Gunter Pauli, chantre de l’économie bleue

«Tête d’affiche» du récent Zermatt Summit, cet industriel belge développe depuis trente ans des projets écologiques et rentables. Il prône une économie régénérative sur le plan écologique et social.

«Prophète» des temps modernes, «Steve Jobs» du développement durable, «pape» de la durabilité…les qualificatifs ne manquent pas pour qualifier Gunter Pauli, il est vrai, entouré en permanence de nombreux interlocuteurs admiratifs, et doté d’un charisme certain.

Et il y a de quoi: le parcours de ce CEO polyglotte –il parle 7 langues, vit entre l’Afrique du Sud et le Japon- a de quoi étonner. Il dirige une société de détergents écologiques, Ecover, avant de réaliser, en 1990, que ses composants -notamment l’huile de palme- détruisent les forêts primaires.

Il comprend alors qu’il ne suffit pas d’être «biodégradable» pour être «durable», et se rend compte que les labels «verts» ou «écologiques» ne sont pas suffisants face à la «crédulité» des consommateurs. 

Par ailleurs, il regrette que l’«économie verte» devienne un phénomène de mode, et qu’en raison des coûts plus élevés de certains de ses produits elle s’oriente vers «une économie de riches».

Miser sur la concurrence

«La seule manière de sortir de cela, c’est ‘to outcompete’ : faire mieux que la concurrence», affirme ce leader, qui pose ainsi les bases de son ‘économie bleue’. Second principe: «répondre aux besoins de base. C’est dans le secteur de l’eau, de la nourriture, de l’apprentissage qu’il faut de la concurrence pour se démarquer et trouver les meilleures solutions et créer de la valeur». 

Enfin, une autre conviction profonde de Gunter Pauli est qu’un grand nombre de solutions aux difficultés de l’humanité se trouve…dans la nature elle-même. «Le concept de déchet n’existe pas dans la nature, tout ce qui est produit est réutilisé». Une économie bleue c’est donc un système qui s’inspire largement de la nature, selon les principes du biomimétisme.

Le théoricien est également un practicien. Gunter Pauli a mis en oeuvre ses idées à travers des milliers de projets, depuis plus de trente ans. Il affirme avoir développé une centaine d’innovations et crée plus de trois millions d’emplois. Des chiffres bien entendu impossibles à vérifier.

Investissements massifs

Reste que gouvernements et investisseurs lui ouvrent grand les portes. « L’argent ne sait pas quoi faire aujourd’hui». Chaque année, Gunter Pauli ‘scoute’ une vingtaine de lieux pour y lancer de nouvelles opportunités: bioraffinage en Sardaigneproduction de papier en Bretagne, de poissons aux Fidji, reconstitution de Mangroves en Indonésie, culture de tomates avec très peu d’eau en Australie, réserve de poissons en Espagne. A Zermatt, c’est une douzaine de projets qu’il a détaillé pour son public. «On commence toujours dans la périphérie, là où il n’y a pas de valeur. On commence avec rien», explique-t-il, très fier de fonctionner «sans aucun business-plan». En effet, les innovations apportées offrent de tel gains –cultiver des tomates avec 25L d’eau au kilo contre 210L actuellement- que leur rentabilité est souvent évidente. 

Un réseau de 3000 scientifiques

Ces innovations sont le fruit du travail d’un réseau de près de 3000 scientifiques avec qui Gunter Pauli coopère. Si les découvertes sont protégées, le modèle d’affaires, lui, est clairement reproductible. «J’accueille volontiers toute personne qui souhaiterait comprendre et reproduire un de nos écosystèmes ailleurs», affirme Gunter Pauli. Car chaque projet se décline sur plusieurs aspects : production économique, régénération de l’écosystème, développement de l’emploi, autosuffisance énergétique etc. Si la rentabilité est au cœur de son «économie bleue », Gunter Pauli affirme cependant ne toucher aucun centime des projets qu’il développe. «Mon revenu, ce sont mes livres, dont mes fables pour enfants, elles sont traduites en 100 langues…j’en ai publié 144 en Chine», affirme celui qui distribue à qui veut l’entendre «des opportunités et des idées».

La dernière en date ? Le «li-fi», ou un réseau internet via la lumière, destiné à remplacer le wi-fi. Beaucoup plus rapide mais de portée moindre, il pourrait notamment équiper les hôpitaux. A Zermatt, Gunter Pauli a annoncé son déploiement à vaste échelle notamment à la Défense (Paris).

Dans la même categorie

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."