Quel impact CO2 pour nos e-mails? L’essor de l’écologie digitale

Vue comme un gain de temps, d’argent et d’efficacité, la digitalisation de l’économie a cependant, elle aussi, un coût environnemental. Si son impact exact reste sujet à débat, des solutions se mettent d’ores et déjà en place. Voici à quoi il est bon d’être attentif, que l’on soit une entreprise ou un particulier.

Un e-mail équivaut à 19 grammes de carbone selon une étude de l’Ademe datant déjà de 2014. Pour certains experts, l’économie numérique est «tout aussi vorace en énergie et néfaste pour l’environnement que l’industrie qui la précédait». On compterait près de 2 milliards de smartphones dans le monde, 4 milliards d’internautes, plus de 205'000 millions de serveurs. Si le marché des PC recule, celui qui regroupe tous les terminaux (PC, tablettes, smartphone) devrait croître entre 2018 et 2019 selon le cabinet Gartner.

L’empreinte carbone de la numérisation peut être quantifiée. L’équipe du professeur Dr. Lorenz Hilty de l’université de Zurich et de l’Empa a ainsi réalisé l’étude «Opportunities and Risks of Digitalization for Climate Protection in Switzerland» sur mandat de Swisscom et du WWF, publiée en octobre dernier. Ses résultats pointent les impacts liés au secteur de l’information et de la communication mais mettent aussi en lumière ceux liés aux potentiels d’abattements dans différents secteurs (e-commerce, e-learning, e-work, e-banking, e-health, smart buildings & cities etc.). Elle fourmille aussi de conseils pour les entreprises et les particuliers.

Cependant, nuance Geneviève Doublet, travaillant au sein du service spécialisé des marchés publics écologiques pour l’Ofev. «Le champ d’étude est large et il faut savoir exactement ce qu’on entend par numérisation. Il n’est pas toujours évident d’identifier les processus que la numérisation substitue ou quels processus sont rendus plus efficients en ressources grâce à la numérisation».

L’impact encore mal estimé de la blockchain

«A ce sujet, une étude sur les potentiels d’applications non financières de la technologie blockchain est en cours,  avec l’accompagnement de l’Office fédéral de l’énergie et de l’OFEV.» L’impact environnemental du minage de bitcoins a en effet déjà été régulièrement dénoncé. Le potentiel immense qu’offre la blockchain ne doit cependant pas faire oublier les risques que cette technologie fait porter sur la planète.

Par ailleurs, si les industries «traditionnelle», polluantes, ont été soumises à de strictes régulation, il peut sembler surprenant que le secteur numérique n’y soit pas soumis.

Des ressources pour les entreprises

Pourtant, les outils existent. «Il existe une spécification technique ISO/TS 14067 qui fournit les exigences et lignes directrices pour la quantification et la communication de l’empreinte carbone des produits {de la blockchain, ndlr}», précise Geneviève Doublet. «Cette empreinte carbone n’inclut pas seulement le dioxyde de carbone mais d’autres gaz à effet de serre tel que le méthane, le protoxyde d’azote, les chlorofluorocarbures etc. Le potentiel de réchauffement global de chaque gaz à effet de serre est calculé par rapport à celui du CO2 et exprimé en CO2-equivalent. Par exemple, cette méthode permet d’estimer un facteur d’émission de gaz à effet de serre par kWh d’électricité consommée (kg CO2-eq/KWh).»

Mais la contribution au réchauffement climatique n’est pas le seul impact environnemental de la numérisation. D’autres sont tout aussi délétères. Geneviève Doublet cite les émissions de gaz à effet de serre, la toxicité, l’épuisement des ressources abiotiques, soit un large spectre d’atteintes environnementales’, si l’on se base sur la méthode de la saturation écologique.

Le plus ‘simple’ pour les entreprises qui souhaiteraient mesurer leur impact global? Une approche multicritère i.e. écobilan ou analyse du cycle de vie qui reste cependant méthode exhaustive et coûteuse.

Le rôle crucial des serveurs

L’un des impacts principaux pour les entreprises reste leurs serveurs, dont la construction et la consommation sont en explosion suite aux besoins croissants des entreprises. Infomaniak, entreprise d’hébergement spécialisée, travaille depuis dix ans sur le sujet. Alexandre Patti, security & energy manager pour l’entreprise, explique que l’impact principal de ses outils sont d’une part leur consommation électrique mais aussi leur refroidissement. Son entreprise a trouvé des solutions innovantes en la matière. «Nous avons choisi des serveurs qui supportent de haute températures, et des systèmes de refroidissement qui ne nécessitent pas de climatisation, mais utilisent tout simplement une ventilation alimentée par l’air extérieur, qui est filtré.» Résultat : chaque année depuis deux ans, alors que le parc de serveurs a augmenté de 20%, la consommation énergétique grandit de 2% seulement. Tous les serveurs sont alimentés par 100% d’électricité renouvelable.

L’autre impact essentiel réside dans le choix de ses fournisseurs. «Ce qui consomme, c’est la puissance de calcul. A chaque entreprise de savoir de quoi elle a réellement besoin, et de choisir un produit adapté à ses besoins.» Enfin, disposer d’équipements récents est essentiel, car, paradoxalement, ils consomment beaucoup moins: «les serveurs d’il y a dix ans sont plus gourmands en énergie et en espace. Nous avons fait le choix de renouveler nos équipements tous les 3-4 ans pour gagner en efficience et par conséquent en impact environnemental», résume le spécialiste.

Pour s’équiper avec des ressources faibles en consommation d’énergie, des labels actuels et reconnus existent: Energy Star, EU Ecolabel, TCO certified, la déclaration EPEAT Si les labels européens sont datés, les labels allemands comme Blauer Engel sont plus à jour…Pour le moment, aucune obligation juridique n’existe en la matière, seules des subventions sont accordées aux acteurs les plus efficaces. La prise de conscience et la pression sociétale dans le domaine sont encore balbutiantes.

Les applications et les comportements individuels

Tout le monde connaît les conseils classiques et de bon sens pour réduire sa consommation énergétique: couper les appareils en mode ‘veille’, fermer la fenêtre lorsque le radiateur est allumé, etc. Mais qu’en est-il de sa pratique numérique? Plusieurs ONG et organisations s’en soucient et mettent en ligne des recommandations à l’intention des particuliers, comme la toute jeune Digital for the Planet. qui a notamment développé le premier écolabel européen dans le domaine, construit une intelligence artificielle spécialisée dans le domaine et développe toute une série de contenus sur l’écologie digitale.

Même si pour selon certains la tech verte reste largement un mythe, les apps pour réduire sa consommation de données mobiles ou ses pratiques en ligne se multiplient. Des smartphones écologiques ne sont plus une nouveauté et leur gamme commence à s’étoffer., idem pour les ordinateurs (voir la marque Why !9 et les logiciels open-source

A noter enfin, une brochure de l’Agence française de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie qui évoque notamment des recommandations quant à l’usage d’Internet et des mails. Voici quelques-uns de ses conseils :

  • Equipez-vous d’appareils ICT sobres en ressource
  • Allongez leur durée de vie en les gardant le plus longtemps possible
  • Pensez à la réparation, à la vente d’occasions, et évidemment au recyclage
  • Evitez les impressions
  • Mettez votre appareil en veille et désactivez les options non utilisées pour économiser la batterie
  • Allez directement sur le site recherché sans utiliser de moteur de recherche / réduire le nombre de clic
  • Triez et nettoyez votre boîte mail / Supprimez les pièces jointes dans votre boîte mail
  • Ne multipliez pas les destinataires et adaptez vos listes de destinataires régulièrement

 

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