Bilan

Tesla, émois, émois, et moi?

Conduire la voiture électrique élaborée par la société d’Elon Musk, un bolide qui vaut au minimum 100 000 francs, est sans aucun doute une expérience marquante. Récit.
Crédits: Dr

Amon approche, clé électronique – en forme de Tesla, bien sûr – dans la poche,les feux de la plantureuse berline Model S m’aguichent et, surtout, les quatre poignées de porte chromées se détachent des flancs auparavant parfaitement lisses. La voiture n’a plus besoin de présentation en Suisse romande, quiconque «pense» être quelqu’un en possède une. Il faut dire que face à une concurrence thermique roborative, la Tesla peut être qualifiée comme une réelle réussite esthétique. Longue – il faut de la place entre ses quatre roues en forme de turbine pour loger sa batterie XXL – basse comme un coupé, la voiture tire son inspiration des canons de la catégorie luxe, sans pour autant afficher des formes vraiment expressives. 

L’intérieur est bien plus original, tendu de cuir, illuminé par un toit vitré et ouvrant, l’espace pour les passagers vaste comme… là-bas, en Californie. Le tableau de bord est du même acabit, assemblage d’écrans de contrôle surmontés d’une casquette mélangeant les matières, et les coutures, d’aspect noble à la finition parfaite. 

Avant la mise en route comparable à un jet, c’est la première surprise de taille: Tesla ne possède pas d’expérience de fabrication automobile, tout est importé par des spécialistes ayant fait leurs classes dans l’industrie et le produit fini est absolument impeccable. Cela prouve qu’Elon Musk, son CEO, en plus d’être pionnier en matière de mobilité individuelle, doit être tout aussi talentueux en embauche: construire une bonne automobile semble facile avec un siècle de tradition, et Tesla est à ma connaissance le seul à avoir su réussir du premier coup, démarrant juste avec une idée.

Le maintenant fameux écran tactile vertical, de la taille de deux tablettes et légèrement incliné vers le conducteur, semble capable de tout, y compris l’accès saute-frontière à internet. Mais contrairement à l’écran de Saab il y a vingt ans, qui pouvait s’assombrir pour ne plus afficher que les informations essentielles, celui de Tesla présente un coût d’entrée pour le conducteur avant qu’il ne puisse jouir enfin du confort du voyage. Autre obstacle, le prix du bolide: 120 300 fr. pour le modèle testé toutes options (97 300 fr. pour le modèle de base).

Comme une fusée

On ne démarre pas une Tesla. On appuie sur la pédale de frein avant de sélectionner la marche avant ou arrière à l’aide d’une manette située près du volant. Une fois en route, attention à la pédale des gaz: le Model S 90D, pour double moteur, est le plus puissant aujourd’hui disponible hors des Etats-Unis, et une période d’acclimatation peut s’avérer nécessaire pour encaisser la poussée inouïe des plus de 500 CV, instantanément disponibles, de la voiture. J’en ai eu le tournis!

Les adeptes de la Tesla prétendent que c’est l’un des atouts principaux de la voiture, cette poussée connue des seuls pilotes d’avion de chasse. Je m’interroge toutefois sur son utilité: je désirais simplement me rendre à mon but en sécurité, sur des routes toujours encombrées de véhicules aux puissances… conformistes.

Le système AutoPilot, qui permet de suivre son chemin sur autoroute en ne posant que ses mains sur le volant, en actionnant le clignotant pour changer de voie et dépasser sans heurt, est déroutant: la voiture louvoie fréquemment pour suivre le trafic et rester sur sa voie, exigeant autant d’attention que si je faisais le travail moi-même, et ne soutient pas la comparaison avec celui proposé par Mercedes-Benz dans sa récente classe E.

Jean-Marc Probst, importateur vaudois de machines de chantier originaires du Japon et d’Allemagne, fut l’un des premiers acquéreurs d’un Model S 80 dans le région en 2014. Il dit être emballé par la voiture, ses 400 km d’autonomie, son accélération et sa décélération récupératrice d’énergie, mais aussi par la dimension communautaire que partagent ses conducteurs, se saluant au passage comme les motards; il dit, surtout, l’avoir acquise pour applaudir et encourager l’initiative en direction de la voiture autonome.

Henry Plouïdy

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