Le bras de fer se tend entre ABB et le hedge fund Cevian

Le fonds activiste suédois Cevian revient à la charge pour réclamer la vente d’une division de la multinationale suisse de l'automation ABB.

L’un des plus gros hedge funds activistes d’Europe, Cevian, exerce depuis 2013 une pression sur le géant suisse ABB. Les pressions se renouvellent depuis la dernière assemblée générale du groupe en avril. Le fonds activiste basé en Suède, qui gère 13 milliards d’euros, détient 5,3% du capital de la multinationale suisse de l’automation.

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Depuis 5 ans, le hedge fund fondé en 2002 par les Suédois Lars Förberg and Christer Gardell, estime que «le groupe est trop complexe et difficile à gérer». Il exige qu’ABB se sépare de la division «réseaux électriques» (power grids). Celle-ci fournit des solutions pour le secteur de l’énergie et de l’automation, qui incluent des solutions d’intégration, de transport, de distribution et d’automatisation de réseau, ainsi qu’une gamme complète de produits haute tension et de transformateurs. La division, qui génère le tiers du chiffre d’affaires du groupe, est jugée moins performante et donc non stratégique par les activistes suédois.

Cevian soutenu par David Samra

En avril dernier, Cevian a reçu le soutien d’un autre investisseur, David Samra, portfolio manager chez Artisan Partners, et cinquième actionnaire d’ABB avec une part de 1,6%, qui aimerait aussi voir le groupe céder sa division Power Grids, la moins profitable, et se recentrer sur ses autres métiers. Siemens et Honeywell, concurrents d’ABB, ont en effet cédé et s’apprêtent à céder des divisions dans un effort de recentrage.

Mais le management d’ABB ne l’entend pas de cette oreille, et dispose du soutien du conseil d’administration et du principal actionnaire du groupe, Investor AB, pour conserver la division, améliorer son efficience et investir dans les technologies du futur. Le gérant genevois Pierre Cloux comprend la position du groupe. «ABB est le leader mondial dans le domaine des réseaux électriques et travaille en proche collaboration avec des gouvernements de par le monde sur les infrastructures énergétiques», estime l’associé-gérant de la société de gestion Dominicé & Co Asset Management.

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Ce dernier avait suivi la journée des investisseurs d’ABB en 2016, année où le groupe avait décidé de garder sa division, et a été convaincu par les arguments du CEO d’ABB, Ulrich Spiesshofer, en faveur du maintien des réseaux électriques au sein du groupe. «Avec son équipe de direction, le CEO a procédé à une analyse approfondie de toutes les options, qui a mené ABB à ne pas suivre la recommandation du fonds activiste Cevian. Depuis, le management d’ABB se sent plus engagé que jamais à faire fonctionner sa stratégie», résume Pierre Cloux.

Mais Cevian n’en démord pas, et utiliserait la presse pour exercer ses pressions, ajoute le partner de Dominicé & Co. Dans le journal financier suédois Dagens Industri, Christoph Gardell s’est attaqué à des commentaires qu’a fait le CEO d’ABB lors d’une récente conférence avec les analystes à Londres. Contestant l’affirmation de Cevian selon laquelle ABB serait un conglomérat, il a déclaré que «c’est de l’idiotie pure». Le ton est remonté d’un cran. Cevian a contré cette sortie du CEO en écrivant dans le journal suédois qu’il s’agit là «d’une fuite hors de la réalité qui est dommageable à la valeur» du groupe, et qu’après bientôt cinq ans à la tête du groupe,  il n’y avait «pas d’explications ni excuses, la seule chose qui compte est de délivrer».

La division Power Grids mieux valorisée

«Des mots forts», estime Pierre Cloux dans une lettre écrite ce 5 septembre à ses clients, qui lui rappellent néanmoins la fable de la Fontaine intitulée «Le Coche et la Mouche». Mais désormais, le CEO Ulrich Spiesshofer est sous pression pour prouver que sa stratégie est la bonne. «Je suis tout à fait à l’aise avec la stratégie du CEO et son équipe de garder la division Power Grids, qui était estimée par les analystes de Citigroup à 5 milliards de dollars il y a trois ans et qui est estimée à 12 milliards aujourd’hui», conclut Pierre Cloux. Le cours de l’action est en baisse de 18,5% depuis son plus haut de janvier 2018.

Cours de l'action ABB de 2014 à 2018

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