Bilan

Un conseiller national "à nu" au nom de la vie privée

Balthasar Glättli a rendu publics dimanche six mois de sa vie : ses déplacements, ses communications, ses relations. Le conseiller national veut alerter sur le projet de loi prévoyant l'extension des droits de l'Etat.

Balthasar Glättli alerte sur les dangers et les coûts de la collecte de données personnelles.

Vos données personnelles sur six mois, traitées par OpenDataCity et publiées notamment par Schweiz am Sonntag, révèlent une grande partie de votre vie privée, de janvier à juillet 2013. Quel était le but de cette initiative ?

Balthasar Glättli: Dès 2010, Malte Spitz, membre du parti des Verts en Allemagne avait fait de même et son initiative avait durablement marqué les discussions sur la rétention de données personnelles. En Suisse elles sont enregistrées depuis dix ans pour une période de six mois, par des entreprises qui le font uniquement par obligation légale. Et personne ne se représente ce que signifie ce terme « stock de données personnelles». J’ai voulu en faire quelque chose de concret. J’ai ajouté les données des mails (à qui ils sont envoyés et quand, ce qui est collecté en Suisse selon la loi), ainsi que les informations Facebook et Twitter.

Qu’est-ce qui vous a surpris au final, dans cette expérience ?

B.G : Au début j’étais euphorique, pensant trouver un bon argument pour convaincre. Avec le temps, j’ai remarqué que je montrais beaucoup de moi, je me suis retrouvé « à nu », cela m’a gêné. Il me paraît encore plus clair désormais d’éviter la collecte de ces données dont 99,9% sont inutiles. Je reconnais qu’elles peuvent être utiles lorsqu’il y a soupçon, par exemple, de délit financier ou de trafic de drogue. Dans ce cas, même les écoutes téléphoniques peuvent être justifiées.

Vos détracteurs diront que pour que le soupçon puisse exister, il faut d’abord des indices, que ces données peuvent fournir... ou que ces données permettent de résoudre des enquêtes a posteriori.

 B.G : Une étude de l’institut Max Planck pour la criminologie compare dans le temps différents pays : ceux qui enregistrent les données personnelles n’ont pas d'augmentation significative du taux de résolution d’enquêtes. Mais la question fondamentale reste : faut-il entrer dans la sphère privée sans même qu’il y ait soupçon ? De plus, la moitié des atteintes à la vie et l'intégrité physique ont lieu au sein même du domicile. En raisonnant ainsi, on devrait placer des caméras dans tous les foyers, en prévention, c’est aberrant !

Aujourd’hui, les données personnelles n’intéressent-elles pas d’abord les entreprises, avant l’Etat ?

B.G : Oui, on sait que ces données qui devraient être effacées après six mois ne le sont pas systématiquement et ont le droit d’être utilisées. Or le projet en cours prévoit d’élargir encore le nombre d'entreprises y ayant accès. Enregistrer et sécuriser les données personnelles aura un coût pour les fournisseurs d’accès.

Existe-t-il encore une sphère privée ? Quelle est sa limite, selon vous ? Est-elle encore pertinente ?

B.G : La sphère privée, c’est ce que je refuse de publier. Beaucoup de gens ne sont pas toujours conscients du degré de publicité de leurs posts. L’Etat devrait faire des progrès dans le « privacy par défaut » sur les réseaux sociaux. Il faut que lorsqu’on s’inscrive, tout soit d’abord privé et devienne public lorsque l’utilisateur le décide. A l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui, où tout est public, en raison du business model de ces plates-formes. J’aimerais inverser cette logique. Défendre la sphère privée c’est défendre le droit de choisir le contexte dans lequel on s’exprime, contexte fondamental pour des « êtres sociaux ».

La visualisation réalisée par OpenDataCity permet de tout suivre des déplacements et communications de Balthasar Glättli durant six mois :

 

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