La mixité sociale tarde à gagner l’université suisse

Plus de la moitié des universitaires des hautes écoles suisses sont issus de parents eux-mêmes diplômés de l’enseignement supérieur, selon une étude de l’OFS publiée cette semaine. L’importance des représentations sociales dans la reproduction des parcours persiste.

Tel père, tel fils et telle mère, telle fille: les cohortes universitaires se suivent et se ressemblent. La probabilité d’accéder à l’enseignement supérieur reste nettement supérieure pour les jeunes dont au moins un des parents a suivi lui-même les cursus des hautes écoles, ainsi que dans le cas où les parents appartiennent aux catégories socio-professionnelles supérieures. C’est ce qui ressort du rapport «Conditions d’études et de vie dans les hautes écoles suisses», publié lundi par l’Office fédéral de la statistique (OFS).

Lire aussi: Quelle université garantit le plus haut salaire en fin d'études?

Alors que 16% des hommes actifs âgés de 45 à 64 ans occupent des fonctions intellectuelles ou d’encadrement, ils représentent 28% des pères des étudiants des hautes écoles suisses. Même décalage chez les étudiantes, dont 20% des mères occupent le même type de poste contre 13% en moyenne dans la population sur la tranche d’âge 45-64 ans. La différence est encore plus marquée dans les filières universitaires, ou 34% des étudiants ont au moins un des deux parents appartenant aux catégories socio-professionnelles supérieures, contre 23% en HES et 22% en HEP, plus égalitaires.

TLes étudiants issus de CSP supérieures sont sur-représentés à l'université, quand les enfants de milieu populaire ne représentent que 4% des effectifs

A l’opposé, les étudiants dont les parents sont des travailleurs manuels non qualifiés ou qualifiés ne totalisent respectivement que 8% et 4% des effectifs des HES/HEP et des universités.

L’influence déterminante du milieu familial dans les choix

Au-delà de la position sociale, ce sont les études suivies par les parents qui continuent à être déterminantes, plus de la moitié des parents d’universitaires ayant eux-mêmes suivi les hautes écoles. Ils ne sont qu’un tiers dans les HES et un quart dans les HEP, creuset de la mixité sociale en Suisse. Pour Andrea Diem, collaboratrice scientifique active au Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation (CSRE), la sélectivité de l’entrée à l’université suisse permet d’expliquer le décalage: «Environ 20% d’une classe d’âge atteint la maturité fédérale, qui reste très sélective par rapport à certains pays, où le diplôme validant l'accès à l’université affiche un niveau plus bas.»  

A ce sujet, le rapport publié en 2014 par le CSRE a montré qu’à égalité de niveau scolaire, les enfants choisiront -ou seront amenés par leur famille à choisir- plus volontiers la voie gymnasiale s’ils sont de milieu socio-économique favorisé. Ainsi, plus de 75% des élèves forts en mathématiques issus des CSP supérieurs manifestent le souhait d’intégrer le gymnase. Avec des résultats scolaires équivalents, ils sont moitié moins à afficher la même volonté dans les milieux défavorisés.

Preuve que les représentations sociales persistent  dans le temps, l’exemple des parents reste déterminant dans le choix de l’orientation universitaire, quel que soit le domaine, comme le montre le rapport de l’OFS. Ainsi, les enfants de médecins, pharmaciens, dentistes sont deux fois plus nombreux à choisir les voies médecine ou pharma, que le reste des étudiants.

Le choix du domaine d'études universitaires reste corrélé au parcours des parents.

Lire aussi: Les universités suisses gagnent des places au classement de Shanghai 

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."