Quand le jeûne soigne le corps

Reportage au milieu du Val d’Illiez (VS), où une douzaine de participants ne se nourrit que de bouillons et de tisanes pendant une semaine. L’Interlude Bien-Être propose ce jeûne encadré depuis presque trois ans.

Ils sont douze. Encadrés par une naturopathe, les personnes qui composent le petit groupe se préparent pour la randonnée du jour. Cinq jours après avoir mangé leur dernier repas consistant, les jeûneurs se montrent tout sourire. « Vous auriez dû venir le troisième jour » rigole une participante. « Nous nous plaignions tous de quelque chose ». Le séjour de ces personnes est particulier puisqu’à l’Interlude Bien-Être du Val d’Illiez, les résidents se privent de repas durant une semaine. Aucune nourriture solide n’est présente, seules les tisanes et les bouillons sont autorisés, de même qu’un petit jus de fruit le matin. « Nous voulons éviter d’avoir un trop gros pic de glycémie le matin» explique Louis Clerc, fondateur de l’établissement. L’idée est venue de l’envie d’avoir quelque chose en Suisse romande. « Le but était que ce soit proche » raconte le Valaisan, qui a réalisé plusieurs séjours de jeûne dans le sud de la France. « Je suis un enfant de Martigny… donc le Valais m’allait bien aussi » glisse-t-il.

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Jeûner… pour guérir de tous les maux ?

Loin d’être une solution miracle pour tout le monde, le jeûne d'une semaine semble avoir convaincu le petit groupe. « Je vais le poursuivre un jour de plus. L’idée de manger demain ne me séduit pas plus que ça » affirme une participante. Pour appréhender l'aventure, tous sont invités à consulter des documents pour en savoir davantage sur ce qu’ils vont faire. La préparation mentale est une étape, avant de franchir le moment tant craint de l’absence de nourriture solide. Chacun réagit différemment et les discussions se lancent autour des plats préférés. Une dame s’exclame avant de partir en randonnée : « Au bout d’un moment, on en a marre des tisanes ! ».

Les bienfaits du jeûne sont mis en avant par le centre, qui cite de nombreuses études scientifiques. Louis Clerc reçoit lui plusieurs critiques. Certains comparent son centre à une secte et d’autres vont même jusqu’à critiquer l’idée de faire payer l’absence de nourriture, alors même qu’une partie du globe souffre de malnutrition. « Malheureusement, nous sommes dans une société de surabondance et nous souffrons de suralimentation» répond le fondateur de l’établissement.

Les personnes qui ont pris part à cette semaine de jeûne ont des profils et surtout des motivations différentes. Il y a des cadres d'entreprise, des gestionnaires de fortune mais aussi des personnes travaillant pour les services sociaux. Que ce soit pour réaliser une détox, pour perdre du poids, remettre son alimentation à zéro ou prendre du temps pour soi après une étape de vie difficile, toutes ont joué le jeu jusqu’au bout. Il y a eu des cas moins heureux dans le passé, avec par exemple deux femmes qui ont craqué et mangé au milieu de semaine. Elles sont parties d’elles-mêmes.

Deux femmes ont également emmené leur mari, sans leur expliquer les principes de l’Interlude Bien-Être. Les deux hommes s’attendaient un séjour typique à base de randonnées et de raclettes, il n’en était rien. « Nous pensons à expliquer de manière profonde comment se déroule la semaine dès le samedi soir » admet Louis Clerc. « Nous pensions que c’était évident » poursuit-il avant de préciser qu’il s’agit de deux cas sur des dizaines de participants.

A l'intérieur du centre: de quoi se préparer des tisanes.

Le Valais, pour le cadre

De nombreuses conditions devaient être réunies pour ouvrir l’Interlude Bien-Être. D’abord, Louis Clerc a dû trouver l’emplacement. Il voulait un endroit original, un peu isolé. Après plusieurs mois de négociations, il a pu créer un partenariat avec le propriétaire des lieux. Quant à l’isolement, il sert à calmer les tentations. « Si j’avais vu quelqu’un manger le premier jour, j’aurais craqué » souffle une femme. « C’est pour ça que je suis venue ici. Il n’y a aucune tentation à portée de main ». Constat partagé par ses camarades : « c’est moins dur de s’y mettre ici, car on sait que si on a un problème, des personnes qui sont passées par là pourront nous aider » raconte une autre femme.

Depuis l'ouverture du centre, les curieux et convaincus viennent habiter les lieux le temps d'une semaine. Pour une chambre partagée, le prix varie de 900 francs à 1650 francs selon la surface et le confort. Convaincue par le jeûne, une dame reconnaît la chèreté du séjour. Elle nuance toutefois: « je n’aurais pas essayé chez moi, toute seule».

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