Après l'«american dream», un «deutscher Traum»

Avec la crise, de nombreux jeunes européens migrent vers l'Allemagne afin de terminer leurs études et décrocher une première expérience professionnelle. Et après les migrations vient le temps des naturalisations. Près de 20% de hausse en 2012: Destatis, le bureau fédéral allemand de statistiques, a révélé voici quelques jours le nombre de ressortissants européens ayant obtenu en 2012 la nationalité allemande. Ils sont 112'300 a avoir obtenu le passeport orné de l'aigle.

Cette croissance inédite est avant tout le fruit des demandes émanant d'immigrés issus de pays du Sud de l'Europe: +82% pour les Grecs et +29% pour les Italiens notamment. En dehors de l'Europe, les demandes restent stables, mais tirées par le vieux continent, les naturalisations augmentent (+5,1%) pour la quatrième année d'affilée.

Bavière, Bade-Wurtemberg et Berlin en tête

Au niveau géographique, les Länder de Bavière (76'000), du Bade-Wurtemberg (57'000) et de Berlin (49'000) ont connu le plus grand nombre de demandes de naturalisations. Pour les deux Länder du Sud du pays, ce leadership est à mettre en relation avec le taux de chômage régional (parmi les plus faibles du pays) et des revenus par habitant très élevés.

Pour la capitale, la raison est à chercher dans le coût de la vie, sensiblement moins élevé que dans la plupart des autres capitales européennes. Pour espérer un niveau de vie similaire (surface du logement, consommation, loisirs), un jeune actif devra gagner deux fois plus à Londres ou Paris qu'à Berlin.

L'immigration soutient la démographie

Parallèlement aux naturalisations, c'est aussi l'immigration qui a augmenté en 2012 chez nos voisins du Nord: 279'207 étrangers ont pu s'installer dans le pays l'an dernier, portant la population allemande à 80,5 millions d'habitants fin décembre (200'000 de plus que fin 2011).

La principale économie du continent a vu sa population croître plus vite que sur les années précédentes (196'000 personnes précisément contre 92'000 en 2010 et 2011). Et il faut remonter à 1996 pour trouver trace d'une progression du même ordre (195'000 personnes à l'époque).

Un îlot de prospérité en Europe

L'économie justement n'est pas pour rien dans ce trend: alors que les économies européennes étaient atones en 2011 et 2012, l'Allemagne a conservé des indicateurs au vert, ne constatant aucune explosion des chiffres du chômage.

Une prospérité qui fait rêver, notamment dans les pays d'Europe du Sud, frappés de plein fouet par la crise de la dette et par un chômage galopant. L'Allemagne fait donc figure d'eldorado pour de nombreux jeunes actifs à l'avenir bouché dans leur pays.

En mai, un sondage plaçait le pays dirigé par la chancelière Merkel au sommet des pays les plus appréciés au monde. Un sentiment particulièrement vivace dans les pays du Sud de l'Europe, où les cours d'allemand des instituts culturels sont pris d'assaut depuis 2010.

Gagnant-gagnant



Mais les six millions d'étrangers qui vivent en Allemagne (7% de la population totale) ne sont pas seulement tolérés par leur pays d'accueil: les entreprises allemandes, confrontées à une démographie en berne depuis de nombreuses années, a besoin de cette main d'oeuvre, ces «Neue Gastarbeiter» (fortement diplômés) que saluait en une le magazine allemand Der Spiegel en février.

Ce mouvement migratoire semble donc gagnant-gagnant: des emplois pour les immigrés, de la main d'oeuvre pour les entreprises allemandes confrontées à la reprise, des revenus pour les caisses maladie et de retraite d'un pays qui voit sa population vieillir et même diminuer (869'582 décès en 2012 contre 673'544 naissances).

Fini l'American Dream?

Ce qui pousse Luc Rosenzweig, ancien journaliste pour le quotidien français Le Monde et connaisseur de l'Allemagne, à parler de «rêve allemand» sur Atlantico.fr: «les jeunes diplômés européens issus des pays les plus durement frappés par la crise (Grèce, Espagne, Italie...) se rendent en Allemagne car le pays leur offre des opportunités professionnelles à la hauteur de leurs formations, ce qu'ils ne trouvent pas forcément en restant dans leurs pays».

Le «deutsche Traum »pourrait-il donc supplanter, dans le cœur des jeunes européens, l'«American Dream»? Au vu des dynamiques migratoires et des enquêtes d'opinion, la réponse est sans conteste positive.

Retenir durablement les jeunes actifs

Mais encore faudra-t-il que le pays arrive à transformer ces arrivées en séjours définitifs. Aux antipodes des politiques migratoires des années 1960 et 1970, quand les élus programmaient à l'avance le retour au pays des paysans anatoliens arrivant dans les usines de la Ruhr.

Au début du XXe siècle, les Etats-Unis avaient transformé l'«American Dream» des émigrants européens en «American Way of Life» qui avait déferlé sur le monde entier. Luc Rosenszweig l'affirme: «L’Allemagne peine encore à faire rêver par son mode de vie». C'est uniquement si elle parvient à conserver ces populations immigrées sur son sol de longues années que le rêve allemand deviendra réalité.

Et peut-être ces nouveaux «Gastarbeiter» pourront-ils rêver du destin qui a permis à certaines familles issues de l'immigration turque de faire fortune et de s'intégrer en Allemagne, comme le raconte ce reportage vidéo.

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