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Une start-up suisse aide les entreprises à inclure les minorités

La start-up genevoise Includeed aide les entreprises à mieux intégrer des collaborateurs selon l'âge, le genre, l'origine, l'orientation sexuelle ou tout autre critère encore souvent discriminatoire. Une solution en ligne permet de mesurer ses progrès et de profiter de suggestions.
  • Sandrine Cina, CEO de la start-up Includeed, propose d'accompagner les entreprises qui veulent mieux intégrer les minorités.

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  • Sandrine Cina a déjà une solide expérience du conseil dans l'inclusion(ici lors d'un panel au WEF de Davos avec François Hollande et Marc Benioff, CEO de Salesforce).

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  • Zoran Bjelic a rejoint Sandrine Cina dans l'aventure Includeed.

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26 septembre 2013: Guido Barilla, CEO de la marque de pâtes éponyme, donne une interview à l'antenne italienne Radio24, du groupe Il Sole 24 Ore. Interrogé par le journaliste sur les publicités du groupe agroalimentaire, il explique que, pour Barilla, «le concept de famille est sacré et demeure l'une des valeurs fondamentales de l'entreprise. Nous ne ferions jamais une publicité avec une famille homosexuelle [...]. Si les gays aiment nos pâtes et nos publicités, ils en mangeront. Sinon, qu'ils mangent d'autres pâtes». Immédiatement, les réseaux sociaux bruissent et réagissent: nonobstant certains propos de Guido Barilla qui précise qu'il est «en faveur du mariage gay» («mais non pour l'adoption par des couples gay»), un appel au boycott est lancé et les dégâts d'image pour la marque de pâtes sont sévères.

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Si cette affaire a fait du bruit voici quatre ans, les entreprises se retrouvent de plus en plus souvent confrontées à la problématique de la discrimination. A l'embauche ou dans le quotidien du travail, les minorités ne veulent plus faire profil bas mais entendent désormais défendre leurs droits: membres de minorités ethniques ou religieuses, femmes, LGBTI, trop jeunes ou trop âgés aux yeux des employeurs, étrangers,... les types de discrimination sont diverses. Mais le bad buzz d'affaires comme celle qui a touché Barilla a inquiété nombre de dirigeants qui ont souhaité prévenir ce type de publicité négative en privilégiant l'intégration des minorités.

Un portail en ligne selon une approche TripAdvisor

C'est sur ce créneau que Sandrine Cina, qui travaillait dans le domaine de l'inclusion du genre, développe l'idée d'Includeed. «J'ai rapidement eu des demandes de la part d'entreprises pour des formations et des ateliers de sensibilisation en entreprise, et l'idée d'une solution technologique m'est venue», narre Sandrine Cina: très vite, une réflexion sur un portail en ligne alimenté par les entreprises, les employés et les clients naît dans son esprit. Si la solution est imaginée selon une approche à la TripAdvisor, avec des interactions comme matrice, mais aussi de nombreuses offres destinées aux entreprises pour leur permettre d'identifier leurs forces et faiblesses face à leurs compétiteurs et de s'améliorer.

Quelques mois de développement plus tard, Includeed voit le jour: ce portail prend en compte huit dimensions de discrimination (genre, âge, origine et appartenance ethnique, orientation sexuelle, santé mentale, religion, apparence corporelle, santé et handicap) mais ne veut pas se limiter à une mise à l'index des «mauvais élèves»: «L'idée, c'est davantage de voir dans quels domaines on peut progresser et de fournir une grille d'évaluation avec un indice, ainsi que des outils pour améliorer la situation».

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Pour ce faire, Includeed se présente comme «un portail où chaque entreprise reçoit non seulement des commentaires et des avis, mais aussi montre ce qu'elle fait en matière de diversité et d'inclusion», dixit Zoran Bjelic, product manager and lead R&D. La start-up genevoise proposant pour sa part un canevas identique à toutes les entreprises avec des fonctionnalités à activer pour présenter des initiatives, ajouter des données chiffrées, mais aussi une partie privée réservée à la société cliente pour piloter sa page comme un tableau de bord, bénéficier de statistiques ou recevoir des conseils afin d'améliorer sa performance.

«Cette dernière est mesurée avec trois scores pour chaque entreprise: le transparency score, l'inclusiveness score et le community rating. Le premier mesure la transparence sur les pratiques internes (plus une entreprise diffuse de données sur sa situation, bonnes ou mauvaises, plus sa note sera élevée). Le second calcule à quel point l'entreprise a réussi ou pas à intégrer à tous les niveaux hiérarchiques sa main-d'oeuvre potentiellement victime de discriminations. La troisème note est celle attribuée par les internautes», détaille Zoran Bjelic, qui ajoute que «pour éviter les trolls, on cible les employés en validant leur accès via leur profil LinkedIn, et on filtre les entreprises qui pourraient inciter leurs collaborateurs à les promouvoir en s'appuyant sur les adresses IP». Une centaine d'entreprises, essentiellement issues des secteurs technologique, consulting et pharma, sont d'ores et déjà présentes et actives sur la plateforme, suisses et internationales. Mais Sandrine et Zoran ont l'objectif de privilégier dans un premier temps les entreprises locales, romandes et ayant des besoins en termes de main-d'oeuvre et d'inclusion.

Barilla dans les premiers clients

Et c'est bien là l'axe majeur du business d'Includeed: la startup entend proposer un accompagnement spécifique à chaque entreprise cliente souhaitant améliorer l'intégration en son sein. Et si le duo, rejoint par une équipe de développeurs et d'autres talents, vise «une dizaine d'entreprises clientes d'ici fin 2017, suisses mais aussi françaises ou allemandes», un grand nom a déjà signé: Barilla. Près de quatre ans après le scandale, la marque italienne a changé de cap: «Les réactions suite aux déclarations de Guido Barilla et les appels au boycott ont provoqué une prise de conscience en interne, jusqu'au plus haut niveau. Et les actes ont suivi: des programmes ont été mis en place, une chief diversity manager a été nommée, les parcours de femmes et d'étrangers notamment mais aussi d'autres minorités ont été mis en valeur,...», se félicite Zoran Bjelic.

Pas question pour Sandrine et Zoran de s'ériger en juges moralisateurs: «On ne veut ni se placer sur le plan du jugement moral, ni servir de défouloir: notre ambition est d'améliorer des situations en accompagnant les démarches constructives et les politiques des entreprises». Car les deux jeunes entrepreneurs en sont convaincus: «Les entreprises peuvent trouver une valeur ajoutée avec nos services. Car il y a un vrai retour sur investissement pour les dépenses et les politiques liées à la lutte contre les discriminations au sein des groupes». Et d'expliquer que les équipes des entreprises clientes ressortent renforcées suite aux sessions d'entraînement, aux ateliers, aux programmes de mentoring, à l'analyse des processus de recrutement ou de promotion au sein des services RH qu'aura pu leur suggérer Includeed.

Sur les six derniers mois, le portail Includeed.com a reçu plus de 13'000 visiteurs et plus de 1600 employés identifiés ont fait part de leur intérêt quant à des données chiffrées sur leur employeur (les données chiffrées sont une exigence de la part de Sandrine et Zoran pour les entreprises activant leur profil sur le portail, afin d'éviter le discours marketing). Et si Includeed compte désormais trois autres collaborateurs en plus des cofondateurs, d'autres recrutements sont à envisager dans les mois à venir pour soutenir la croissance de la plateforme. «Nous sommes engagés dans une levée de fonds de 500'000 francs d'ici fin 2017 afin d'étoffer nos équipes avec des développeurs et des professionnels du marketing», annonce Sandrine Cina.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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