Bilan

Uber et taxis: la cohabitation ailleurs dans le monde

Suite à l'interdiction des services Uber à Genève par les autorités cantonales, regard sur la situation de la société et de ses services ailleurs en Suisse (notamment à Zurich) et dans le monde.
  • A Zurich, la cohabitation entre Uber et les taxis se passe sans conflit majeur.

    Crédits: Image: DR
  • En France, l'arrivée d'Uber a donné lieu à des contestations virulentes de la part des taxis traditionnels.

    Crédits: Image: DR
  • En Asie du Sud-Est, notamment en Thaïlande et au Vietnam, Uber fait face à la concurrence de challengers locaux comme GrabTaxi, soutenus par les autorités locales.

    Crédits: Image: DR
  • En Norvège, la présence d'Uber à Oslo a posé problème aux autorités, mais le service est toujours proposé actuellement.

    Crédits: Image: DR
  • Aux Etats-Unis même, Uber connaît des démêlées avec les autorités et la justice, mais le dialogue a permis de résoudre les tensions jusqu'à présent.

    Crédits: Image: DR

Uber à Genève, c'est fini? La société de mobilité n'a pas épuisé tous les recours. Mais les autorités genevoises semblent désormais avoir pris fait et cause pour les sociétés de taxis qui ont exigé l'arrêt des services d'Uber au bout du lac. Si rien ne change et si la division genevoise du géant américain obtempère, l'une des quatre villes suisses où opère Uber verra disparaître ce mode de mobilité. Immédiatement, une pétition en ligne a été lancée qui a récolté plusieurs milliers de signatures en faveur du maintien d'Uber.

L'épilogue d'un conflit où Genève ne serait qu'une bataille face à un géant américain contesté partout à travers le monde? C'est le discours des détracteurs d'Uber. Pour ses partisans, il n'existe que quelques points de friction dans des pays ou des villes où les chauffeurs de la marque au U font face à des oligopoles ou des monopoles.

Où sont les conflits dans le monde?

Une quinzaine de situations conflictuelles allant jusqu'au conflit judiciaire étaient répertoriées au premier trimestre 2015. Dans certains pays, c'est uniquement la version UberPOP (avec des particuliers et non des chauffeurs professionnels) qui est visée, tandis qu'ailleurs (comme à Genève), c'est l'ensemble du service qui est mis en cause.

  • Aux Etats-Unis, le service Uber a été interdit dans le Nevada à l'automne dernier. La firme a suspendu ses activités, mais travaille de concert avec les autorités locales pour trouver un accord permettant un fonctionnement légal de son offre de mobilité, et les parties seraient proches d'un accord. Plus au Nord, la ville de Portland, dans l'Etat de l'Oregon, a aussi fait interdire l'ensemble des services Uber voici quelques mois. Là aussi, des négociations ont été ouvertes avec les autorités municipales en élargissant le nombre de licences ouvertes de 460 à 753 chauffeurs. Là aussi, les négociations semblent en bonne voie et Uber pourrait rouvrir ses services avant la fin du printemps, malgré la grogne des chauffeurs de taxis traditionnels. En Californie, les procureurs de Los Angeles et San Francisco ont déposé conjointement des recours contre les services Uber, mais aucun jugement n'a encore été prononcé.
  • En Inde, c'est un problème annexe qui a entraîné l'interdiction des activités: le viol d'une cliente en fin d'année 2014 par un chauffeur d'un véhicule travaillant pour Uber a entraîné un durcissement de la législation sur les taxis, avec l'interdiction des services de toutes les compagnies de taxis ne bénéficiant pas de toutes les autorisations légales et permis requis. Dans certaines villes comme Mumbai, certaines activités ont été maintenues avec des mesures de précaution, tandis que d'autres cités comme New Dehli ont interdit toute activité d'Uber.
  • En Thaïlande, les autorités ont attaqué sur deux fronts: l'assurance des chauffeurs et véhicules qui ne leur permettrait pas de transporter des passagers, et le système d'enregistrement des cartes bancaires des clients qui ne serait pas aux normes thaïlandaises. Trois sociétés (Uber, le brésilien Easy Taxi et le singapourien GrabTaxi) étaient visées, mais Uber a finalement été la seule société dont les activités aient été interdites depuis début décembre 2014.
  • Au Vietnam, la libéralisation de l'économie se fait peu à peu et Uber avait tenté une approche, d'abord en ouvrant un service «secret», puis en sollicitant des négociations avec les autorités, mais ces dernières ont suspendu les discussions et exigé l'arrêt des activités de transport de personnes par des chauffeurs travaillant pour Uber. Là aussi, les autorisations cachent une lutte féroce entre la société américaine et ses deux principaux challengers asiatiques, GrabTaxi et Easy Taxi.
  • En Espagne, c'est un juge madrilène, sollicité par une société de taxis, qui a interdit Uber, au motif que les chauffeurs ne disposaient pas des autorisations nécessaires pour transporter des personnes. Particularité du cas espagnol: seule la version UberPOP, avec des particuliers mis en relation via l'app Uber, avait été ouverte à Barcelone puis à Madrid. Les Espagnols ne peuvent pas bénéficier des autres services Uber (UberX et UberBLACK), mais ceux-ci ne sont pas interdits en théorie. Pied de nez aux autorités qui leur interdisent de transporter des personnes, Uber a converti ses équipes UberPOP espagnoles en livreurs de repas à domicile.
  • Aux Pays-Bas, le cas de figure est similaire à la situation espagnole, avec un service UberPOP interdit dans plusieurs villes néerlandaises suite à une décision judiciaire. Dans ce pays aussi, c'est l'absence d'autorisations et d'assurances pour le transport de personnes par des particuliers qui a conduit à l'interdiction. Uber a toutefois fait appel de la décision et maintient ses activités sur place, notamment à Amsterdam, avant une décision en appel.
  • En Norvège, Uber a déployé ses services UberPOP et UberBERLINE à Oslo à l'automne 2014. Bien accueilli par les consommateurs mais décrié par les sociétés de taxi de la capitale, le service a été attaqué et une plainte a été déposée par les autorités municipales. En attente d'un jugement, les services sont toujours proposés actuellement.
  • Au Danemark, Uber est arrivé début 2015 avec les deux services aux deux extrémités de sa gamme: UberPOP et UberBLACK. Dès l'arrivée de l'offre, les autorités danoises ont alerté les forces de l'ordre chargées de dresser les procès-verbaux en cas d'infraction à la législation, les chauffeurs des véhicules Uber n'ayant pas sollicité d'autorisation avant de lancer leur activité. Des véhicules Uber circulent toutefois à Copenhague, nombre de chauffeurs travaillant pour Uber disposant d'une licence en bonne et due forme et étant donc inattaquables.
  • En France, Uber a fait face à une vive contestation de la part des sociétés de taxis traditionnelles, notamment à Paris, mais aussi de sites de covoiturage qui ont tenté de faire interdire UberPOP. Sur ce volet de la mobilité par particuliers, le tribunal correctionnel de Paris avait condamné Uber à 100'000€ d'amende en novembre 2014 pour avoir présenté UberPOP comme du covoiturage, requalifiant de facto ce service en VTC ou taxi. La justice française n'a pas relâché sa pression depuis lors avec une perquisition en mars, mais la société américaine a répliqué sur le plan légal avec la mise en cause devant les juridictions compétentes de la nouvelle loi sur les VTC, dite loi Thevenoud. En attendant que tous les recours juridiques soient épuisés, Uber continue de proposer ses services.
  • En Allemagne, voici le seul cas de figure en Europe où une ville a interdit tous les services d'Uber. Les autorités de Francfort, appuyées par la justice allemande, avaient exigé et obtenu l'arrêt des services d'Uber en août 2014, avant que d'autres jugent ne désavouent leurs confrères à la fin de l'été pour raisons de procédure. Nouveau rebondissement judiciaire outre-Rhin à la mi-mars: le tribunal de Francfort, sollicité par le syndicat Taxi Deutschland, a proncé une interdiction de tous les services Uber sur l'ensemble du territoire allemand. La législation allemande très contraignante pour les chauffeurs de taxis (contrôles réguliers de l'état de santé, assurances spéciales très onéreuses, audits des véhicules fréquents) n'était pas suivie pour les chauffeurs Uber. Uber a toutefois interjeté appel et celui-ci est suspensif, les autos Uber circulent donc toujours actuellement.

Quatre villes suisses vivent avec Uber

Et en Suisse alors? Quatre villes offrent des services Uber. A Genève, UberX est proposé; à Lausanne c'est UberPOP; à Bâle les clients peuvent utiliser UberX: et à Zurich ils ont le choix entre UberX, UberBLACK et UberPOP. Mais, après l'interdiction édictée à Genève, comment se passe la cohabitation dans les trois autres cités helvétiques?

A Lausanne, ce sont des particuliers qui officient dans le cadre du service UberPOP. Dès l'annonce de l'arrivée de ce service début 2015, les autorités avaient prévenu que les prestations seraient jugées illégales, car ne répondant pas aux normes en vigueur. Un front commun des élus et des sociétés de taxis. Mais aussi de nombreuses voix se réjouissant au sein du grand public de cette concurrence, comme l'homme d'affaires (et chroniqueur chez Bilan) Patrick Delarive, cité par 24Heures et qui citait les services des chauffeurs d'Uber en exemple: «J’ai l’habitude de dire que si vous ne vous occupez pas de vos clients, quelqu’un d’autre les prendra. Moi, j’utilise Uber partout où c’est possible. C’est une alternative de qualité contre la médiocrité des services de taxis dans certaines villes». Imité en cela par d'autres clients.

Trois mois plus tard, il est toujours possible de faire appel à un chauffeur Uber dans la capitale olympique. Aucune interdiction n'a été prononcée par la justice. Certes, les taxis continuent de protester et les élus de menacer de verbalisation, mais le système fonctionne.

«Un plus grand gâteau»

A Bâle, les sociétés de taxis et le syndicat Unia se sont retrouvés pour protester contre l'implantation d'Uber. Leurs clients ont été sensibilisés, sur la base du déficit de garanties que proposent les véhicules de la société américaine, qui ne respectent pas la législation locale en matière d'assurances pour les passagers notamment. En face, Rasoul Jalali, responsable pour Uber en Suisse alémanique, assure que ses chauffeurs «ne mangent pas des parts de gâteau des taxis traditionnels mais augmentent la taille du gâteau», en séduisant de nouveaux clients qui n'auraient pas songé à un taxi avant l'arrivée d'Uber.

La question a été évoquée et discutée au sein du Grand Conseil de Bâle-Ville. Une réponse devrait être apportée prochainement aux interrogations qui portent là aussi surtout sur les indemnisations que pourraient réclamer et obtenir les clients des chauffeurs Uber en cas d'accident. Mais aucune interdiction globale des activités d'Uber n'est évoquée pour le moment.

Les taxis de Zurich attendent une législation

Reste le cas emblématique de Zurich, première ville suisse à avoir accueilli les services Uber et la seule à proposer les trois versions de l'offre de mobilité. Sur les bords de la Limmat, la présence d'Uber ne provoque pas autant de remous que sur les berges du Rhône. Pourtant, les véhicules de la société américaine y sont plus nombreux, offrent une gamme de services plus diversifiée, et depuis plus longtemps.

Pour Liz Spengler, de Taxi Verband Zurich (organisation qui regroupe la plupart des taxis de la ville), la question de la concurrence ne se pose pas en ces termes: «Les véhicules Uber ne sont pas des taxis, avec les plaques et la signalétique correspondant à cette catégorie de voitures: ce sont des véhicules avec chauffeurs, comme les loueurs de limousines par exemple. UberX et UberBLACK ne nous posent donc pas de problème au point qu'une interdiction serait nécessaire ou urgente». Pour UberPOP, elle reconnaît que «la situation est différente, avec un service qui se situe aux frontières de différents univers».

Si aucune interdiction des activités d'Uber n'est demandée, les taxis souhaitent quand même que les autorités municipales et cantonales règlementent le secteur: «A l'heure actuelle, seules dix communes du canton sur 170 disposent d'une réglementation sur les taxis et le transport de personnes. Tant que toutes les communes n'auront pas une réglementation, chacun pourra exercer cette activité sans rien risquer s'il se rattache à une domiciliation personnelle ou professionnelle exempte de législation». A plus long terme, elle souhaite aussi qu'une législation fédérale puisse voir le jour, pour régler les conflits sur tout le territoire suisse.

Voir les voitures Uber légalisées et devenir des taxis? «C'est impossible et impensable», affirme-t-elle sans aucune hésitation. Pour elle, si Uber voit ses missions clairement définies sur le modèle des locations de voitures avec chauffeur, la cohabitation se passera bien sur le long terme. Et elle refuse d'évoquer toute autre solution radicale comme une interdiction des activités: «Ce n'est absolument pas à l'ordre du jour». La question a été posée au Conseil de la ville de Zurich par les députés Thomas Schwendener et Daniel Regli.

Au regard de ce tour d'horizon mondial et suisse, quelques cas de figure se dessinent. Uber connaît un certain nombre de situations conflictuelles à travers la planète. Certains pays interdisent totalement les services Uber. Mais à l'exception de l'Allemagne (où la procédure d'appel a suspendu l'interdiction pour le moment) aucune situation d'interdiction totale des services Uber n'est répertoriée en Europe. C'est plus souvent la version UberPOP qui est attaquée, parfois au nom des lacunes en termes de garantie pour le client (Espagne, Pays-Bas), parfois au nom d'un discours qui ne serait pas en phase avec la vision des autorités (France).

«»

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Du même auteur:

Offshore, Consortium, paradis fiscal: des clefs pour comprendre
RUAG vend sa division Mechanical Engineering

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."