Règle 3 : le bilan, première chaîne d’informations de l’entreprise

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Si les investisseurs se penchent attentivement sur les bénéfices des entreprises, ils ont tout intérêt à se plonger aussi dans les bilans. Eux seuls contiennent toutes les informations nécessaires pour attester de la solidité des sociétés.

En tant qu'investisseurs, nous avons tendance à nous focaliser sur les bénéfices des entreprises. Le montant des bénéfices et leur conformité par rapport aux prévisions peuvent faire évoluer le cours des actions et avoir une incidence sur la distribution ou non de dividendes, ainsi que sur leur montant.

Durant la période de publication des résultats, les bénéfices font souvent l'objet de toutes les attentions mais les investisseurs chevronnés s'appuient le plus souvent sur les bilans des entreprises pour évaluer leur santé financière.

Le bilan d'une entreprise est l'extrait de ses états financiers qui présente un instantané de son actif, de son passif et de ses capitaux propres.

Utilisées à bon escient, ces données peuvent révéler aux investisseurs si l'entreprise est endettée, quel est le volume de ses stocks invendus, si ses clients la payent dans les délais prévus. À l'inverse, ils peuvent également permettre de déterminer si les excédents de trésorerie sont investis de façon judicieuse ou si des montants trop importants restent inutilisés.

En 2010, les studios hollywoodiens Metro-Goldwyn-Mayer ont déposé une demande de placement sous la protection du Chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites, environ cinq ans après qu'un consortium mené par le géant japonais de l'électronique Sony a racheté le groupe grâce à un procédé d'ingénierie financière baptisé «leveraged buyout» ou «LBO».

La MGM, qui est à l'origine de classiques tels que «Le magicien d'Oz» ou «Autant en emporte le vent», se retrouve alors face à un endettement insoutenable de près de 4 milliards de dollars.

Les studios produisent toujours des films aujourd'hui après avoir échappé à la faillite grâce à la reprise de leurs anciens créanciers, mais cette triste affaire sert de mise en garde en mettant en évidence les pièges potentiels causés par un endettement excessif.

Nous prenons garde aux entreprises trop endettées. En tant qu'investisseurs, nous nous sentons rassurés lorsqu'une société démontre la solidité de son bilan. Une telle solidité indique habituellement qu'une entreprise dispose de suffisamment de trésorerie pour financer sa croissance ou pour doper la rentabilité des actionnaires en rachetant des actions en circulation et/ou en distribuant des dividendes supplémentaires.

La façon dont est utilisé l'excédent de trésorerie en dit également beaucoup sur une entreprise. La sonnette d'alarme devrait retentir lorsque des promoteurs immobiliers investissent dans des clubs de football professionnels (comme c'est le cas en Chine), ou lorsque des entreprises achètent des instruments financiers exotiques qu'elles maîtrisent à peine (souvenez-vous des obligations synthétiques appelées CDO).

Cela étant dit, les équipes dirigeantes disposent d'une grande marge de manœuvre lorsqu'il s'agit pour eux de présenter ces données financières puisqu'elles ne sont que la somme de plusieurs hypothèses.

Un traitement des actifs «ambitieux» peut contribuer à gonfler un bilan. La valorisation d'actifs dits incorporels - goodwill, propriété intellectuelle, marques - peut s'avérer être un exercice subjectif, tandis que le fait d'attacher une valeur exacte à des actifs biologiques, comme l'huile de palme ou le bois, peut également être délicat.

Les agents financiers disposent également d'une certaine marge de manœuvre dans leur façon de traiter la recherche et le développement, puisqu'ils peuvent les comptabiliser en charges (occasionnant ainsi un coût) ou les inscrire à l'actif du bilan.

Les entreprises peuvent emprunter de l'argent en vendant des titres dits hybrides, qui conjuguent à la fois les caractéristiques de la dette et des actions. Les instruments tels que les obligations perpétuelles permettent aux entreprises de lever des fonds et pourtant, pour des raisons comptables, ils ont pour effet de gonfler le capital d’une entreprise (apparaissant au passif du bilan).

Les obligations de l'entreprise au titre des prestations de retraite peuvent être gérées en modifiant certaines hypothèses relatives au taux d'actualisation, la dette à court terme peut être habillée en modifiant quelques dates d'échéances clés, tandis que les analystes doivent souvent se montrer vigilants à l'égard de la dette contractée que le bilan d'une holding pourrait ne pas refléter totalement.

Quelle est donc la solution? Chez Aberdeen, nous privilégions toujours les entreprises simples puisqu'elles sont plus faciles à décrypter. Si les comptes sont trop complexes ou que la structure actionnariale est obscure, nous préférons ne pas investir.

Le groupe Café de Coral, coté à la bourse de Hong Kong, est le parfait exemple d'une entreprise que nous apprécions particulièrement. On fait difficilement plus simple qu'une chaîne de restauration rapide continuellement rentable.

Il s'agit d'une des marques les plus reconnaissables de Hong Kong en termes de cuisine asiatique bon marché et synonyme de plaisir, et elle s'est étendue jusque dans d'autres régions du sud de la Chine.

Mais en plus de cela, cette croissance a été financée presqu'exclusivement grâce aux flux de trésorerie, ce qui explique que Café de Coral affiche un bilan sain assorti d'un endettement réduit.

Un bilan est comme une colonne vertébrale, il vous renseigne sur l'ADN d'une entreprise.

 

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