Bilan

Une solution pour conserver éternellement le savoir

Deux professeurs de l'EPF de Zürich sont nommés finalistes du Prix de l'inventeur 2021 de l'Office européen des brevets pour une invention inspirée du monde des fossiles.

Wendelin Stark (à gauche) et Robert Grass ont recours à de l’ADN synthétique pour stocker des données.

Crédits: Keystone

L'ensemble de notre savoir est aujourd'hui stocké sur des supports essentiellement numériques, condamnés à se désagréger et à disparaître. Comment garantir que ces informations soient conservées sur le long terme, voire pour l'éternité? Pour résoudre ce problème, deux professeurs de l'EPF de Zurich, Robert Grass et Wendelin Stark, ont eu une idée.

S'inspirant du monde des fossiles, les deux scientifiques ont développé une solution révolutionnaire. Les données sont stockées sous forme d'ADN et encapsulées dans de minuscules billes de silice, ce qui évite la décomposition causée par les éléments au fil du temps. Ce processus est celui d'une fossilisation artificielle. Outre le stockage des données, l'invention est également utilisée pour tracer l'origine des produits, tout au long des chaînes d'approvisionnement.

Brevets, patentes et compétition

Cette innovation vaut aux deux scientifiques une place de finalistes pour le Prix de l'inventeur européen 2021 dans la catégorie «Recherche». Lancée par l'Office européen des brevets (OEB) en 2006, cette compétition est l'une des plus prestigieuses dans sa catégorie. L'EPFZ a obtenu une un brevet européen pour l'invention de Robert Grass et Wendelin Stark en 2018. Une solution exploitée commercialement depuis 2016 par le biais d'un spinoff baptisé Haelixa.

«Si vous voulez créer une entreprise et obtenir des investissements de la part d'une université ou d'un organisme de financement, vous devez avoir une preuve très convaincante pour ce qui est de la protection de votre propriété intellectuelle», explique Robert Grass par voie de communiqué de presse. «C'est pourquoi les dépôts de brevet sont une étape extrêmement importante.»

Un album de Massive Attack stock sur ADN

Les deux professeurs en chimie et biosciences appliquées de l'EPFZ ont fait la promotion de leur technologie par le biais de deux projets liés à l'industrie du divertissement. En 2018, l'album Mezzanine du groupe Massive Attack a été réédité par les chercheurs au format ADN qui ont encodé un fichier de données dans des brins d'ADN synthétique. En 2020, le premier épisode de la série Netflix Biohackers a été stocké sur de l'ADN.

Aujourd'hui, le prix élevé de l'écriture de l'ADN synthétique limite le recours à cette solution. Mais les inventeurs travaillent à des aménagements pour réduire les coûts en simplifiant l'équipement de synthèse de l'ADN. «Nous envisageons un monde où, dans un avenir proche, lire de l'ADN sera accessible pour la technologie de tous les jours», anticipe Robert Grass.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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