Règle 8 : Les incohérences des investisseurs créent aussi des opportunités

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Il est des moments sur les marchés financiers où l’instinct grégaire des investisseurs les poussent à un optimisme ou un pessimisme excessif, créant alors des opportunités à l’achat ou à la vente qui peuvent générer d’importantes plus-values.

En 2013, le prix Nobel d'économie a été attribué à des lauréats affichant des avis divergents sur le fonctionnement des marchés financiers.

Eugene Fama soutenait que les marchés sont efficients. Autrement dit, les marchés intègrent plus ou moins parfaitement toutes les informations connues partant du principe que les investisseurs sont rationnels et capables, pris dans leur ensemble, d'intégrer correctement ces informations dans les cours.

Robert Shiller, dans un article désormais célèbre en date de 1981, s'interrogeait: «La volatilité du prix des actions peut-elle être justifiée par des changements majeurs au niveau des dividendes?» Il tenta ensuite de montrer que, en se basant sur l'indice S&P 500, les cours des actions fluctuaient plus que n’aurait pu le prévoir un modèle de prévision basé sur les dividendes.

Robert Shiller en conclut que ces mouvements de prix désordonnés étaient le fruit de la psychologie des investisseurs: cupidité, peur, la liste est longue. Cette étude a été à l'origine d'une école d'économie comportementale qui prétend que les choix des investisseurs sont influencés par des facteurs sociaux, cognitifs et émotionnels. En d'autres termes, les gens ne sont PAS rationnels, et, par conséquent, les marchés ne le sont pas non plus.

Eugene Fama, le défenseur des marchés efficients, a interprété les mouvements de prix irréguliers comme étant le symptôme de facteurs cycliques (les fluctuations naturelles des économies). Robert Shiller lui a répondu par la rhétorique: «Avez-vous déjà entendu parler d'une bulle rationnelle sur les marchés financiers?»

Ces deux théories sont radicalement différentes, une réalité illustrée par une analogie souvent utilisée et baptisée «la marche aléatoire».

En supposant que vous sortiez faire un tour et que vous trouviez un billet de dix euros sur le trottoir, le ramasseriez-vous? Ou bien le contempleriez-vous avec incrédulité, convaincu qu’un autre l'aurait déjà ramassé s’il était réel? Naturellement, les trottoirs ne sont pas jonchés de billets de dix euros, mais les marchés ressemblent beaucoup aux trottoirs: de temps à autres, des récompenses inespérées surviennent.

Comment apprendre à identifier ces épisodes durant lesquels les marchés cessent d'être rationnels et créent des opportunités en termes de valeur ajoutée? Warren Buffett conseille aux investisseurs de se montrer «craintifs lorsque les autres sont gourmands et gourmands quand les autres sont craintifs».

En d'autres termes, tirez avantage de l'apparente incohérence des autres investisseurs: achetez au prix bas et vendez au prix haut. Ce qui est bien entendu plus facile à dire qu'à faire. Lorsque les marchés sont chers, il y a toujours une bonne raison pour le justifier.

Dans la réalité, la valorisation de l'indice S&P 500 a doublé par rapport à ses points bas atteints lors de la crise financière, et il est juste de réévaluer la situation des marchés. Se sont-ils appréciés en raison du redressement de l'économie américaine ou bien parce que l'argent est bon marché et que les investisseurs n’ont que peu d'alternatives à contempler pour placer leurs liquidités?

Les flux de trésorerie des entreprises américaines sont abondants, mais ils sont soutenus par une gestion des coûts stricte et non pas par la progression des ventes. Cela devrait être inquiétant compte tenu des importantes injections de liquidités qui ont eu lieu. Les ménages poursuivent leur désendettement, et une part importante de ces sommes sert à alimenter la spéculation des actifs plutôt qu’à accroître la demande. Le revers de ces bénéfices actuellement élevés est que le ratio investissement/PIB aux États-Unis n'a jamais été aussi bas depuis les années 1930. Par conséquent, de quelles sources proviendront les futurs bénéfices qui conditionnent les cours des actions ?

Heureusement, la situation n'est pas préoccupante dans tous les domaines. Le secteur technologique prospère, la révolution du gaz de schiste aux États-Unis a permis de diminuer les coûts de l'énergie (et de stimuler ainsi l'activité industrielle), et la réforme du système de santé américain (l'Obamacare) profite aux groupes pharmaceutiques.

La reprise prend donc de l'ampleur. Elle est juste très lente et ne crée pas d'emplois à un rythme suffisamment soutenu. Les conflits sur la scène politique continuent de peser davantage sur la confiance. En Europe, les politiques d'austérité commencent à donner des résultats, de même que les efforts de relance au Japon. Les marchés ont salué ces mesures en réalisant de solides performances dans les deux régions. Comme aux États-Unis, l’élan se poursuit grâce aux politiques de relance.

En Asie, en revanche, le ralentissement de l'économie chinoise a contribué au recul des exportations et à la chute des taux de croissance. Certains pays n'ont pas su exploiter la conjoncture favorable de ces derniers mois pour mettre en place les réformes nécessaires et développer les infrastructures afin de soutenir la croissance. C'est le cas, par exemple, de l'Inde et de l'Indonésie.

Selon nous, les problèmes qui touchent l'Asie sont plus cycliques que structurels. Les investisseurs internationaux ont réagi de manière excessive au pessimisme à l'égard des marchés émergents en général. Ils ont retiré leurs capitaux, à la suite de quoi la valorisation relative de ces marchés a commencé à se déprécier, même s'ils restent chers en valeur absolue. La plupart des marchés asiatiques ont conservé un taux de croissance élevé grâce aux mesures d'assouplissement quantitatif.

D'ici là, nous estimons qu'il y a toujours du travail d'analyse à effectuer par rapport aux entreprises. Cela revient, en matière d'investissement, à rechercher ces billets de dix euros qui traînent sur les trottoirs.

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