Bilan

Volvo teste le smartphone pour remplacer la clef de voiture

Si certaines voitures ont déjà remplacé la clef par une carte magnétique, rares sont les modèles grand public à avoir conçu un dispositif d'ouverture et de démarrage basé sur une app de smartphone.
  • Volvo pourrait être le premier constructeur automobile traditionnel à introduire une app smartphone pour contrôler sa voiture.

    Crédits: Image: AFP
  • L'app activée permet de déverrouiller les portières de la voiture.

    Crédits: Image: Volvo Cars

En dehors des fonctions GPS, le smartphone et l'automobile sont deux univers restés relativement éloignés l'un de l'autre au cours des dernières années. Alors que les fonctions des mobiles ont largement évolué, rares sont les applications permettant d'interagir directement avec sa voiture. Tesla est l'une des seules marques à avoir développé une app dédiée qui permet non seulement de déverrouiller les portières, mais aussi de piloter directement certaines fonctions du véhicule (air conditionné, éclairage,...). Dans les grandes marques historiques et ayant une production de masse, la dernière innovation remontait à une carte magnétique remplaçant la clef.

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Le constructeur suédois Volvo pourrait innover dans ce domaine. La marque a présenté voici quelques jours au Mobile World Congress de Barcelone un dispositif connecté qui permet de s'identifier via le mobile à l'approche de la voiture, mais aussi d'autoriser le démarrage du véhicule (après pression du un bouton dans l'habitacle). Grâce à un système Bluetooth, le smartphone et la voiture communiquent, autorisant un certain nombre de fonctionnalités.

Confier les accès à une tierce personne

Simple gadget par rapport aux cartes magnétiques? Pas forcément. La solution du smartphone avec app permet de transmettre à un tiers le droit d'entrer et de démarrer la voiture en l'absence de son titulaire habituel: le propriétaire peut dès lors confier, pour une durée qu'il détermine, l'usage partiel ou total de la voiture à une autre personne qui aurait elle aussi téléchargé l'app dédiée.

Pratique dans le cadre familial, cette solution pourrait également être développée et appliquée pour des systèmes de car-sharing. En Suisse notamment où les réseaux de car-sharing sont très bien implantés, remplacer les cartes magnétiques par une app sur smartphone pourrait rendre les locations bien plus fluides.

La solution pose toutefois un certain nombre de questions. En premier lieu les conséquences de ce nouvel usage sur la batterie: la consommation d'énergie induite par l'utilisation de l'app est minime, mais quid en cas de batterie déchargée? Selon les responsables de la marque suédoise, une clef traditionnelle reste toujours proposée avec le véhicule. Mais si le conducteur ne l'a pas avec lui et que son téléphone s'éteint en plein trajet faute de batterie, la voiture ne sera pas arrêtée immédiatement: le trajet pourra s'effectuer jusqu'à son terme tant que le moteur restera allumé. Par contre, sitôt le moteur éteint, il faudra réactiver l'app (et donc recharger le smartphone) pour redémarrer.

La cybersécurité en question

Les questions les plus graves ne portent toutefois pas sur la batterie, mais sur la sécurité du dispositif. Les risques de piratage du smartphone sont similaires aux dangers qu'encourent la plupart des objets connectés, d'éventuels hackers ayant potentiellement accès aux données privées des utilisateurs. Un risque déjà avancé voici un an par le sénateur américain Edward Markey qui avait rendu un rapport très complet sur les objets connectés utilisés dans l'industrie automobile. Ce document notait notamment que «près de 100% des véhicules actuellement sur le marché intègrent des technologies sans fil qui sont susceptibles de poser des problèmes de vulnérabilité au piratage ou à l'interception de données privées».

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Du côté de Volvo, le risque n'est pas pris à la légère et Martin Rosenqvist, directeur de la branche nouvelles voitures chez Volvo, explique que «différentes couches de sécurité et un chiffrement» sont à l'oeuvre, insistant sur le fait que l'app fonctionne sans interaction avec la carte SIM du smartphone, limitant d'autant les possibilités de piratage. Volvo annonce aussi une vérification de l'identité du porteur du smartphone via l'app. Quant au risque de perte ou de vol du smartphone, il suffirait dès lors de prévenir Volvo pour que le constructeur bloque les accès et confie de nouveaux accès au titulaire légitime lors de l'achat d'un nouveau smartphone.

Si d'autres constructeurs ont déjà évoqué des projets similaires ces derniers mois, Volvo semble vouloir être le premier à dégainer: une phase de tests sur des véhicules à disposition des employés Volvo est prévue au printemps dans le secteur de l'aéroport de Göteborg, en Suède. Si ces essais s'avéraient concluants, le dispositif pourrait équiper des véhicules grand public dès 2017.

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Car l'enjeu est plus vital encore pour les constructeurs. Avec une telle app dédiée à une marque, il pourrait être possible pour tout voyageur de se voir attribuée une auto à distance quand il arriverait dans une ville, un aéroport, une gare. Mais toujours de la même marque. Alors que le modèle de l'automobile individuelle pourrait être remis en cause dans les années à venir (les systèmes de car-sharing se multipliant), les constructeurs verraient là un bon moyen de maintenir leurs niveaux de production en fournissant des flottes. Et en s'assurant de nouveaux revenus, le dispositif permettant de zapper certains intermédiaires comme les loueurs traditionnels, le client payant directement son abonnement auprès du constructeur.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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