Bilan

Une banque genevoise lance sa crypto-monnaie

Outil de paiement, le dukascoin de Dukascopy vise à accélérer les transactions et en diminuer le coût. Une tendance dans laquelle s'engouffrent au même moment plusieurs banques régulées dans le monde.

Andre Duka, CEO et fondateur de la banque Dukascopy, estime que le lancement de crypto-monnaies par les banques privées devrait s'accélérer.

Crédits: Crédit: Dukascopy

Depuis le 28 février, la monnaie digitale de la banque genevoise Dukascopy est entrée en circulation, devançant d'un jour le J-Coin de la japonaise Mizuho. Des premières mondiales passées relativement inaperçues, éclipsées par l'annonce surprise du CEO de JP Morgan Jamie Dimon - pourtant historique détracteur du bitcoin- du lancement prochain d'une monnaie blockchain propre à la banque américaine. Cette dernière, adressée en premier lieu aux clients institutionnels, devrait permettre d'effectuer des virements internationaux quasi instantanés et à coût très réduit.

Monnaie offerte pour toute ouverture de compte

Andre Duka, fondateur de Dukascopy, reconnait n'avoir pas lui-même été immédiatement convaincu par la blockchain avant de changer son fusil d'épaule en 2018: «Il y a deux ans, j'étais méfiant et réticent vis à vis de cette technologie, mais j'ai compris l'an passé que personne ne pouvait arrêter le mouvement. L'écosystème bancaire fait face à une mutation profonde et très rapide.»

Pour le lancement du dukascoin, la banque a généré au travers d'un smart contract sur Ethereum 20 milliards de tokens qui seront distribués automatiquement et gratuitement à chaque ouverture de compte de détail. En remplacement des cinq euros offerts jusqu'alors au nouveau client, ce dernier recevra 5 coins auxquels s'ajouteront 5 coins pour l'éventuel apporteur d'affaires et 10 pour la banque elle-même. Ces jetons serviront en premier lieu comme moyen de paiement auprès de Dukascopy, mais pourront également permettre de créditer des comptes de trading- le coeur d'activité de Dukascopy, originellement broker avant de d'obtenir en 2010 la licence bancaire- et donner lieu selon la banque à «divers types de récompenses.»

La banque mise sur sa croissance accélérée pour espérer une diffusion et utilisation rapide de son nouvel outil. Pensée sur un modèle de taux de change très réduits proche des stars de la fintech comme l'anglaise Revolut, et sur un système de transferts par messagerie instantanée, Dukascopy ouvre en ce moment 650 comptes par jour. Un chiffre en constante augmentation qui permet d'entrevoir près de 1000 nouveaux clients quotidiens d'ici deux mois. Plus de 85'000 dukascoins ont ainsi été distribués sur le réseau en moins de deux semaines et l'équivalent accumulé par la banque elle même. Andre Duka met en avant pour la banque «une économie substantielle sur les coûts de transactions» réalisées en dukascoins au lieu des monnaies fiduciaires.

Outil de paiement, outil de spéculation

Durant les 3 jours suivant une ouverture de compte, l'utilisateur peut automatiquement changer ses Dukascoins à parité contre l'euro. La question se pose donc de l'évolution du cours de la crypto-devise, qui à la différence du J-Coin de Mizuho ou de celui annoncé par JP Morgan n'est pas un «stable coin», et n'est donc pas adossée à une monnaie centrale. Pour inciter l'utilisateur à conserver voir acquérir d'avantage de dukascoins, la banque verse un rendement annuel de 5% pour une centaine de coins déposés jusqu'à 100% à partir de 10'000. La banque assure de son côté conserver ses coins sur le long terme, ce qui pourrait favoriser la bonne tenue du cours.

S'il ne présente pas la liquidité d'une bourse ou des «grandes» monnaies digitales, le dukascoin reste échangeable sur une plateforme interne ou des offres d'achats ou de ventes peuvent être posées. Introduit à 1 euro l'unité, le cours s'est envolé brièvement à 1,6 pour redescendre et fluctuer depuis le 2 mars entre 0.7 et 0,99 euros l'unité. Le choix d'une monnaie «flottante» au lieu d'un stablecoin est assumé par Andre Duka: «Mettre en place un stablecoin est onéreux, et pas encore très clair d'un point de vue régulatoire. De plus, le trading fait partie de notre ADN et nous souhaitions que le client puisse spéculer sur le dukascoin.»

Concurrencer les monnaies centrales?

Andre Duka estime que les annonces successives de lancement de crypto-monnaies par les banques privées devraient se poursuivre et même s'accélérer: « Il va y avoir une forte concurrence, et certaines banques risquent de manquer le tournant, d'où l'intérêt de se positionner parmi les premiers. A terme, un système d'interopérabilité devrait voir le jour entre les différentes banques pour faciliter la circulation de coins entre elles et sur la blockchain.»

La perspective de création d'un système monétaire «parallèle» pourrait toutefois se voir renforcer par la création de stablecoins adossés aux monnaies centrales, comme un crypto-dollar ou un crypto-franc, qui associerait à la vitesse et au faible coût des transactions la maitrise de la volatilité, souvent reprochée aux crypto-monnaies. Pour Andre Duka «la construction d'une régulation spécifique sera déterminante, et s'appuiera certainement sur les expérimentations menées actuellement par certaines banques privées comme la nôtre».

Avec son cours flottant, Andre Duka considère que le dukascoin ne rentrera pas en concurrence directe avec les futurs stablecoins adossés aux monnaies centrales, qu'il voit néanmoins comme une réalité à court terme: «Une forte compétition va se faire jour dans ce domaine. Mon opinion est qu'on devrait voir des banques privées émettre les premiers crypto-francs avant la fin de l'année.»




Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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