Bilan

Uber va embarquer ses premiers passagers en voiture autonome

En plein conflit avec certains de ses chauffeurs aux Etats-Unis, Uber va embarquer ses premiers passagers dans des véhicules sans pilote à Pittsburgh, comme l'a confié Travis Kalanick, CEO du géant californien du transport de personnes.
  • Uber travaille sur les véhicules autonomes depuis quelques temps, mais les premiers clients pourraient embarquer prochainement dans des voitures sans chauffeur.

    Crédits: Image: Uber
  • Au printemps, Uber avait mené des tests sans clients dans les rues de Pittsburgh.

    Crédits: Image: Uber
  • Le partenariat entre Uber et Volvo n'est pas exclusif: d'autres constructeurs pourraient nouer de tels partenariats avec la firme de Travis Kalanick.

    Crédits: Image: Uber
  • Les utilisateurs de l'app à Pittsburgh auront le choix entre des véhicules de transport avec ou sans chauffeur.

    Crédits: Image: AFP

Depuis de longs mois, la saga s'éternise: les chauffeurs utilisant l'app Uber sont-ils assimilables à des employés de la société de Travis Kalanick, ou ne font-ils qu'utiliser une solution technologique et en bénéficier pour leurs revenus? En Californie, là même où est née l'app Uber, un accord avait été trouvé au printemps entre Uber et des chauffeurs qui menaçaient de porter l'affaire devant la justice, contestant leur statut de travailleur indépendant. La société de la Silicon Valley s'était dite prête à payer 100 millions de dollars pour éviter le procès, somme devant abonder un fonds de compensation pour les chauffeurs. Uber et les chauffeurs s'étaient aussi engagés sur une série de bonnes pratiques pour les deux parties. Et en début de semaine, un juge californien a rejeté cet accord, expliquant que le texte «n’est pas juste, adéquat et raisonnable».

Lire aussi: Un juge refuse de valider l'accord sur le statut des chauffeurs d'Uber

Rapidement, un porte-parole d'Uber a regretté cette décision qui remet en cause plusieurs mois de dialogue avec la plupart des chauffeurs: «L’accord amiable, validé mutuellement par les deux parties, était juste et raisonnable. Nous sommes déçus par cette décision et nous regardons nos options». Mais les recours auront beau être utilisés, il semble difficile de faire plier la juridiction qui s'est prononcée à la demande de certains chauffeurs réticents face au texte négocié par leurs pairs avec la société.

La solution de la voiture autonome

Travis Kalanick et ses collaborateurs vont donc devoir retourner à la table des négociations avec les conducteurs. Autant de tracas dont se seraient bien passés les dirigeants de la licorne américaine, qui ont déjà vu leur activité en Chine reprise par le concurrent Didi Chuxing. Une raison de plus pour eux de concentrer leurs forces sur des solutions alternatives qui ne généreraient pas ces tracas. Et en premier lieu les véhicules autonomes. Une solution explorée de longue date par Travis Kalanick et ses associés. Création en interne d'un laboratoire de robotique, collaborations avec des constructeurs travaillant sur les véhicules autonomes, et même rachats de compagnies à la pointe sur les logiciels de ce domaine, comme Otto.

Lire aussi: Uber acquiert Otto, spécialiste des voitures autonomes

Jusqu'à présent toutefois, ces pistes semblaient explorées pour une mise en service à l'horizon de plusieurs années. Des essais avaient bien été menés en collaboration avec Volvo à Pittsburgh, comme l'avait révélé un reportage du quotidien Pittsburg Tribune en mai dernier. Mais la plupart des observateurs s'attendaient à de longs mois de tests avant de voir les premiers clients embarquer à bord de voitures sans pilote.

Un calendrier bouleversé par Travis Kalanick qui a annoncé cette semaine à Bloomberg que les premiers clients pourraient bénéficier de ce service dès la fin du mois d'août, toujours à Pittsburg. Les véhicules seront des SUV Volvo XC90 où la place du conducteur restera libre. Deux particularités toutefois: les tests du printemps avaient été effectués avec un être humain sur le siège conducteur pour reprendre les commandes au besoin, et n'avaient pas embarqué le moindre client. Ce mois-ci, non seulement des clients utilisant l'app pourront voir arriver une voiture sans chauffeur, mais en plus une place de la voiture sera bloquée: un superviseur prendra place sur le siège avant passager pour observer la course et veiller à ce que tout se passe au mieux.

Volvo à Pittsburgh, d'autres constructeurs à venir

Le choix de Pittsburgh n'est pas innocent. C'est dans cette ville que se trouve le laboratoire de robotique avec lequel Uber a choisi de développer la solution mise en oeuvre, Carnegie Robotics. «J'ai décliné ses propositions à trois reprises. Mais le cas était particulièrement convaincant», admet John Bares, fondateur de Carnegie Robotics. Quant au fait de lancer cette solution avec Volvo, elle est notamment due au travail mené par la marque suédoise sur les véhicules autonomes ces dernières années. Voici quelques mois, les compagnies californienne et suédoise avaient passé un accord à hauteur de 300 millions de dollars pour développer une flotte de SUV équipés de capteurs et destinés à la conduite autonome.

Mais ce partenariat ne constitue pas une relation unique que développerait Uber: d'autres constructeurs pourraient être amenés à faire rouler des véhicules sans chauffeur pour Uber dans les mois à venir dans d'autres villes. Et Travis Kalanick n'a pas exclu que des nouveaux arrivants dans le domaine automobile puissent également développer des partenariats avec sa société. La porte est donc ouverte pour Tesla, mais aussi Google voire Apple. Des tests menés par Uber voici quelques mois avaient d'ailleurs été effectués sur des modèles Ford.

Lire aussi: Les constructeurs automobiles se positionnent pour l'avenir

Pour ne pas effrayer les utilisateurs, l'app leur proposera de choisir volontairement une voiture sans chauffeur. Pas de mauvaise surprise en vue donc pour les clients qui s'attendraient à voir un chauffeur Uber leur ouvrir la portière et qui verraient arriver une «voiture fantôme». Reste un autre détail: les autorisations légales. «Nous attendons d’être informés par Uber de leurs projets. Nous avons demandé des informations mais nous n’avons pas reçu de demande de leur part», a déclaré Nils Hagen-Frederiksen, porte-parole de la Commission des services publics de Pennsylvanie en réaction à l'interview de Travis Kalanick.

Lire aussi: Uber ouvre un laboratoire de robotique

«» 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Du même auteur:

Offshore, Consortium, paradis fiscal: des clefs pour comprendre
RUAG vend sa division Mechanical Engineering

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

"Tout ce qui compte.
Pour vous."