Intégrer l’éthique au cursus de la finance

Dans le sillage de la crise des subprimes, des esprits critiques ont fondé un groupe qui veut réinventer la formation dans les métiers de la finance. Un symposium se tiendra mi-juin à Fribourg.

Déjà onze ans ont passé depuis la crise des subprimes qui éclatait en 2007. En dépit de critiques extrêmement vives des pratiques en usage dans la finance et de la destruction de richesse occasionnée, les bases du système n’ont pas été remises en question sur la durée. 

Car les marchés, dopés par les liquidités mises à disposition par les banques centrales, ont connu un rebond spectaculaire dès 2009 qui a balayé toute tentative de refonte. Toutefois, différentes voix continuent à se faire entendre, notamment dans le monde universitaire.

«Dans le registre de la formation, la théorie économique et financière dominante continue à exercer un quasi-monopole sur le monde académique», déplore Paul Dembinski, directeur de l’Observatoire de la finance à Genève et chroniqueur pour Bilan. Egalement professeur à l’Université de Fribourg, il siège à la vice-présidence de l’Association pour renouveler la recherche et l’enseignement en économie et finance (AREF). Fondé au printemps 2017, ce groupement a pour objectif de tirer les leçons de la crise financière de 2007-2008. L’association se mobilise afin que l’enseignement des disciplines économiques et financières s’appuie sur une démarche interdisciplinaire de manière à mieux prendre en compte les exigences du bien commun, de la stabilité et de la durabilité dans la vie économique et sociale.

«Etudier autrement»

«Notre objectif est d’abord de rétablir la pluralité d’approches et de faire une étude critique des sciences et de la connaissance scientifique», détaille Paul Dembinski. Pour l’économiste, la finance s’est développée sur la valorisation de la technologie et la totale confiance dans l’efficience des marchés au détriment des contextes politiques, sociaux et technologiques spécifiques. Un processus qui a accompagné l’essor de la globalisation.

«La vision qui s’est imposée est celle de l’Homo economicus. Cette conception fait l’impasse sur la réflexion éthique qui doit accompagner toute activité humaine.» Militant pour la nécessité d’intégrer la dimension environnementale à la recherche en finance, l’AREF organise un premier symposium qui se tiendra les 14 et 15 juin à l’Université de Fribourg sur le thème «Etudier l’économie et la finance autrement». L’événement s’adresse aux étudiants, aux jeunes chercheurs et professeurs ainsi qu’à toute personne intéressée. Ambition affichée: aboutir à un cycle d’école doctorale qui tienne compte du développement durable et social dans la recherche en finance. 

Plusieurs personnalités

De nombreuses personnalités soutenant un point de vue alternatif au courant dominant y participent. Professeur de finance à l’Université de Zurich, Marc Chesney a publié ce printemps La crise permanente où il défend la création de banques de taille réduite. Ce serait, selon lui, le moyen d’éviter que les gouvernements doivent soutenir le renflouement de grandes banques victimes de faillite, en reportant les coûts sur le contribuable. Cet intellectuel qui dénonce la «finance casino» et une «oligarchie financière» prépare une initiative fédérale afin de supprimer la TVA et l’impôt fédéral direct grâce à la taxation des transactions financières électroniques.

Quant à l’économiste Jean-Michel Servet, auteur de l’ouvrage L’euro au quotidien (1998), il est un tenant de l’idée que notre rapport à la monnaie est aussi lié à la souveraineté, au facteur identitaire et au pouvoir. Ce chercheur a été chargé d’effectuer des travaux préparatoires à l’introduction de l’euro par la Commission européenne. Professeur à l’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève, il a dénoncé les illusions liées à la microfinance dans le livre La vraie révolution du microcrédit (2015). Sa thèse: le microcrédit est un produit de la pensée néolibérale et n’aide en rien à éradiquer la pauvreté. 

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