Bilan

Un jeu en ligne fait avancer la science

La start-up romande MMOS a convaincu un laboratoire des sciences de la vie et un éditeur de jeux d’utiliser des joueurs pour traquer les protéines humaines.

Bernard Revaz, physicien et cofondateur de MMOS.

Crédits: Nicolas Righetti / lundi 13

Et si on profitait des jeux en ligne massivement multijoueurs (MMO) pour faire avancer la science? C’est sur cette idée qu’Attila Szantner, informaticien, et Bernard Revaz, physicien, ont fondé MMOS (pour Massively Multiplayer Online Science).

«Les jeux vidéo sont le phénomène le plus prenant, le plus fascinant de notre temps, estime Attila Szantner. Sur console, téléphone ou ordinateur, trois milliards d’heures y sont consacrées chaque semaine dans le monde! Si nous pouvions transformer une toute petite fraction de ce temps pour aider la recherche scientifique, ce serait une avancée capitale.»

En décembre 2014, les deux hommes s’installent au BioArk de Monthey (VS). C’est le début d’un travail de longue haleine: «J’ai parcouru le monde, donné des conférences, tenté de rencontrer et convaincre les leaders de la branche», détaille Attila Szantner. Parallèlement, l’informaticien hongrois installé à Gryon (VD) et le scientifique valaisan prospectent le monde de la recherche. Ils entrent en contact avec le professeur Emma Lundberg, du Royal Institute of Technology (KTH), en Suède.

Responsable au Human Protein Atlas, celle-ci comprend immédiatement le potentiel du projet: «Nous possédons un monceau d’images de protéines présentes dans le corps humain. Nous tentons d’identifier leur type et de connaître leur localisation. Mettre à profit les capacités des joueurs pour les reconnaître et les cataloguer serait à la fois un plus pour la recherche et un pas vers l’intégration de la science dans la population.»

Car savoir quelles protéines sont présentes dans quel endroit du corps humain est crucial. Celles-ci fabriquent en effet une grande partie des substances essentielles à la vie. Elles sont également la cible privilégiée des médicaments, qui les activent ou les inhibent. 

Présenté aux concepteurs du jeu vidéo massivement multijoueur EVE Online, le projet est très vite adopté: «En fait, c’était juste assez dingue pour que nous nous laissions tenter», s’amuse Bergur Finnbogason, senior creative producer chez CCP, l’éditeur islandais de ce jeu de science-fiction en temps réel.

«Gamification» de la science

Au final, à l’intérieur même du jeu, les participants se voient proposer une nouvelle mission: reconnaître les protéines présentes sur des milliers de photos. Notés, récompensés, encouragés, ils sont classés dynamiquement et luttent pour monter sur le podium des joueurs les plus actifs. «C’est d’autant plus intéressant que cela ajoute du contenu au jeu et le contenu, dans notre domaine, ça vaut de l’or», relève encore Bergur Finnbogason. 

Et les premiers résultats sont incroyables: «En quelques jours, nous avons enregistré 463 936 soumissions sur quelque 15 000 participants! En outre, notre API, qui fait le lien entre le jeu et le matériel scientifique, fonctionne parfaitement», exulte Attila Szantner. 

Depuis le 8 mars, les 500 000 joueurs d’EVE Online peuvent activer cette nouvelle mission. «Il est encore un peu tôt pour analyser les résultats sur le terrain, concède Attila Szantner, mais la qualité de la reconnaissance semble très bonne.» 

Le défi ultime reste toutefois à atteindre: passionner assez longtemps les joueurs pour que l’entier du catalogue des protéines soit caractérisé. «Mais je fais confiance aux gars de CCP, ils connaissent à fond leur jeu et leurs joueurs», sourit Attila Szantner.

Charles-André Aymon

<p>Journaliste</p>

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Observateur toujours étonné et jamais cynique du petit monde genevois, Charles-André Aymon en tire la substantifique - et parfois horrifique - moelle depuis une quinzaine d’années. Tour à tour rédacteur en chef de GHI puis directeur général de Léman Bleu Télévision, il aime avouer à demi-mot n’avoir pas envie de se lancer en politique «parce qu’il ne déteste pas assez les gens». Ce regard mi-amusé, mi-critique permet au lecteur de passer indifféremment du détail au général et ainsi de saisir, même dans les péripéties locales, quelques-unes des ficelles qui meuvent le monde. 

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