Bilan

Tout ce que la Silicon Valley leur a appris

Une dizaine d’étudiants vaudois ont participé aux Etats-Unis à une semaine de préparation à la création d’entreprise. Pourquoi vous devriez vous aussi suivre un start-up camp.
  • Les étudiants ont visité les entreprises qui comptent dans la région: Google, Twitter, Airbnb, Square... Crédits: CJD/BCV
  • Chez Tesla. Le constructeur a su libérer le consommateur grâce à la technologie. Crédits: CJD/BCV
  • Les dix jeunes Vaudois sont les premiers à bénéficier du projet mis en place par la BCV. Crédits: Dr
  • Chez Twitter.
  • Chez Twitter.
  • Chez Twitter.
  • La terrasse de Google.
  • Des Google Glass en action.
  • Android (Google).
  • Android (Google).
  • Android (Google).
  • Chez Paypal.
  • Chez Rocket Space.
  • Chez Rocket Space.
  • Chez Rocket Space.
  • swissnex San Francisco.
  • Le garage de Steve Jobs, fondateur d'Apple.
  • Le garage où HP a été fondé.
  • Silicon Valley.
  • Silicon Valley.

Ils se nomment Geoffrey, Hadrien, Antoinette ou Raphaël: une dizaine d’universitaires vaudois ont suivi un start-up camp à mi-septembre dans la Silicon Valley pour se préparer à devenir des entrepreneurs. Vraie bonne initiative lancée par la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) qui a financé et organisé le voyage. Voici dix réflexions que ces étudiants ont ramenées dans leurs bagages et qui valent pour tous ceux qui veulent créer leur start-up.

1. L’idée n’est pas si importante

Dans la Silicon Valley, l’important, c’est d’abord d’entreprendre. Florian Segginger, étudiant mais avec déjà une entreprise à son actif, a eu une révélation en rencontrant Solomon Hykes, le patron de dotCloud. Pour ce dernier, récemment distingué par Wired comme celui qui va réinventer le web, il a fallu se faire violence pour inventer un produit au début de l’histoire de sa société. Désormais, de grands acteurs envahissent le même marché et dotCloud leur vend de la technologie pour établir un standard. «Nous avons réalisé un énorme travail pour arriver à proposer un produit et finalement nous retournons au point de départ», explique Solomon Hykes.

Conclusion: l’idée n’est pas si importante, la technologie, donc la connaissance et l’innovation, peut suffire pour se lancer.

2. Il faut apporter quelque chose

Elon Musk, le héros actuel de la Silicon Valley, aime bien dire que celle-ci n’est pas réputée pour construire des voitures et des fusées. «Mais pour sa capacité à créer de nouvelles industries», raconte Christian Simm, le directeur de Swissnex San Francisco.

L’entrepreneur d’origine sud-africaine a ainsi lancé Tesla (avant Space X et Hyperloop) qui pèse désormais davantage en bourse que Fiat et Peugeot réunis. Pourquoi? Le constructeur apporte une solution technologique à un secteur qui n’invente plus rien de décisif depuis des décennies. Tesla a été le premier à repousser les limites de la capacité d’autonomie de la voiture électrique (400  km) et annonce désormais une voiture sans pilote avant 2016. Des obstacles juridiques subsistent en Europe et aux Etats-Unis. 

Mais cela ne donne-t-il pas encore plus envie à un entrepreneur innovant de donner un coup de pied dans la fourmilière et de libérer le consommateur par la technologie?

3. Changer la vie des gens

Dans la Silicon Valley, tous ont la même mission: changer la vie des gens. Il faut être missionnaire ou start-uper pour se lancer des défis aussi grands. Mais vu depuis Menlo Park, Cupertino ou Mountain View, cela ne paraît pas si immense. Facebook, qui compte plus d’un milliard d’utilisateurs moins de dix ans après son lancement, a par exemple considérablement bouleversé nos habitudes. 

Les trois sujets les plus chauds pour les investisseurs en ce moment? Les drones, les wearable technologies et les systèmes de paiement facilité. Trois secteurs où, si une entreprise réussit son coup, elle va vraiment améliorer la vie de millions (ou plus) de consommateurs.

Rock Health, un incubateur où sont déjà nées 60 start-up et 1500 applications, s’est donné pour ambition de révolutionner la santé. Le credo de sa directrice: «Ici, nous ne voulons pas des améliorations incrémentales mais disruptives. Par exemple, baisser les coûts de la santé de 50%, éliminer toutes les erreurs médicales, raccourcir par deux le temps pour lancer un médicament, etc. Si vous êtes assez fous pour essayer, nous sommes prêts à vous écouter.»

4. Au chaud entre entrepreneurs

«Si vous arrivez à concentrer des gens de talent au même endroit, il va forcément se passer quelque chose», ont coutume de dire les dirigeants de Rocket Space, un incubateur qui a vu naître des start-up comme Spotify ou Uber. Ce lieu propose pour 750  dollars par poste de travail et par mois de s’occuper des finances, des RH et du juridique des entreprises en train de se créer en son sein. Et dans un nid de jeunes entrepreneurs, ces derniers peuvent partager des expériences.

Rocket Space a la réputation d’être 20% plus cher que ses concurrents. Mais plus de 20 demandes arrivent par semaine. Clients inattendus, les grandes sociétés qui apprécient de s’installer dans de tels environnements pour surmonter les défis qui se posent à elles en termes d’innovation. Rocket Space va bientôt ouvrir des succursales, à Londres notamment. La Valley compte une trentaine d’incubateurs (tous ont des buts différents).

5. «Donnez aux gens ce qu’ils veulent»

L’émulation peut changer la vie d’un (futur) entrepreneur. Les Américains se révèlent brillants quand il s’agit de donner une présentation, organiser un brainstorming ou sortir la phrase qui tue et dont vous vous souviendrez toute votre vie comme d’un mantra. «Donnez aux gens ce qu’ils veulent», comme l’explique le consultant Nathan Gold. Cela ne paraît rien mais constitue un excellent départ pour un entrepreneur qui se lance. Le storytelling marche à plein. Pour Nathan Gold, «tout le monde est prêt à vous écouter si vous persuadez votre auditoire que vous avez une solution à proposer».

6. Bousculer ses repères

«Si seulement les Américains étaient bleus», répète souvent Christian Simm. Pour le patron de Swissnex, le contact avec d’autres cultures – et notamment avec les Nord-Américains – peut s’établir sur une base biaisée. Rien ne ressemble plus à un Suisse qu’un Américain. En apparence. «Nous voyons leurs films, nous adoptons leur mode de consommation, mais nous restons très différents.» Pourtant, le San-Franciscain va s’esclaffer, s’enthousiasmer lors de votre conversation (inhabituel chez nous), se souvenir de votre prénom (aussi de celui de tous les autres convives) et le répéter dix fois dans la soirée quand vous n’avez toujours pas intégré le sien. Bref, c’est quelqu’un de différent.

Dans ce bain, l’apprenti entrepreneur doit accepter la remise en cause et voir son projet challengé. Grand choc culturel pour les apprentis entrepreneurs du start-up camp: il n’y a que des avantages à parler de son projet. Pour Dorian Herle, par exemple, qui a déposé à 15   ans un brevet pour recharger son iPhone en faisant son jogging, «c’est même l’un des principaux enseignements du voyage». Personne ne va voler vos idées, et le feedback des autres, même à un stade précoce, peut être utile.

7. Développer une attitude cool

Chez Airbnb, vous avez toutes vos chances de voir vers 14  h l’un des fondateurs traverser les bureaux sur son skateboard, de retour de son tour en ville. Il n’a pas changé ses habitudes par rapport à l’époque où il était un simple designer. Chez Google et Twitter, les fondateurs et le top management détaillent devant leurs équipes chaque vendredi la marche de l’entreprise et chacun peut poser des questions.

Pas simple quand la firme grandit mais ce qui permet de conserver l’implication de tous. Chez dotCloud, les batailles de Nerf (fusil avec des projectiles en plastique) sont quasi quotidiennes. Les posters gags se multiplient sur les murs des bureaux (le meilleur? une alerte incendie qui vous rappelle que «in case of fire exit building before tweeting about it») et beaucoup travaillent debout car ici «sitting is the new smoking».

Le travail sur la marque s’avère intense, même chez les toutes petites boîtes. Toutes ont travaillé leur logo, les produits dérivés marketing (tee-shirts, mugs, gourdes, etc). Autre moyen de fédérer, la cafétéria où tout est gratuit, y compris le fitness à l’intérieur même de l’entreprise. C’est de l’identité d’équipe achetée pas cher.

Depuis l’Europe, ce sera vu comme des moyens détournés de faire travailler encore plus de «pauvres» jeunes. Ici, c’est juste l’opportunité de bosser pour une boîte vraiment «amazing» qui va changer le monde. Les employeurs ont compris l’intérêt qu’il y avait de choyer la base. Chez Google, les collaborateurs peuvent utiliser 20% de leur temps de travail pour développer des projets «personnels». Gmail ou AdSense sont nées ainsi. Et même si la mesure semble quelque peu remise en cause, elle a marqué la voie pour de nombreuses start-up.

8. Ne pas douter

L’entrepreneur doit se concentrer sur son projet et ne pas s’en détourner. Tous ceux qui réussissent ont eu la capacité, à un moment donné, non pas de gravir des montagnes mais de passer à côté sans même les voir. Solomon Hykes voulait lever 2 millions de dollars pour poursuivre le développement de dotCloud. Il a tellement bien travaillé qu’il en a levé 10. «Il y a un moment où la start-up peut retourner le couteau que les financiers tenaient jusqu’ici par le manche. Il faut juste leur faire croire qu’ils vont rater l’affaire de leur vie.»

9. Il faut vite échouer

C’est ce que Martin Essl, un ingénieur autrichien rencontré chez Twitter, trouve de plus fondamentalement différent par rapport à l’Europe: «Ici, il y a vraiment une can do attitude. L’erreur est célébrée et, quand on se plante, on vous dit bravo, tu as essayé.»

Chez TechShop, une sorte d’atelier où chacun peut venir travailler le bois, le métal ou utiliser une imprimante 3D, les cours de motivation et de teambuilding qui utilisent les outils à disposition sur place débutent toujours par cette phrase: «L’important est de rater tout de suite, comme cela vous serez libéré et nous pourrons avancer.»

10. Trouver des partenaires plutôt que des banques

Pour David Marcus, le Genevois qui dirige le géant PayPal, il y a un élément fondamental qui explique l’essor des start-up innovantes dans le monde anglo-saxon plutôt qu’en Europe continentale. Ici, l’entrepreneur crée une entreprise avec des partenaires qui se sentent impliqués. Si l’affaire tourne mal, ils ont perdu leur investissement, tant pis. Ils peuvent encore féliciter l’entrepreneur d’avoir tenté et même – qui sait – de le financer pour un autre projet.

«Oubliez cela avec une banque!» s’exclame David Marcus. Une société anonyme ne prend pas le risque avec vous. Elle va scruter votre passé plutôt que de se projeter dans l’avenir à vos côtés. Et elle gardera un dossier sur vous qui constituera un historique dont vous aurez du mal à vous débarrasser en cas d’échec.  

Stéphane Benoit-Godet

<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

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Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

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