Bilan

Une chance historique

Entre l’accident nucléaire de Fukushima et une nouvelle flambée des prix du pétrole au dessus des 100 dollars, les technologies propres ou cleantechs reviennent au devant de la scène. Les titres des entreprises solaires ou éoliennes flambent en bourse après un passage à vide du à la réduction des subventions dans plusieurs pays. Les politiques s’interrogent sur une sortie accélérée de l’atome. Les entreprises et les particuliers voient la question de leur efficacité énergétique devenir un enjeu central pour la compétitivité des premières et le pouvoir d’achat des seconds. Ce phénomène est –il durable ou comme après Tchernobyl et les précédents chocs pétroliers, chacun se pressera d’oublier jusqu’à la prochaine crise ?L’existence, avant même les événements récents, d’un Masterplan cleantech, autrement dit d’une ébauche de politique industrielle dans ce domaine par la Confédération, laisse espérer que non. D’autant moins que les cantons avaient déjà précédemment affiché leurs ambitions dans ce domaine. Le lancement en 2010 d’un quatrième cluster technologique, CleantechAlps,  par les cantons de Suisse occidentale,  a scellé cette reconnaissance du potentiel économique de notre région dans les technologies propres à côté des sciences de la vie, de l’informatique et des microtechnologies. Du solaire à Neuchâtel à l’hydraulique en Valais en passant par l’efficacité énergétique, qui est au cœur de nombreux programmes de recherches de l’EPFL ou par la biomasse et la géothermie qui redémarrent à Genève, les savoir-faire sont multiples et les opportunités plus encore. Les technologies propres touchent à presque tous les domaines de la recherche, des sciences de l’information pour les smart grids aux matériaux pour l’efficience énergétique. Elles atteignent tous les marchés : des transports aux machines électriques en passant par le plus fondamental de tous : l’énergie. Les cleantechs supposent donc  à la fois l’optimisation de nombreux produits et des innovations, soient autant d’opportunités pour créer de la valeur ajoutée, de nouvelles entreprises et de nouveaux métiers.

Mais les technologies propres sont aussi profondément structurantes pour  notre économie.  A ce titre, elles relèvent de nos conditions-cadres. C’est donc un domaine où l’Etat et le marché peuvent se faire la courte échelle. Le premier en soutenant les efforts des entreprises mais aussi en aidant le déploiement des nouvelles technologies propres, ne serait-ce que par son pouvoir de donneur d’ordre, le second en utilisant l’expérience acquise ici pour l’exporter ailleurs. Les savoir-faire développés en Suisse dans le  recyclage ou le traitement de l’eau à cause de normes particulièrement strictes génèrent, par exemple, nombre d’opportunités maintenant que les mêmes contraintes s’imposent ailleurs.La contrainte étant encore plus forte dans le domaine énergétique, le pôle émergent des cleantechs en Suisse occidentale pourra-t-il  là aussi saisir les nouvelles opportunités ?  Incontestablement, la Suisse a pris du retard dans ce domaine. Les énergies renouvelables hors hydraulique ne représentent qu’environ 3% de son approvisionnement. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir su développer des technologies comme le souligne le succès des travaux du PV-Lab de l’EPFL à Neuchâtel (lire page 16), ceux de MHylab dans la mini-hydraulique (page 22) ou bien encore des entreprises sélectionnés dans notre section portraits (page 50). Certes, les technologies propres sont plus chères. Mais leurs coûts diminuent précisément au moment où ceux des atteintes à l’environnement et des énergies fossiles ou du nucléaire sécurisé explosent. C’est la chance historique des cleantechs. La Suisse doit la saisir. Fabrice DelayeResponsable de technology by bilan

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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