développer son domaine où, sur une douzaine d’hectares de vigne, il produit 100'000 bouteilles dans une vingtaine de cuvées appuyées sur 24 cépages. «Pas de compromissions, même si des solutions de facilité pourraient permettre d’aboutir à des vins plus grand public ou des rendements plus élevés. Mais ce serait trahir ce terroir magnifique qui nous offre déjà des nectars extraordinaires», assume ce vigneron deux fois lauréat Etoile d’Or du Valais (2010 et 2011) avec son humagne rouge «Les Empereurs».

33 parcelles, pour un clos de 25’000m2

Membre du comité de direction de la Banque Pictet, Christian Gellerstad n’a jamais négligé les grands crus. Si c’est avec les chiffres de la finance qu’il a fait carrière, sa flamme pour les vins d’exception n’a jamais vacillé. Pas question cependant de s’aventurer là où d’autres ont un bagage éprouvé: lui se voit avec «un rôle fédérateur pour s’assurer que toutes les bonnes compétences sont réunies autour du projet, un rôle de facilitateur pour l’accès à une clientèle et une organisation, et un rôle de fou du roi, pour que tout le monde y croie», expliquait-il dès 2013 à Canal 9.

Et les compétences, elles sont là: Vincent Tenud est l’œnologue attitré de la Cave La Romaine depuis 2002, et, pour épauler ces trois associés, Johanna Dayer, la dernière arrivée (fin 2017) et qui a pris en mains les ventes et le marketing, tout en suivant de près la vinification, alors qu’elle poursuit la prestigieuse formation Masters of wine.

Mais l’aventure est aussi celle d’un terroir. Au cœur du Valais, les trois associés ont racheté pas moins de 33 parcelles, pour un clos de 25’000m2 dont 1,5 hectare replanté avec des cépages classiques (merlot, cabernet franc, cabernet sauvignon,…) mais aussi des variétés indigènes (rèze, heida, completer, cornalin), sans oublier le chardonnay, le pinot noir ou la petite arvine. Dix cépages en tout entrent dans la composition des vins. Le tout sur des pentes optimales, avec une déclivité moyenne de 35%, sur des éboulis calcaires complexes avec des schistes, sols acides à texture sablo-limoneuse. Et sur ces terres, pas question de tricher. Quand Joël Briguet parle «d’authenticité et d’honnêteté» des vins, Johanna Dayer complète en expliquant «une démarche respectueuse de l’environnement, s'inscrivant largement dans les critères bio sans en réclamer aujourd'hui la certification, et aussi des essais de pratiques issues de la biodynamie. L'idée n'est pas de s'appuyer sur un label pour séduire des consommateurs mais d'augmenter la qualité des vins».

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Respect de l’histoire également, jusque dans l’architecture du chai. Le bâtiment construit pour abriter le vieillissement des nectars offre à ces derniers un écrin en forme de théâtre, les fûts reposant sur des supports et alignés sur des terrasses successives. Comme un clin d’œil au passé romain du Valais, que le nom de la Cave La Romaine rappelle déjà. Au total, les trois associés ont injecté plus de trois millions de francs dans le projet. Avec l’ambition de rivaliser avec les plus grands crus du Bordelais, de Bourgogne ou d’Italie. Sans rien céder sur la spécificité alpine.

Et dans le verre, pas de compromis non plus. Trois cuvées chaque année: Tsampéhro rouge, Tsampéhro blanc et Tsampéhro brut (vin effervescent, méthode champenoise), avec un classement en éditions (la première pour la vendange 2011, la cinquième pour la vendange 2015). Et le Tsampéhro rouge notamment déploie un bouquet aromatique intense et ample. Celui de l’édition V (2015) associe des saveurs relevées d’épices, des notes de cerise et de cassis et des évocations de cacao torréfié. Le travail sur les rendements faibles mais qualitatifs portent leurs fruits avec des concentrations élevées d’arômes naturels qu’une vinification lente et douce (pressurages à basse pression, blocage des fermentations malo-lactiques pour les blancs, élevage en fûts de 17 mois au moins pour les rouges) renforce encore.

Des vins pour passionnés en pré-commande

Avec seulement cinq éditions et une production volontairement limitée, le Clos de Tsampéhro mise sur l’exception et une clientèle exigeante. La plupart des flacons trouvent preneur bien avant l’achèvement de la vinification, via un système de pré-commandes. Car  la démarche qualitative passe aussi par la notion d’exception: qualité exceptionnelle des vins, poussée plus loin année après année, mais aussi exception synonyme de rareté. Sur 2,5 hectares et avec des rendements faibles et des cépages indigènes, les vins de Tsampéhro ne seront jamais dans les rayons des supermarchés et même difficilement chez les cavistes: ce sont les passionnés du nectar qui pourront déboucher ces flacons.

Ceux aussi qui sauront prendre le temps. Car les nectars de Tsampéhro sont tout sauf des vins primeurs. Depuis la vigne jusqu’à la barrique et la mise en bouteille, tout a été fait pour que les qualités et la typicité se magnifient avec les mois et les années. La Suisse avait peu de vins de garde jusqu’à la fin du XXe siècle. Ces dernières années, dans les Grisons, au Tessin ou à Neuchâtel, certains vignerons ont voulu relever le défi. Le Valais ne pouvait être en reste. Avec l’Electus de Provins, le Cayas de Jean-René Germanier et le Tsampéhro rouge, les domaines de la haute vallée du Rhône peuvent désormais offrir leurs plus belles productions à celles et ceux qui savent prendre le temps.

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