Bilan

Vidéos à la demande: la Suisse est à la traîne

La société américaine Netflix a lancé un modèle plébiscité par le public. Sur sol helvétique, l’offre reste fragmentée.

Quand Netflix va-t-elle enfin arriver en Suisse? C’est ce que se demande avec impatience une vaste communauté de geeks, fans de cinéma, séries et autres documentaires. Fondée en 1997 aux Etats-Unis, cette start-up californienne propose de la vidéo à la demande sur abonnement (SVOD). L’offre la plus fracassante consiste en un abonnement mensuel à moins de dix francs, donnant accès à un large catalogue de films diffusés en streaming. C’est-à-dire à regarder sur un écran à partir d’une connexion internet. Nouvelle success story, Netflix compte plus de 40 millions d’abonnés aux Etats-Unis. La société a maintenant étendu ses activités au Canada (1,5 million d’abonnés), en Amérique latine (plus de 1 million) et en Angleterre ainsi qu’en Irlande (ensemble, 1 million d’abonnés). De nouvelles filiales devraient ouvrir d’ici à la fin de l’année en Europe.

Un marché en effervescence

Porté par le buzz, le titre est parti très haut en 2002  lors de son entrée au Nasdaq (le marché américain des valeurs technologiques), avant de s’effondrer. L’action a encore souffert début septembre suite à un accord entre Amazon et Epix qui annonce de grandes manœuvres. Grâce à cette alliance, le numéro un mondial d’e-commerce peut ajouter  3000 films à son catalogue de streaming, dont les blockbusters The Avengers, Iron Man 2 ou encore The Hunger Games. En France aussi, c’est l’effervescence. Le groupe AB, appartenant au résident genevois Claude Berda, prépare une offre SVOD. Celle-ci vient concurrencer Love Film (Amazon), Canal Play Infinity, Vidéo Futur, M6 (Pass M6), Disney (Disney Avant-Première), Warner, Gulli (Pass Gulli), Sundance Channel, l’INA (INA Premium), etc. Or en Suisse, le marché reste atone. «Les trois régions linguistiques ainsi que la faible clientèle potentielle par rapport aux investissements nécessaires dissuadent les groupes internationaux de lancer une offre spécifiquement helvétique», explique Stéphane Koch, vice-président de la société High-Tech Bridge. Ultime obstacle, la gestion d’une mosaïque de droits territoriaux pour un pays à peine plus grand qu’une région française. Aujourd’hui, les opérateurs Swisscom, UPC Cablecom ou Sunrise se profilent comme les poids lourds de la vidéo à la demande. Un service qu’ils fournissent uniquement à leurs clients réseaux. L’opérateur historique s’impose comme leader avec plus d’un demi-million de clients.  A une autre échelle, la société Swiss TV travaille en partenariat avec le téléréseau genevois Naxoo ou encore avec Samsung, qui loue des films à partir de ses téléviseurs équipés d’une de leur box. «Le marché évolue vers la digitalisation des contenus. L’uniformisation qui va en découler doit doper les affaires», note Arnaud Alves de Souza, directeur commercial de Swiss TV.

De nouveaux standards

«A moyen terme, une standardisation internationale, notamment au niveau des droits, doit faciliter la diffusion de films. L’industrie travaille ainsi sur un projet UltraViolet. L’objectif est de proposer une large offre de contenus via des portails en ligne sur des terminaux tels que TV, tablette, smartphone, sans que les équipements soient forcément du même fabricant», dévoile Thomas Kernen, spécialiste des technologies vidéo. Dénommé DECE (Digital Entertainment and Content Ecosystem), le consortium derrière UltraViolet réunit studios, fabricants d’électronique, éditeurs de logiciels et services en ligne. Parmi eux, Warner, Sony, Universal, Samsung, Microsoft, Amazon ou Cisco. Deux grands absents: Disney et Apple, qui proposent des systèmes concurrents. Pour les majors du cinéma, il s’agit de relancer la consommation de supports physiques en baisse constante et de contrer les plates-formes de streaming par abonnement sur lesquelles les marges sont inférieures.

 

Des solutions pour accéder à Netflix

Profiter de l’offre de la start-up californienne depuis la Suisse? Oui, c’est possible. Pour cela, l’utilisateur doit recourir à un VPN, soit un service qui donne accès à un ordinateur sur sol étranger ou un proxy, une connexion indirecte fournie par un logiciel. Différentes sociétés offrent ce type de prestation sur internet pour une somme variant entre 5 et 15 francs mensuels. Vous pouvez dès lors souscrire un abonnement au même titre qu’un habitant des Etats-Unis. La solution est également valable pour des sites de visionnement gratuit comme Hulu ou pour accéder aux services américains de iTunes. Est-ce légal? «On se trouve là dans une zone grise, explique Thomas Kernen, spécialiste des technologies vidéo. Ce n’est pas interdit. Certaines sociétés vérifient cependant la nationalité de la carte de crédit et peuvent refuser d’ouvrir des comptes. Les loueurs ne se plaignent pas de cette pratique car ils engrangent des abonnements supplémentaires mais il leur arrive néanmoins de bloquer des comptes. En effet, les studios n’apprécient guère que les droits et le contrôle de la diffusion leur échappent.»

Crédit photo: dr

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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