Bilan

Soutenir les start-up: l’effet marketing

En Suisse, c’est la ruée vers les jeunes pousses. Toutes les grandes compagnies veulent s’illustrer par leur soutien à la scène technologique. Quand la nécessité se fond avec l’opportunité.
  • A Zurich, l’incubateur de start-up Kickstart Accelerator bénéficie de l’appui d’ABB, Credit Suisse, AXA Winterthur, UBS, Migros et Coop.

     

    Crédits: Philippe Rossier
  • Les prix se multiplient, dans le sillage du Prix Strategis, créé il y a 23 ans et doté de 50 000 fr. 

    Crédits: Blick-Newsroom Switzerland

Qui n’a pas encore conclu son partenariat afin de soutenir les start-up? Toute compagnie suisse se doit aujourd’hui de jouer un rôle actif dans l’écosystème de l’innovation, même si ses activités n’ont rien à voir avec la technologie. A Zurich, le Kickstart Accelerator bénéficie par exemple de l’appui d’ABB, Credit Suisse, AXA Winterthur et UBS. Ainsi que de Migros et Coop.

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Plus surprenant encore: la banque privée genevoise Pictet offre des suppléments sponsorisés sur les hubs technologiques mondiaux dans le magazine Wired. «Notre établissement a également signé un contrat avec les conférences sur l’innovation Digital Life Design», prolonge Frank Renggli, porte-parole.

«Les start-up sont devenues un sujet porteur pour les entreprises comme pour les politiciens. Chez certains, on décèle une part d’opportunisme à s’engager sur ce front, alors qu’il y a dix ans, nous étions seuls», constate Jean-Pierre Vuilleumier, directeur de Swiss Startup Invest, plateforme qui met en relation start-up et investisseurs. Le Bernois regrette: «Si cet engouement avait émergé plus tôt, la Suisse aurait pu devenir un leader européen en la matière grâce à ses écoles. Mais c’est Berlin et Londres qui se sont arrogé ce statut. Le défi est maintenant de se mobiliser pour assurer la croissance et l’internationalisation des jeunes firmes, afin d’éviter qu’elles ne soient vendues à des groupes étrangers.» 

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Interrogés, nos interlocuteurs dans les sociétés invoquent davantage un impératif de nécessité plutôt que le souci du marketing. «Depuis 2000, Swisscom a investi plus de 100 millions de francs dans des start-up», rapporte Christian Neuhaus, porte-parole. L’ancienne régie se profile parmi les firmes les plus présentes dans ce microcosme avec des partenariats tels Startup Weekend, Venture Kick, Startup Ticker ou encore Startup Monitor.

Une stratégie devenue impérative après l’apparition de WhatsApp en 2009 qui a fait perdre à Swisscom des millions de francs de revenus provenant des SMS. Cette «disruption» a accéléré la transformation de l’opérateur télécom en expert des TIC (technologies de l’information et de la communication). 

Loin des clichés poussiéreux sur le monde agricole, le spécialiste des solutions mécaniques pour l’agriculture Buehler figure parmi les fondateurs de l’accélérateur d’innovation MassChallenge Switzerland et finance également le MassChallenge d’origine, à Boston. La firme argovienne doit sa position de leader mondial dans de nombreux secteurs à des percées technologiques.

«En 2014, nous avons créé un Urs Buehler Innovation Fund (UBIF), d’après le nom du fondateur, afin de financer l’accélération de l’innovation dans l’internet des objets ou l’impression 3D, indique le porte-parole Samuel Eckstein. Nous ne sommes peut-être pas une tech company au sens strict du terme. Mais nous sommes certainement une food tech company.» 

Unanimes, les observateurs soulignent que l’innovation naît plus facilement hors des murs des compagnies traditionnelles. Ainsi, le géant des produits de grande consommation Procter & Gamble (P&G) a lancé il y a une dizaine d’années un programme Connect+Develop qui a débouché sur quelque 2000 contrats avec des start-up, des PME, des laboratoires et des universités. «P&G investit au total 2 milliards de dollars par an dans l’innovation à l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise. Nous sommes conscients que nous n’arriverons pas à développer des produits novateurs tout seuls», révèle Carine Shili, porte-parole chez P&G Genève. 

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Dans le sillage de la révolution numérique

«La révolution numérique explique cette mobilisation en faveur de l’innovation. La digitalisation a touché l’ensemble des secteurs, les uns après les autres. Les premiers concernés ont été les libraires, avec l’apparition d’Amazon en 1994. Aujourd’hui, on voit les banques miser sur les fintechs, tandis que le secteur de l’assurance passe par les prémices de cette transformation», constate un observateur. Associée à la première édition de la conférence consacrée à l’assurance Finance2.0/InsurTech16, AXA Winterthur se distingue dans sa branche par son approche offensive.

La maison mère française AXA a ouvert une antenne à la Silicon Valley afin de déceler les tendances à venir, comme l’a aussi fait Swisscom. «En comparaison avec la fintech, l’insuretech n’en est encore qu’à ses débuts, mais elle connaît un développement rapide, constate Melanie Ade, porte-parole d’AXA Winterthur. Nous observons de très près cette scène et misons sur la coopération avec les start-up.» 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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