Sur quel support regarderez-vous la télévision demain?

La RTS et France Télévision: deux groupes audiovisuels publics de même nature mais dont la taille diffère. Cela n'empêche pas des coproductions profitables aux deux entités suisse et française. Exemple dans le domaine musical.

Automne 2013: l'Orchestre de chambre de Lausanne est à Paris. C'est dans la prestigieuse Salle Pleyel que les musiciens romands vont accompagner la soliste Martha Argerich. Dans le parterre, deux présidents sont aux anges: les applaudissements nourris à la fin de chaque morceau et la standing ovation finale ont valeur de plébiscite pour leur action. Car, si le concert en lui-même n'est pas signé de leurs mains, les vivas de la foule renvoient en écho à la satisfaction qui a dû être celle de milliers de mélomanes de l'autre côté des écrans.

Gilles Marchand et Rémy Pflimlin, respectivement directeur de la RTS et président-directeur général de France Télévisions, ont osé ce pari: diffuser via le numérique cette soirée de gala auprès de tous leurs téléspectateurs. Une audace à plusieurs titres. Déjà en raison du programme. Certes, Martha Argerich, les autres solistes de la soirée et l'Orchestre de chambre de Lausanne sont de superbes interprètes. Mais le grand public est parfois rebuté par le haut degré d'exigence d'une telle soirée. Ensuite en raison de la collaboration entre les deux groupes français et suisse.

Diffusion sur les canaux numériques

Pour permettre la retransmission d'un tel événement, Gilles Marchand et Rémy Pflimlin ont opté pour le numérique. Un mode de diffusion moins contraignant que la diffusion sur les canaux traditionnelles des chaînes «hertziennes»: «le numérique permet la prise de risque, car les coûts de production sont d'une autre nature et l'enjeu économique différent», explique ainsi Gilles Marchand. L'interdiction de la publicité sur les sites de la RTS en Suisse déconnecte en effet le programme des exigences d'audience. «Nous sommes davantage dans une démarche de recherche et d'expérimentation de qualité», ajoute Gilles Marchand. Une possibilité que seul le numérique a rendu possible.

Pourtant, France Télévisions et la RTS n'en sont pas à leur coup d'essai sur le web. «La diffusion sur les plate-formes numériques n'est quasiment plus du défrichage aujourd'hui, c'est devenu quelque chose d'assez courant», précise Remy Pfimlin. Depuis plusieurs années, l'offre de diffusion de contenus sur les sites web des deux groupes s'est considérablement étoffée. A tel point que Rémy Pflimlin juge cette capacité à «capter et transférer des signaux numériques assez banale pour nos équipes».

Et surtout, la diffusion sur les canaux numériques démultiplie les possibilités de regarder le programme. L'indicateur du succès n'est plus le nombre de spectateurs devant leurs écrans à l'instant de la diffusion, mais le nombre de visionnages. Pour ce type d'offre en particulier, le public cible peut se permettre de zapper la retransmission live pour la voir à un autre moment. Ou la revoir, la partager, la diffuser via réseaux sociaux et autres moyens offerts par le web.

Un vaste puzzle d'acteurs à coordonner

Ce qui n'est pas banal par contre, c'est la coopération entre les deux entités. Un travail de concert qui présente de nombreux avantages, selon les deux dirigeants. Mais un travail qui n'est pas évident. «C'est assez compliqué de monter un événement tel que celui-ci», concède Gilles Marchand. Pour ce concert, il a fallu coordonner les énergies des deux groupes audiovisuels publics évidemment, mais aussi l'Orchestre de chambre de Lausanne, les différents solistes, les responsables de la Salle Pleyel, un opérateur pour la production de l'événement,… Ce que Gilles Marchand qualifie de «vaste puzzle de bonnes volontés».

Loin d'être une première (la RTS et France Télévisions travaillent régulièrement ensemble dans de nombreux domaines), ce type de duo n'a pas intérêt à se banaliser, ni à se focaliser sur des événements prétextes. «On ne mobilise pas tant d'énergies pour un prétexte. Il faut que l'événement fasse sens et corresponde aux valeurs de service public que nous défendons tous les deux pour que nous nous lancions dans l'aventure: c'est trop compliqué pour que nous nous permettions le luxe du prétexte», insiste Gilles Marchand.

Mission de service public remplie, coûts atténués

Compliqué certes. Mais essentiel pour que les deux groupes se sentent pleinement dans leur mission. Une mission de contenus exigeants que les audiovisuels privés, en raison des contraintes d'audience, ne peuvent pas toujours remplir. Sans toutefois oublier les contraintes budgétaires. Et c'est là que le partenariat joue un autre rôle.

«En mettant nos moyens en commun, on baisse l'apport de chacun», note Rémy Pflimlin. Pour lui, les financements des groupes comme la RTS et France Télévisions sont aujourd'hui «une question politique au sens noble du terme qui interroge sur le rôle que doit jouer l'audiovisuel public dans une société». Or, ces collaborations, en permettant de viser des objectifs élevés en terme qualitatifs pour des coûts réduits «participent du renforcement des audiovisuels publics vis-à-vis des collectivités». Même son de cloche du côté helvétique, avec Gilles Marchand qui relève qu'il «existe désormais une patte du service public dans le numérique qui ne se limite pas à ce qui est profitable ou rentable: on peut ainsi apporter quelque chose de plus ou d'autre qu'un opérateur privé».

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