Bilan

Un vaccin contre toutes les grippes

Avec une seule injection, nous devrions être capables de protéger l'être humain contre 90 à 95% des grippes saisonnières et pandémiques!» Lâchés en pleine épidémie de grippe A, les propos du Dr Joseph Kim, CEO d'Inovio, pourraient passer pour de la forfanterie. Néanmoins ce dernier convient qu'il lui faudra prouver son hypothèse lors d'essais cliniques en 2010.Mais il y a de bonnes raisons de penser que le vaccin universel contre la grippe est à portée de main. Et que cette maladie, que l'on continue de combattre avec des technologies datant souvent d'un demi-siècle, pourra être battue. Définitivement. Le virus de la grippe est l'un des adversaires les plus sournois de l'humanité. Comme cette maladie change constamment d'apparence et qu'il n'est ainsi pas possible d'utiliser d'anciens stocks, l'OMS doit alors transmettre chaque année aux fabricants de nouvelles souches pour développer des vaccins répondant à la mutation des protéines.

Une mutation qui rend chimiquement méconnaissable la grippe, d'une souche à l'autre et même entre les descendants d'une même souche, pour le système immunitaire.Ces changements d'apparence concernent surtout les deux catégories de protéines que ciblent les vaccins. La première: l'hémagglutinine, qui permet au virus d'entrer dans une cellule pour l'infecter. La seconde: la neuraminidase, qui multiplie l'infection.

Ce sont leurs initiales, H et N, qui donnent leurs noms aux grippes. Comme il existe seize formes d'hémagglutinine et neuf de neuraminidase, le système immunitaire doit réapprendre à chaque fois à reconnaître une nouvelle combinaison pour être efficace.Pour y parvenir, les laboratoires ont encore recours à des techniques anciennes de culture puis de récolte des virus de chaque grippe spécifique dans des oeufs de poule ou des levures. Or la méthode a de gros désavantages.D'une part, le Département de la santé américain estime qu'il faut 900 000 oeufs pour produire 300 millions de doses de vaccins.

Un processus lent qu'il faut répéter à chaque épidémie. D'autre part, ces opérations ont un coût élevé et donnent le temps au virus de se montrer meurtrier. Si la pandémie «douce» de grippe A (H1N1) n'a fait «que» 4000 victimes, la grippe saisonnière tue cependant entre 250 000 et 500 000 personnes chaque année.Un vaccin ADNCette hydre, Joseph Kim veut l'abattre une fois pour toutes avec un vaccin universel capable de prémunir l'homme contre toutes les grippes. Le projet remonte au début des années 1990, quand il effectue son doctorat dans le groupe de David Weinerà l'Université de Pennsylvanie.

Avec d'autres chercheurs, ce dernier a découvert qu'en extrayant les gènes qui codent les antigènes - les molécules qui activent le système immunitaire, telles que H et N dans le cas de la grippe - puis en réintroduisant ces gènes dans une cellule saine, on n'a plus besoin de sous-infecter l'organisme avec le virus comme dans le cas des vaccins classiques.Avec ce vaccin à base d'ADN, la cellule n'exprime que les antigènes caractéristiques des virus sélectionnés. En cas d'attaque, le système immunitaire saura ensuite les reconnaître et les détruire. Une découverte pour laquelle Joseph Kim et David Weiner créent VGX en 2000.Séduisante du point de vue des scientifiques, pour qui séparer les gènes codant des protéines est une routine, l'idée va se révéler difficile à appliquer chez l'homme.

«La difficulté consiste à faire entrer les gènes dans la cellule, résume Marie-Louise Michel, qui développe elle-même un vaccin ADN contre l'hépatite B à l'Institut Pasteur. Les cellules n'absorbent naturellement qu'une petite quantité de vaccins ADN. Et des enzymes les éliminent en 30 minutes s'ils restent hors des cellules.» Plusieurs voies sont explorées pour augmenter l'absorption de vaccin ADN. L'entreprise britanniquePowderject, rachetée en 2003 par Chiron, elle-même reprise en 2006 par Novartis, développe ainsi un système d'injection à air comprimé qui transporte, sur des billes d'or microscopiques, les gènes sélectionnés. En 2008, VGX trouve sa solution chez Inovio, qui a mis au point une technologie d'électroporation (voir schéma). Les deux entreprises fusionnent.Des tests prometteursGrâce à cette méthode, l'absorption de vaccin ADN est augmentée d'un facteur 100. Cela entraîne une réponse immunitaire suffisamment forte pour immuniser durablement. En plus, Joseph Kim a songé à un cocktail de gènes pour vacciner contre la plupart des combinaisons de H et de N des grippes connues et même à venir.

La société américaine Inovio vient ainsi d'annoncer un taux de réussite de 100% de son vaccin universel contre la grippe A sur le modèle animal de référence, le furet. Il reste à prouver que c'est efficace pour l'homme. Mais des essais réussis de vaccins ADN pour d'autres maladies laissent envisager qu'on vaccinera demain contre la grippe comme contre la polio ou le tétanos aujourd'hui.

Le retour des dopants immunitairesUtilisés depuis les années 1930, les adjuvants reviennent en force pour stimuler l'effet des vaccins. Le principe Les adjuvants sont des molécules chimiques, comme les sels d'aluminium, qui stimulent la réponse immunitaire, en particulier chez les adultes et les enfants. L'innovation Depuis le début des années 1980, une nouvelle génération d'adjuvants stimule les cellules qui alertent le système immunitaire afin d'en moduler la réponse. La polémique Mal dosés, les adjuvants pourraient entraîner une hyperactivité du système immunitaire, provoquant des maladies auto-immunes.innovation romandeAC Immune associe vaccin et diagnostic contre l'alzheimerAC Immune, start-up lausannoise, testera chez l'homme le premier vaccin contre cette maladie. Son nom, l'ACI 24.La start-up lausannoise AC Immune va tester chez l'homme le premier vaccin contre la maladie d'Alzheimer. Cet ACI 24 stimule la production de certains anticorps qui empêchent le changement de forme d'une molécule, le processus à l'origine de la dégénérescence des cellules cérébrales. L'entreprise vient de signer un accord avecBayer Schering pour tester en parallèle un traceur qui visualise les plaques, conséquence de la maladie d'Alzheimer. Cela permettrait la mise au point du premier outil de diagnostic précoce de la maladie. L'Alzheimer n'est pas la seule maladie non infectieuse que visent les nouveaux vaccins. Aux Etats-Unis, Inovio mais aussi Ichoret Vical développent des vaccins contre le cancer. Dans ce cas, il ne s'agit pas de prévenir la maladie mais d'entraîner le système immunitaire à chasser les métastases après une radiothérapie ou une intervention chirurgicale. Les vaccins ADN sont aussi testés pour favoriser la croissance de vaisseaux sanguins qui se substituent aux artères bouchées.

 

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