Bilan

Voiture autonome: les Suisses encore réticents

Seuls 25% des Suisses seraient prêts à lâcher le volant et faire confiance à une voiture totalement autonome. Parmi les craintes principales, le hacking des systèmes.

Si 63% des Suisses plébiscitent l'assitance, seuls un quart sont prêts à abandonner tout contrôle au véhicule.

Crédits: Reuters

Alors que 63% des Suisses sont favorables à une assistance plus avancée dans la conduite, et que 44% voient d'un bon oeil une voiture semi-automatisée, à peine un quart ferait confiance à une automobile sans chauffeur dans le cadre de leurs déplacements, selon une étude menée conjointement par le TCS, l'Office fédéral des routes, et la Plateforme suisse de télématique des transports.

Lire aussi: Menacés, les constructeurs automobiles tentent de répondre

Première cause, pour près de deux tiers des personnes sondées, la crainte d'un piratage informatique des systèmes de contrôle et de conduite. Egalement, pour 54% d'entre eux, la surveillance constante des déplacements et la collecte de data par l'automobile connectée constitue une atteinte à la vie privée.

Des limites techniques a dépasser

Pour Yves Gerber, responsable de la communication du TCS, présent jeudi soir à Lausanne à la conférence sur la voiture autonome organisée par SATW, association suisse des sciences de l'ingénierie, il y a une risque réel: «On peut imaginer un ransomware, des pirates qui demandent une rançon à payer, sinon les véhicules seront détournés de leur trajectoire et crashés!»

Un besoin de sécurisation qui s'ajoute à certaines limites techniques, relevées par Hervé Bourlard, directeur de l'Idiap, centre de recherche suisse actif dans l'intelligence artificielle, en particulier dans les systèmes de reconnaissance: «D'ici deux ans, les voitures reconnaitront tout ce qu'il y a dans leur environnement, les panneaux de signalisation, les piétons, les animaux... En revanche reconnaitre n'est pas comprendre. Rappelez-vous de la campagne «Cherchez le regard». La conduite garde une dimension sociale. A proximité d'une école, un panneau «pensez à nous, roulez tout doux» n'est pas nécessairement compris par la machine. Avant 5 à 10 ans, on aura du mal à atteindre un niveau de compréhension complexe.»

Vers l'automobile comme transport public?

Adapter toutes les infrastructures ne semble pas envisageable à court terme selon le panel d'experts présents la semaine passée. Parmi les solutions évoquées, une transition par l'autorisation sur les autoroutes, où la conduite autonome est plus facile à maitriser, avant de gagner les routes, puis les villes. Toutefois, un parc de véhicules entièrement autonomes semble plus viable que la cohabitation entre véhicules autonomes et humains.

Pour Anne Mellano, cofondatrice de la startup lausannoise BestMile, qui développe un système de coordination de flottes de véhicules autonomes, la transition de l'automobile possédée par les particuliers vers un service d'automobiles autonomes commandées par app permettrait une optimisation du trafic : «On peut imaginer que les villes donneront des concessions à des opérateurs automobiles, comme ils le font pour les bus ou les métros. Aujourd'hui, le taux d'occupation des véhicules est en moyenne de 1,2 personne et ils restent stationnés 95% du temps. Avec des flottes qui tournent tout le temps, on limiterait l'explosion du nombre de véhicules sur les routes et on gèrerait les recharges, ce qui permettrait d'avancer vers la voiture électrique.»

Au delà de la réticence, évoquée à l'occasion de la publication de cette enquête, de toute une génération à lâcher le volant, les questions légales et éthiques viennent compliquer l'avènement du véhicule autonome. Le quizz d'éthique Moral machine, proposé par le MIT, invite à se positionner sur les situations limites où le véhicule autonome doit choisir entre tuer le passager ou le piéton en cas de collision inévitable. De quoi faire réfléchir encore quelques années.

Lire aussi: Les constructeurs automobiles se positionnent pour l'avenir

 

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Du même auteur:

Les sociétés de conseil rivalisent avec l’IMD
Comment la sécurité se déploie aux frontières entre la France et la Suisse

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

"Tout ce qui compte.
Pour vous."