Bilan

Viande de synthèse: les millions pleuvent

La production de viande à partir de cellules-souches fait l’objet d’une course mondiale à l’innovation. Des montants énormes sont investis dans les startups de ce créneau.

Mark Post, fondateur de Mosa Meat, promet ses steaks hachés cellulaires pour 2021.

Crédits: Mosa

Il semblerait que le hamburger fabriqué dans un bioréacteur arrivera dans nos assiettes autour de 2021. C’est en tout cas la date qu’annoncent différentes startups. L’intérêt de la viande cellulaire? Elle offre les avantages nutritifs des protéines animales, sans pour autant que l’on doive sacrifier d’animal. L’existence d’un marché à des milliards de dollars n’est plus à démontrer. Les consommateurs qui limitent leurs achats de viande, voire y renoncent totalement, sont toujours plus nombreux. En outre, rien ne consume autant de ressources ni ne produit autant de gaz à effet de serre qu’un kilo de bœuf. Ces promesses font rêver les investisseurs. Récemment, Bill Gates, fondateur de Microsoft, Jack Ma, patron d’Alibaba, Jeff Bezos (Amazon), ainsi que le groupe Louis-Dreyfus se sont trouvés réunis autour du financement de la startup Motif Ingredients. Créée à Boston, la firme dotée de 90 millions de dollars de capital est l’une des plus en vue du secteur.

Depuis la Suisse, le Bell Food Group (filiale du distributeur bâlois Coop) a investi 2 millions de francs durant l’été 2018 dans un tour de financement destiné à la startup Mosa Meat. L’entreprise hollandaise a pour actionnaire principal M Ventures, société d’investissement du géant pharmaceutique allemand Merck, et promet le lancement de son steak haché pour 2021. «Dans un premier temps, le hamburger sera introduit dans le segment haut de gamme de la gastronomie. Il est encore difficile de prévoir quand la viande de culture sera vendue dans les grands magasins», indique Sara Heiniger, porte-parole chez Bell. Le fondateur de Mosa Meat, Mark Post, était déjà à l’origine d’un premier essai remontant à 2013. Un échantillon avait été fabriqué à partir de cellules pour la somme astronomique de 250 000 dollars. Une expérience financée par le cofondateur de Google Sergey Brin. 

Le principe théorique est simple. On prélève quelques cellules musculaires sur des animaux pour les mettre en culture dans un générateur. Or, des cellules, il en faut quelque 20 000 pour confectionner un hamburger in vitro. Les chercheurs font aujourd’hui face à trois défis: accélérer la multiplication des cellules, les fabriquer en plus grandes quantités et faire baisser les coûts de production.
La solution nutritive qui permettra aux cellules de se multiplier constitue le principal problème à résoudre. Les ingénieurs ont d’abord utilisé du sérum de veau fœtal, mais la tendance s’oriente aujourd’hui vers un substitut végétal. 

Editeur de gènes

Les annonces se sont multipliées ces derniers mois. Fin 2018, la société israélienne Aleph Farms a présenté un prototype de steak in vitro mais le résultat se désintégrait sous le couteau et la fourchette. Une belle brochette d’investisseurs (Tesla, SpaceX, Baidu, le milliardaire britannique Richard Branson et Bill Gates) finance encore Memphis Meats, lancée en 2015 à Berkeley en Californie. La compagnie a recours à un «éditeur de gène» (le système Crispr) pour faire grandir la viande. A San Francisco, la compagnie Just se dit proche de la production de poulet de synthèse. Dans la même ville, New Age Meats mène des investigations similaires. Dernier jalon en date, des scientifiques de l’université britannique de Bath ont annoncé à la mi-mars avoir fait pousser du bacon grâce à une solution
à base d’herbes. 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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