Bilan

Uber: une success story semée d'embûches

De la création D'UberCab en 2010 à l'entrée en bourse cette année, le géant Uber a parcouru des chemins bien sinueux. Retour sur l'évolution d'une startup phare du monde de la tech.

Face aux risques juridiques, Uber se diversifie vers des modes de mobilité moins polémiques que les voitures.

Crédits: AFP

Uber, qui a officialisé jeudi son projet d'entrer en Bourse -- l'une des plus grosses entrées en Bourse de l'histoire -- est une entreprise mondialement connue, à la réputation controversée, devenue le symbole d'une nouvelle mobilité et des bouleversements économiques et sociaux induits par la technologie et les applications mobiles.

Un peu d'histoire

Décembre 2008, par une soirée enneigée à Paris, Travis Kalanick et Garrett Camp n'arrivent pas à trouver un taxi. C'est ainsi que leur vient l'idée d'une application mettant chauffeurs et clients en relation.

En juillet 2010, UberCab -- raccourci en Uber en octobre-- met en contact son premier passager avec un chauffeur à San Francisco avant de se lancer à Paris l'année suivante.

En avril 2014, Uber est présent dans 100 villes et lance Pool, la course partagée. En 2015, il passe le cap des 300 villes et en fin d'année, dépasse le milliard de courses. En mai 2017, Uber a effectué 5 milliards de courses.

Aujourd'hui leader mondial du secteur, il revendique 75 millions de passagers et 3 millions de chauffeurs, 10 milliards de courses effectuées dans plus de 700 villes situées dans quelque 65 pays.

Travis Kalanick, devenu PDG, est poussé à la démission en juin 2017, par des investisseurs inquiets d'une accumulation de scandales qui ternissent fortement l'image du groupe.

Venu du voyagiste Expedia, son successeur Dara Khosrowshahi a une image diamétralement opposée et sa mission est claire: solder les errements du passé, assainir les finances et préparer l'entrée en Bourse.

Le néologisme "ubérisation" -- parfois utilisé de façon péjorative-- sert aujourd'hui à désigner la mise en relation directe par application mobile de clients et de fournisseurs de services ou de biens, professionnels ou non, également appelée économie du partage.

Beaucoup de controverses

Du logiciel pour échapper aux autorités aux soupçons de corruption d'officiels étrangers en passant par des accusations de sexisme et de harcèlement en 2017 ou encore un piratage de données personnelles caché pendant des mois, Uber a multiplié les polémiques, qui ont durablement terni son image et lui valent enquêtes et poursuites dans plusieurs pays.

Début 2018, un procès l'oppose à Waymo, filiale de Google, qui l'accuse de lui avoir volé des secrets technologiques sur la conduite autonome. Uber finira par signer un accord amiable pour stopper le procès.

En mars 2018, une piétonne meurt percutée par une voiture autonome Uber en test dans l'Arizona. Le groupe doit interrompre ses essais sur voie publique avant de les reprendre timidement après plusieurs mois.

Uber reste confronté de façon récurrente à des problèmes juridiques dans plusieurs pays, contesté voire interdit ou soumis à des restrictions dissuasives, le plus souvent accusé de concurrence déloyale face aux taxis traditionnels.

Début février encore, Uber a jeté l'éponge en Catalogne. Il est bloqué en Bulgarie, en Hongrie, absent au Danemark. Le service est limité à certaines villes d'Allemagne et il est actuellement en sursis à Londres, l'un de ses plus gros marchés mais aussi en Italie, entre autres exemples.

Dans plusieurs pays, dont la France, des chauffeurs contestent en justice leur statut de travailleurs indépendants et veulent être reconnus comme salariés.

Des gros sous

Pour beaucoup, le principal problème d'Uber aujourd'hui, ce sont ses finances: le modèle économique n'est pas rentable du tout. La rémunération des chauffeurs et la nécessité de garder des tarifs attractifs pour les clients coûtent très cher.

L'année dernière, Uber a engrangé un chiffre d'affaires de 11,3 milliards de dollars (+42% sur un an) et un bénéfice net de près d'un milliard de dollars contre une perte de 4 milliards en 2017. Mais ce bénéfice est dû à des cessions d'activités à des concurrents en Russie et en Asie.

La perte d'exploitation, qui reflète mieux la situation opérationnelle de la firme, était quant à elle d'1,8 milliard de dollars.

Il a racheté très récemment son rival au Moyen-Orient Careem pour 3 milliards de dollars.

Face aux risques juridiques, Uber se diversifie vers des modes de mobilité moins polémiques que les voitures: vélos en libre-service, trottinettes électriques, transport de fret, de repas... Son nouveau crédo est clair: devenir l'Amazon des transports.

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