Bilan

Un entrepreneur suisse invente l’Uber du travail

Depuis la Floride, la plateforme People as a Service créée par Rolf Ritter bouleverse les rapports employeurs-employés.

Rolf Ritter (à gauche) et son équipe sélectionnent attentivement leurs free-lances.

Crédits: Dr

Après son MBA à Saint-Gall, Rolf Ritter a enchaîné les postes de managers high-tech, de Bossard en France à BDT en Allemagne. Là, il s’est rendu compte que quelque chose ne fonctionne plus dans le monde du travail. «Nous étions dans une petite ville et notre entreprise était constamment en situation de sur ou de sous-effectif», explique-t-il. Il va découvrir que la technologie peut résoudre ce problème de flexibilité. Après avoir restructuré BDT, il part en Floride pour créer People as a Service, une plateforme qui met en relation des employeurs avec un «cloud» de travailleurs indépendants engagés à la mission.

Il faut dire que, ces dernières années, le free-lance est la forme de travail qui se développe le plus aux Etats-Unis qui comptent plus de 50 millions de free-lances. Leur nombre augmente de 6% par an, si bien qu’un travailleur sur deux sera indépendant d’ici à dix ans. La tendance est semblable en Grande-Bretagne.

Fortes de ce constat, de nombreuses plateformes internet se sont développées pour mettre en relation travailleurs free-lance et employeurs, à l’instar de freelancer.com, Hopwork, oDesk, codeur.com, 404work ou freelance.enligne-ch.com en Suisse. Mais de son passé de manager, Rolf Ritter a aussi tiré une leçon: «Pour une entreprise, le facteur clé du succès est la disponibilité et la flexibilité des talents qu’elle recrute.» Du coup, People as a Service ne se contente pas d’une mise en relation mais sélectionne durement (un candidat sur dix) ses travailleurs. «C’est aussi un moyen de fournir constamment de nouvelles opportunités à nos free-lances et de maintenir leur motivation.»

Free-lances du monde entier

Comme ses concurrentes, People as a Service se moque des frontières. Elle compte d’ailleurs des entreprises clientes et des free-lances en Suisse. «Avec son marché du travail tendu et son coût du travail, la Suisse offre un fort potentiel pour notre modèle», commente Rolf Ritter. Certes, mais ce dernier ne va-t-il pas aboutir à mettre en concurrence les travailleurs suisses avec des free-lances qualifiés du monde entier? 

Rolf Ritter ne le pense pas car les free-lances que sélectionne sa plateforme sont bien souvent des experts qui ont un job «normal» à côté. Dans ce contexte, la Suisse, avec son million et demi de travailleurs à temps partiel, verrait ces derniers trouver de nouvelles opportunités.

Mais tout le monde n’est pas d’accord. Aux Etats-Unis, des économistes comme Robert Reich ou Larry Summers s’inquiètent du retour d’une forme de travail sur appel facilité par ces plateformes. Et, comme avec Airbnb dans l’hôtellerie ou Uber dans les taxis, les législateurs sont dépassés par cette disruption provoquée par l’économie numérique.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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