Cahuzac avoue et demande pardon à Hollande

Jérôme Cahuzac a avoué mardi détenir un compte bancaire à l'étranger depuis environ 20 ans, un fait qu'il avait toujours nié jusqu'ici. Il a reconnu une «faute inqualifiable» et demandé pardon au président français. L'ancien ministre du Budget a démissionné de son poste le 19 mars, après que le parquet eut annoncé l'ouverture d'une information judiciaire sur cette affaire. Celle-ci est d'autant plus explosive que Jérôme Cahuzac avait fait de la lutte contre l'évasion fiscale un de ses chevaux de bataille.



Jérôme Cahuzac dit avoir confirmé l'existence de ce compte lors d'une entrevue, à sa demande, avec les juges d'instruction Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke, selon son avocat Jean Veil. Ces derniers l'ont mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale.



«Je les ai informés de ce que j'avais d'ores et déjà donné les instructions nécessaires pour que l'intégralité des actifs déposés sur ce compte, qui n'a pas été abondé depuis une douzaine d'années, soit environ 600'000 euros, soient rapatriés sur mon compte bancaire à Paris», dit Jérôme Cahuzac dans un communiqué publié sur son site internet.

Compte à Singapour

«Ce compte n'a pas été abondé depuis 2001 et l'essentiel de ses revenus provenait de son activité de chirurgien et accessoirement de son activité de consultant», a confirmé son avocat. Le compte ouvert en Suisse «a été transféré à Singapour en 2009», a-t-il ajouté.



Les avocats de Jérôme Cahuzac évaluent le montant du blanchiment à environ 30'000 euros (36'500 francs environ). «Nous avons fait observer que les faits se rapportant à l'ensemble des recettes sont aujourd'hui largement prescrits», a remarqué Me Veil. Jérôme Cahuzac «s'est engagé à ne faire aucun recours contre les investigations qui seront menées en Suisse», a-t-il poursuivi.

«Dévasté par le remords»

«A M. le président de la République, au Premier ministre, à mes anciens collègues du gouvernement, je demande pardon du dommage que je leur ai causé», a écrit l'ancien ministre du Budget sur son blog. «J'ai été pris dans une spirale du mensonge et m'y suis fourvoyé. Je suis dévasté par le remords.»



L'affaire avait été révélée par Mediapart en décembre 2012 et Jérôme Cahuzac avait immédiatement répliqué par une plainte en diffamation contre le site d'informations sur Internet.



Jérôme Cahuzac avait alors nié en conseil des ministres et devant l'Assemblée avoir jamais détenu un compte à l'étranger, ce qui lui avait valu le soutien du président et du gouvernement. «Je n'ai pas, je n'ai jamais eu de comptes à l'étranger ni maintenant, ni avant», avait-il dit le 5 décembre devant les députés.



Le Canard enchaîné affirme que des transferts pour un million d'euros auraient été réalisés vers un compte suisse à la banque UBS dans les années 1990. Ce compte aurait été dans un premier temps fermé et son contenu transféré vers un compte domicilié dans une autre banque suisse, Reyl & Cie.

L'argent de la pharma

Ce dernier aurait été à son tour fermé en 2010 et son contenu viré sur un compte de la succursale de Reyl & Cie à Singapour, sur lequel il resterait environ 500'000 euros (près de 608'000 francs).



Un témoin auditionné pendant l'enquête préliminaire de police a indiqué que les sommes versées sur le compte suisse proviendraient de laboratoires pharmaceutiques avant le début de sa carrière politique, alors qu'il était chirurgien, a rapporté le parquet de Paris.



Une information judiciaire contre X visant l'ancien ministre du Budget avait été ouverte pour blanchiment de fraude fiscale ainsi que pour perception par un membre d'une profession médicale d'avantages procurés par une entreprise dont les services ou les produits sont pris en charge par la sécurité sociale, blanchiment et recel de ce délit.

Réactions

L'information a fait l'effet d'une bombe dans le monde politique. Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a déclaré mardi à Marseille: «Les bras m'en tombent, je n'ai pas de mots».



François Hollande a lui pris acte «avec grande sévérité» des aveux de l'ancien ministre Jérôme Cahuzac. «En niant l'existence de ce compte devant les plus hautes autorités du pays ainsi que devant la représentation nationale, il a commis une impardonnable faute morale», selon un communiqué de la présidence de la République.







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