Genève : des policiers menacent un élu sur Facebook

Victime d’intimidations de la part d’agents genevois sur le réseau social, Vincent Maitre, vice-président de la commission judiciaire et de la police du Grand Conseil genevois, n’exclut pas de porter plainte. Interview

Bilan : Quel a été le déclencheur de ce déferlement d’hostilités à votre encontre sur Facebook ?

Vincent Maitre : Les hostilités ont débuté lorsque j’ai révélé publiquement les conditions salariales dans lesquelles nos policiers font actuellement la grève. Celles-ci sont tout simplement imbattables! Manifestement, ça n’a pas plu. A l’heure où les finances de l’Etat sont au plus mal, et que le Conseil d’Etat supprime 50% du montant de l’assistance sociale aux personnes bénéficiaire de l’Hospice général les plus précarisées, il ne me paraît pas scandaleusement outrageant de supprimer, par exemple, le remboursements des frais médicaux des policiers (prime maladie, franchise et participations aux coûts), qui sont les seuls fonctionnaires à bénéficier de ce privilège. Cela représente une économie d’environ 8,7 millions de francs par année à l’Etat. Les policiers, à qui le Parlement n’a refusé aucune augmentation de budget, ni d’effectifs depuis une quinzaine d’années, n’acceptent pas que l’on puisse leur demander de faire un petit effort. D’où ces menaces et intimidations sur mon mur Facebook.

Quels types de menaces avez-vous subis et qui sont les responsables ?

On m’a traité indirectement de nazi en comparant mon action à la dictature de 45. C’est un policier, qui a voulu m’intimider avec ces propos intolérables. Un autre a parlé de détruire ma « stature » et ma « crédibilité d’homme politique ». Un autre encore m’a assuré qu’il n’interviendrait pas et me laisserait dans ma m…. (Ce sont ses mots), si j’avais le malheur d’appeler un jour le 117 pour une urgence. Il s’agit d’une vingtaine de personnes qui soit me menacent directement, soit me calomnient sur Internet. Certains d’entre eux s’expriment sous des pseudonymes et d’autres à visage découvert.

Avoir 3700 « amis » sur Facebook, c’est aussi prendre le risque de subir un lynchage politique quand vos décisions ne font pas l’unanimité ?

Oui, c’est exact, c’est le risque des réseaux sociaux. Cela dit je ne fais pas de politique pour dire aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre mais bien pour véhiculer mes idées et mes convictions. Je crois d’ailleurs avoir été élu pour celles-ci. C’est en cela que les réseaux sociaux sont utiles et efficaces. Je suis et je resterai donc très actif sur Internet non seulement pour transmettre mes opinions politiques mais aussi pour dénoncer le populisme qui sabote le débat et fait tant de mal à nos Institutions.

 Dans votre cas, quelques policiers ont dérapé sur Facebook. Est- ce que l’une des solutions serait d’interdire le réseau social aux fonctionnaires représentant l’autorité ?

Définitivement non. Je suis, par-dessus tout, attaché à la liberté d’expression. Mais celle-ci doit s’exercer dans le cadre légal définit par notre ordre juridique. Aux risques et périls de tout un chacun de l’outrepasser. Dans le cas présent, les policiers sont soumis, de par la loi, à un devoir de réserve et à la discipline militaire. Ceux qui l’oublient doivent prendre leur responsabilité et en répondre.

Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

Heureusement, comme tout politicien, j’ai un cuir suffisamment épais pour me protéger et ne pas tout encaisser personnellement. Mais je suis infiniment perplexe par rapport aux comportements de ces gens, détenteur de la Force publique et investis de tâches régaliennes. Cela démontre une certaine dérive de ce que devrait être l’Honneur de porter cet uniforme. C’est inquiétant. A plus forte raison lorsqu’ils sont manipulés par un syndicat, qui stimule leurs frustrations et les pousse à l’affrontement. Cela dit, j’ai reçu énormément de messages de soutien, ce qui tend à m’indiquer qu’une bonne partie de nos concitoyens considère que ces gens ne se sont pas bien comportés et que mon combat est juste. 

Le MCG (Mouvement Citoyen Genevois) s’est fendu vendredi dernier d’un communiqué relayé à nouveau sur Facebook disant que le PDC lâche la police. Comment l’avez-vous pris ?

Il est infiniment savoureux d’être accusé de « lâcher la police » par un parti qui n’a jamais voté le budget de l’Etat depuis au moins 5 ans, signifiant par ce geste qu’il refuse d’octroyer le moindre francs supplémentaire pour la Police et la Sécurité à Genève. On est en pleine récupération politique, surtout lorsque l’on sait qu’au MCG, 1/3 des députés sont policiers ou anciens policiers et que le communiqué a été signé par deux d’entre eux, aujourd’hui heureux retraités depuis l’âge de 52 ans. Ce n’est manifestement pas les contradictions et les conflits d’intérêts qui les étouffent…

Allez-vous porter plainte pour diffamation ?

S’il y avait plainte pénale à déposer, ce serait éventuellement pour menaces, contraintes, injures et calomnie. Mais je ne suis ni procédurier, ni vindicatif et, contrairement à ce qu’ils pensent, je ne suis pas leur ennemi. Les faits demeurent néanmoins graves, donc j’attends surtout de voir ce que donneront les procédures disciplinaires et si ces comportement se perpétuent.

Quel message voulez-vous faire passer aujourd’hui ?

Le seul message à faire passer est que la réalité des finances de l’Etat ne permet tout simplement pas d’accéder à toutes les requêtes de la fonction publique. Le Conseil d’Etat et le Parlement devront faire des choix extrêmement difficiles. Ils ont été élus pour cela. Mon parti et moi-même tâcherons d’opérer ces choix en conformité des principes et des valeurs que nous défendons, c’est-à-dire une fonction publique efficace, fière de sa mission et avec d’excellentes conditions de travail. Mais pas disproportionnées et inéquitables par rapport au reste de la population qui reste, par ses impôts, son seul véritable employeur. Mes positions sur la fameuse Loi sur la Police s’inscrivent en parfaite conformité avec ces principes.

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."