Bilan

Un test réduirait la mortalité liée aux AVC

La startup genevoise ABCDx a développé une solution qui permet, via une goutte de sang, de déterminer le plus vite possible l’origine d’une attaque cérébrale afin d’opter pour le bon traitement.

Jean-Charles Sanchez, biochimiste, professeur à l’Université de Genève et cofondateur d’ABCDx.

Crédits: Nicolas Righetti/lundi13

Les chiffres sont effrayants. L’attaque cérébrale frappe en Suisse une personne toutes les 30 minutes et environ 20% des victimes décèdent faute d’une prise en charge suffisamment rapide. Environ 25% des personnes touchées s’en sortiront sans séquelle alors que le reste des patients devra faire face à des handicaps plus ou moins importants. Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’AVC est considéré comme la deuxième cause de mortalité chez l’homme et la première chez la femme.

Jean-Charles Sanchez, biochimiste, professeur à l’Université de Genève et cofondateur de la startup ABCDx, souhaite changer drastiquement la prise en charge de cette pathologie. C’est à Genève, dans une brasserie, qu’il arrive présenter son projet. Un casque à vélo dans une main, un sac à dos dans l’autre d’où il sort une boîte en carton dans laquelle se trouve un kit de diagnostic. «Celui-ci peut sauver des vies, dit-il. Le but de cet appareil permet à l’ambulancier ou à l’urgentiste de déterminer le plus vite possible l’origine de l’attaque cérébrale afin d’en déterminer le traitement.» Cet outil ressemble à un test de grossesse. Il suffit de piquer le bout du doigt, de recueillir une goutte de sang. Selon Jean-Charles Sanchez, en dix minutes, l’appareil est capable de déterminer l’origine de l’AVC.

Une course contre la montre

Il est en effet essentiel de différencier le plus rapidement possible les deux mécanismes principaux de l’attaque cérébrale pour commencer le bon traitement. Il peut s’agir d’un AVC ischémique qui survient lorsqu’un caillot de sang bouche un vaisseau sanguin du cerveau. Autre possibilité: un AVC hémorragique, lié à une rupture d’une artère dans le cerveau.

Seuls les AVC d’origine ischémique, qui concernent près de 80% des cas, peuvent bénéficier d’une thrombolyse ou une thrombectomie. Ces traitements consistent à dissoudre le caillot de sang par des médicaments ou à l’extirper du vaisseau sanguin à l’aide d’un cathéter. Si l’on y parvient rapidement, bien des handicaps peuvent être évités. «Chaque minute compte. Il faut agir si possible dans les deux à trois premières heures après l’attaque, note Patrik Michel, médecin-chef du Centre cérébrovasculaire du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Aujourd’hui, le patient doit passer un examen neurologique et faire un IRM ou un scanner. Faire un diagnostic à la maison ou dans l’ambulance serait une bonne idée. Il y a un véritable intérêt à aller plus vite. Toutefois, il faut non seulement déterminer le mécanisme de l’AVC mais savoir aussi vérifier qu’il s’agit ou non d’une attaque cérébrale», tempère-t-il.

Patrik Michel émet également un bémol: «Le diagnostic est complexe. De multiples protéines peuvent être altérées dans les maladies aiguës du cerveau. Toute nouvelle méthode de diagnostic doit d’abord être testée sur un grand nombre de patients avec différents problèmes neurologiques aigus avant de la considérer comme utile pour la pratique quotidienne.»

En dix minutes, l’appareil d’ABCDx est capable de déterminer l’origine d’un AVC. (Crédits: ABCDX)

Fondée en 2014, ABCDx a développé un test qui détecte trois protéines. «Il permet de traiter plus de 50% des patients qui ont un AVC ischémique sans aucun risque de traiter des cas hémorragiques, affirme Jean-Charles Sanchez. Aujourd’hui, seuls 15 à 20% des patients sont soignés. Pour les autres, le diagnostic est posé trop tardivement», se désole-t-il.

Jean-Charles Sanchez a travaillé avec le professeur Denis Hochstrasser, vice-recteur de l’Université de Genève. «Je le considère comme mon mentor, répète-t-il à deux reprises. Grâce à nos travaux dans la protéomique, nous avons breveté toute une série de biomarqueurs liés à différentes maladies du cerveau.» L’Université de Genève a cédé des licences à ABCDx qui vient d’obtenir le marquage CE, à savoir l’autorisation de commercialiser en Europe un premier test de diagnostic lié au trauma cérébral. En cas de chute, il peut y avoir un risque de faire une hémorragie cérébrale. Pour le vérifier, les patients doivent faire un scanner qui permet de détecter une éventuelle lésion cérébrale. «Mais le temps d’attente est en moyenne de 6 heures et demie», affirme Jean-Charles Sanchez.

Comme pour l’AVC, le test permet de déceler, à partir d’une goutte de sang, l’importance ou l’absence d’une lésion cérébrale après un choc. «Le test recherche des traces de deux protéines, H-FABP et GFAP. Ce sont deux biomarqueurs qui permettent de renvoyer à la maison plus de 50% des patients sans avoir besoin de faire un scanner», précise Jean-Charles Sanchez, qui a fondé ABCDx avec Joan Montaner de l’Hôpital Vall d’Hebron de Barcelone. Il prévoit de distribuer ce test aux hôpitaux et médecins, mais aussi aux pharmaciens, aux clubs sportifs ou aux établissements médico-sociaux.

Disponible d’ici un an

Les ventes ont démarré, début janvier, dans le nord de l’Italie comme région test. Concernant le trauma cérébral, le test sera disponible d’ici à douze mois en Suisse et d’ici à deux ans en Europe. Son prix? Quelques dizaines, voire centaines de francs, ce qui permet de représenter des économies pour les systèmes de santé.

Depuis sa création, ABCDx a levé plus de 2 millions de francs. La startup est sur le point de clore une nouvelle levée de fonds de 5 millions de francs. «Nous possédons aujourd’hui les deux tiers du capital de la société. L’Université de Genève et l’Hôpital de Barcelone en détiennent 5%», note le cofondateur de la startup qui continue d’exercer à 100% son métier de professeur à la Faculté de médecine de Genève. La nouvelle levée de fonds permettra notamment de réaliser une étude clinique de grande échelle sur l’AVC alors que les tests ont déjà été réalisés sur 500 patients. « Nous voulons garder la majorité du capital pour garder notre destinée en mains», espère Jean-Charles Sanchez qui a déjà reçu des appels du pied de plusieurs sociétés actives dans le diagnostic. La startup espère voler de ses propres ailes le plus longtemps possible et réaliser un chiffre d’affaires de plusieurs millions de francs d’ici à cinq ans et compter sur une vingtaine de collaborateurs.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

Du même auteur:

ADC Therapeutics va entrer en Bourse
Andrea Pfeifer: AC Immune «mise surtout sur la prévention face à Alzheimer»

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."