Bilan

Une start-up suisse remplace l’argent par le temps

Sélectionnée par la conférence LeWeb, TimeRepublik est le porte drapeau d’une nouvelle «sharing economy ».
Avec 2500 utilisateurs enregistrés en un mois, la plate-forme TimeRepublik a bien démarré.

Loïc LeMeur, l’ancien blogueur du World Economic Forum devenu entrepreneur, et à l’origine de la conférence Le Web, a du flair. La première version londonienne de l’événement à succès qu’il a créé et qui ouvre aujourd’hui a ainsi pour thème l’économie du partage (« sharing economy »). L’idée est la suivante: avec Internet, la géolocalisation et les réseaux sociaux, nous ne sommes plus obligés de tout acheter. Des plateformes peuvent mettre en relation des personnes qui ne se connaissent pas pour qu’elles se prêtent des objets ou s’échangent des services. Une sorte de système de contre-affaires 2.0 qui échappe complètement à l’impôt puisque l’argent disparaît.

Sélectionnée par Le Web London, la start-up tessinoise TimeRepublik est emblématique de ce mouvement. Créée il y a un an par Gabriele Donati et Karim Varini à Lugano et en ligne depuis un mois, TimeRepublik s’est inspiré du système des Time Banks aux Etats-Unis. Des banques, où l’argent c’est le temps, inventées par des hippies il y a une quinzaine d’années mais toujours restées marginales. Avec TimeRepublik, chacun peut publier une demande de service - une réparation de plomberie par exemple, un travail de graphisme ou bien encore un cours. Le prestataire qui répond à l’offre n’est pas rétribué sous forme d’argent mais crédité par le client sur un compte temps. Avec, il peut à son tour acheter un autre service dans la communauté. 

Une invention de hippies

 

A cette logique, les deux fondateurs et leurs réseaux de correspondants internationaux ont ensuite ajouté la puissance des réseaux sociaux et des sites de commentaires de type TripAdvisor. «Les prestataires de service ont ainsi tout intérêt à se montrer bons et bien notés s’ils veulent obtenir des crédits de temps. De même, les clients sont poussés à se montrer réaliste dans le temps qu’ils allouent puisque cela devient une sorte de dette», explique Karim Varini.

Avec 2500 utilisateurs enregistrés en un mois, la plate-forme a bien démarré. Karim Varini ne s’attend évidemment pas à ce qu’elle remplace l’économie réelle. Mais dans une Europe où le chômage des jeunes atteint des proportions record, le système D version numérique développé par Timerepublik est d’autant plus séduisant qu’il leur permet d’obtenir ce que les employeurs demandent souvent au-delà des diplômes: une expérience de travail.

Gratuit pour les utilisateurs, le service est monétisé de diverses manières, de la vente d’une base de données de compétence à des recruteurs de type Adecco, en passant par l’inscription payante de professionnels en quête des clients qui ne trouvent pas le service qu’ils cherchent, faute de personnes disponibles, mais sont quand même prêts à le payer. Et oui, on ne se débarrasse pas si facilement de l’argent.  

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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