Politique étrangère: la Grèce se tourne vers la Russie et la Turquie

Yorgos Tsipras, coordinateur des relations internationales de Syriza, évoque le risque d'une nouvelle guerre froide. La Grèce, membre de l'OTAN, «ne participera pas à d’éventuelles opérations menées contre un autre pays».

La politique étrangère de la Grèce adopte un ton nouveau depuis la victoire de Syriza, le parti de la gauche radicale, aux législatives du 25 janvier dernier: on l’a vu lors de la récente réunion des ministres européens des affaires étrangères où la Grèce s’est opposée à de nouvelles sanctions. «Il ne s’agit pas de soutenir la Russie», relativise Yorgos Tsipras, coordinateur de la politique étrangère au comité central de Syriza, et cousin germain du nouveau premier ministre Alexis Tsipras. Les Européens se demandent jusqu’où ira le revirement de la politique grecque mais, à cet égard, le ton se veut rassurant.

Il reste que l’OTAN est considérée comme un souvenir de la guerre froide. Toutefois, un changement de la politique à l’égard de l’alliance n’est pas une priorité. Yorgos Tsipras précise toutefois que «la Grèce ne participera pas à d’éventuelles opérations menées contre un autre pays». Clairement, l’alignement sur les options géopolitiques de l’Occident a ses limites.

La bataille du gaz

Pour ce qui est des relations avec la Russie, Yorgos Tsipras évoque le risque d’une nouvelle guerre froide et plaide pour une approche différente. De là à dire que la Russie est perçue comme un contrepoids aux pressions européennes, il y a un pas qu’il ne faut pas franchir.

Concernant la Turquie, Yorgos Tsipras pense qu’un rapprochement est souhaitable. «Mais il ne dépend pas que de nous», ajoute-t-il.

La Russie paraît de son côté montrer la voie d’une politique pragmatique, comme le suggère pour sa part Gyula Csurgai, directeur de l’Institut d’études géopolitiques de Genève: Moscou semble accepter l’abandon du projet South Stream qui aurait permis d’acheminer le gaz vers l’Europe sans passer par la Turquie et se rallie à l’option consistant à emprunter le territoire turc, donc soutient le projet TAP. Pour sa part, Yorgos Tsipras n’est pas sûr que South Stream soit tout à fait mort.

Quoi qu’il en soit, la perspective de voir passer le gazoduc TAP par la Grèce a été acceptée par Athènes qui a aussi l’espoir de découvrir des gisements dans sa zone économique propre. Les zones les plus intéressantes se situent au sud de la Crète, mais aussi en mer Ionienne, face à l’Italie.

Comme le souligne Yorgos Tsipras, l’exploitation de ces éventuelles ressources doit se faire à l’avantage du peuple grec. Partisan d’une économie mixte, Syriza pense que l’énergie devrait rester majoritairement dans le giron de l’Etat.

A la recherche des riches Grecs

Or, l’objectif de la politique du nouveau gouvernement est de se diversifier, attirer des investisseurs de tous horizons y compris chinois. Athènes aimerait bien aussi voir revenir une partie des centaines de milliards d’euros, certaines estimations vont jusqu’à 600 milliards, partis à l’étranger. «Nous n’avons pas trop d’illusions sur la possibilité de faire revenir une grande partie de cet argent», admet Yorgos Tsipras.

En attendant, le gouvernement souhaite en savoir plus sur les riches grecs établis hors du pays. Il existe des listes, la plus connue étant celle remise par Christine Lagarde au précédent gouvernement: elle comporte 500 noms, pour la plupart semble-t-il en lien avec la Suisse. Jusqu’à présent, les autorités grecques n’ont guère cherché à en savoir plus. «Mais cela va changer», assure Yorgos Tsipras.

 

 

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