Bilan

Start-up allemandes: l’exemple à suivre?

Le pays, et notamment Berlin, se montre particulièrement dynamique sur le terrain des créations de jeunes entreprises innovantes. Grâce à un modèle d’investissement efficace.
  • Berlin a pris des allures d’eldorado pour les jeunes entrepreneurs aux idées ingénieuses. Crédits: Paul Hardy/Corbis
  • Le High-Tech Gründerfonds géré par Michael Brandkamp a investi dans 308 entreprises. Crédits: Dr

Daniel a quitté la Silicon Valley et un job de rêve chez Apple – pour un poste chez un incubateur berlinois. Il y a quelques années encore, la démarche était impensable. Aujourd’hui, le choix de carrière de Daniel n’étonne plus tellement dans la capitale allemande: «En Californie, j’étais un programmateur parmi des centaines d’autres. Ici, je suis chef programmateur de trois start-up», explique le jeune Danois. Comme lui, des centaines de jeunes venus du monde entier s’installent à Berlin, Munich ou Dresde pour y fonder une start-up ou trouver un emploi dans la branche.

L’Allemagne attire. Berlin surtout a pris au cours des dernières années des allures d’eldorado pour les jeunes entrepreneurs aux idées ingénieuses. Un vrai boom avec 2100 créations d’entreprises innovantes en 2012 dans le domaine de la high-tech et de l’information, soit plus que les trois années précédentes cumulées.

Le contexte actuel est particulièrement propice à la création de start-up en Allemagne: la croissance a été soutenue au cours des dernières années. A Berlin, le marché de l’immobilier est très attrayant pour les entreprises, avec des loyers de 10 à 16  euros le mètre carré (13 à 20  euros dans les meilleurs quartiers du centre). La capitale allemande compte par ailleurs quantité d’écoles et d’universités techniques, et offre un cadre de vie très séduisant pour les jeunes. Côté politique, les autorités allemandes ont décidé, avec la crise financière, de miser sur l’innovation, et donc sur les petites structures, soutenues notamment par des capitaux publics.

De l’avis des observateurs, jamais depuis le miracle économique des années 1950 et 1960 il n’a été si facile pour les entrepreneurs allemands de réaliser leurs idées. Selon la fédération BVK, 879 start-up ont bénéficié en 2011 de fonds VC (capital-risque). «On est encore au-dessous du niveau atteint avant la bulle de la fin des années 1990. Mais les affaires ont repris. En 2001, il ne se passait plus rien sur le secteur», rappelle Michael Brandkamp, gérant du High-Tech Gründerfonds, un fonds VC alliant investisseurs publics et privés.

Créé en 2005 à l’initiative du Ministère de l’économie et de la recherche en partenariat avec le secteur privé, le High-Tech Gründerfonds investit jusqu’à 500 000  euros dans des jeunes pousses prometteuses. Les fonds sont à 87% publics (ministère et Etablissement de crédit pour la reconstruction, la banque publique KfW); 17 investisseurs privés fournissent les 13% restants: Altana, BASF, Bosch, Deutsche Post, DHL, Tengelmann, Deutsche Telekom ou SAP figurent parmi les investisseurs.

Le fonds dispose de 573,5 millions (272 millions pour la première tranche; 301,5 millions pour la seconde depuis 2011). Le portefeuille du High-Tech Gründerfonds (HTGF) compte 221 participations dans des entreprises technologiques. Depuis sa fondation, le HTGF a investi dans 308 entreprises – à raison de 40 à 50 participations par an – ayant créé quelque 3100 emplois. Quarante sociétés ont depuis fait faillite. Mais 25 participations ont été recédées. Les entreprises sélectionnées doivent être jeunes (moins de 12  mois), de petite taille (moins de 50 salariés), être situées en Allemagne, être dans la phase de préparation d’un prototype et offrir une véritable avancée à ses clients potentiels.

Outre des capitaux, le HTGF offre à ses protégés un service de coaching (aide à la recherche de personnel d’encadrement, à la recherche de locaux…) qui est toutefois diversement apprécié des intéressés. Certains doutent, dans un rapport public commandé par le Ministère de l’économie, de l’intérêt des services – coûteux – qui leur sont proposés.

Retour d’ascenseur?

La liste des investisseurs privés du HTGF montre que ce sont en Allemagne tous les secteurs qui s’engagent dans le capital-risque. «L’innovation est le moteur de la société», estime Susanne Klatten, héritière du fondateur de BMW, qui sponsorise depuis des années l’incubateur de l’université technique de Munich. Karl-Erivan Haub, autre milliardaire discret, a engagé son groupe familial Tengelmann (grande distribution) dans une vingtaine de start-up online.

Les grands groupes espèrent profiter des capacités d’innovation de leurs protégées. Michael Brandkamp cite l’exemple particulièrement réussi à ses yeux du partenariat RWE (producteur d’électricité) et de la start-up Heliatek, née sur le campus de l’université technique de Dresde en 2006 et spécialisée dans la fabrication de films solaires d’origine organique. Ou encore l’investissement de Qiagen dans la start-up berlinoise DRDx dans le domaine médical.

Christoph Räthke, patron de la société Startup Academy, qui conseille les chefs d’entreprise, s’interroge pourtant sur l’intérêt du retour d’ascenseur pour la plupart des start-up. «Je ne connais aucun exemple d’entreprise qui ait véritablement profité d’un tel partenariat, par exemple sous forme de contrats de vente», assure-t-il.

L’Allemagne, en général, et tout particulièrement Berlin, risquent-ils une bulle high-tech, comme le redoutent certains observateurs? Les acteurs du secteur en doutent. «La situation n’est pas comparable à celle de 1999, estime Michael Brandkamp. Certes, il y a un petit risque de surchauffe. Mais pas de bulle. Il est clair que certaines créations n’atteindront pas leurs objectifs. Mais je vois beaucoup d’entreprises offrant de réels avantages…» Notamment à Berlin, dont les atouts sont importants malgré le sous-développement du secteur industriel et la faible densité de population de la région entourant la ville.

Nathalie Versieux

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