Bilan

Une startup suisse fait avancer la dermatologie

Basée à Genève, Scientis Pharma commercialise une crème d’un type nouveau, contre les taches brunes de la peau. Le produit pourrait aussi représenter une alternative aux traitements cancérigènes de dépigmentation largement utilisés dans les pays en voie de développement.

Les cofondateurs de Scientis Pharma.

Crédits: David Huc/Bilan

Classé «cosmétique», le produit développé par la société Scientis Pharma au Campus biotech à Genève, s’apparente d’avantage à un médicament. Et pour cause: son concepteur, le docteur Behrooz Kasraee, chercheur et dermatologue iranien en Suisse depuis 2001, qui dirige le Centre de dermatologie de Cornavin et le Swiss vitiligo center, est spécialiste pour le traitement des problèmes de pigmentation de la peau.

Lire aussi: Nestlé investit 1,3 milliard de francs dans la dermatologie esthétique

Il relève les conséquences lourdes auxquelles font face les personnes impactées: «On sait que, selon les pays, les taches blanches ou brunes peuvent être très mal perçues. Des patients nous disent parfois qu’ils ont perdu leur travail à cause de cela.» Un constat que précise son associé, Jean-François Gouzer: «On fait face à un problème social d’exclusion. En particulier dans les pays en voie de développement qui connaissent des maladies contagieuses très virulentes, les gens associent les taches à ces maladies.»

Un principe naturel, connu de longue date

Pour autant, l’hyperpigmentation (taches brunes) -qui touchent près de 1% de la population européenne et parfois jusqu’à 30% des populations de type hispanique, notamment les femmes enceintes- ne connaissaient pas jusqu’alors de traitement reconnu efficace depuis que l’hydroquinone, solution phare jusqu’aux années 2000, a été déclarée cancérigène par l’OMS en 1996, puis interdite progressivement, d’abord au japon en 2006, puis en Europe et en Amérique du nord. «Aujourd’hui, les traitements légers ne sont pas réellement efficaces. Le laser fonctionne sur certaines des taches, mais plutôt sur les phototypes claires, et encore pas vraiment sur les taches de grossesses», relève Dr. Behrooz Kasraee.

Lire aussi: Plus d’un cancer sur trois pourrait être évité

La solution proposée par Scientis Pharma utilise une molécule connue depuis plus de 50 ans pour ses vertus, la cystéamine, mais abandonnée, selon Dr. Behrooz Kasraee: «La cystéamine est d’autant plus intéressante qu’au contraire de l’hydroquinone, ses propriétés anti-cancérigènes ont été prouvées. Mais toutes les tentatives d’utilisation avaient échoué car la substance, naturellement sécrétée par le corps humain, dégage du soufre, rendant l’odeur insupportable.

C’est à la suite d’une erreur de manipulation de laboratoire que la surprise est apparue: le rendu était neutre d’un point de vue olfactif.» Après un an de travail, la bonne formule était mise au point en 2012. Les tests cliniques ont suivi les trois années suivantes et se sont révélés concluant chez une majorité de patients, avec une résorption large ou totale des taches en trois mois de traitement.

La dépigmentation esthétique: une question de santé publique

Au-delà du traitement des tâches, la crème pourrait également être utilisée pour la dépigmentation esthétique, largement répandue dans les pays du Sud. Une étude réalisée auprès de 437 femmes au Burkina Faso révèle que 62,5% d’entre elles utilisent des produits de dépigmentation pour raison esthétique. Dans 81,6%, le produit utilisé est l’hydroquinone, en dépit de sa classification cancérigène.

 

Le marché de la dépigmentation esthétique

«En tant que médecin, je peux vous dire que la dépigmentation esthétique est un vrai problème, relève Dr. Behrooz Kasraee. Certaines femmes prennent des bains d’hydroquinone, ou utilisent du sel de mercure, malgré la toxicité avérée». On estime que plus de deux milliards de personnes dans le monde pourraient potentiellement être concernées.

Lire aussi: Sophia Genetics démocratise la médecine basée sur les données

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Du même auteur:

Les sociétés de conseil rivalisent avec l’IMD
Comment la sécurité se déploie aux frontières entre la France et la Suisse

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."