Bilan

Sophia Genetics démocratise la médecine basée sur les données

Après avoir mis au point une solution de diagnostic individualisé, Sophia Genetics étend son offre à un plus grand nombre d’établissements médicaux partenaires tout en sécurisant toujours davantage les données.

«C’était notre objectif depuis le départ: démocratiser les solutions basées sur les données génomiques», se réjouit le CEO Jurgi Camblong. 

Crédits: Sophia Genetics

En 2011, Jurgi Camblong porte Sophia Genetics sur les fonts baptismaux. Si ce Basque installé sur les bords du Léman lance alors sa startup, c’est qu’il a une conviction chevillée au corps: « Plus nous disposerons de données génomiques précises sur des patients, plus le traitement que nous apporterons à leur pathologie pourra être affiné. » Immédiatement, il comprend que sa société doit allier deux atouts majeurs : une rigueur scientifique absolue et une sécurisation maximale des données informatiques. Et deux accréditations ISO (13485 pour les dispositifs médicaux et 27001 pour la sécurité des données) sont venues valider ces axes majeurs.

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Au fil des mois, des partenariats sont noués avec de prestigieux centres hospitaliers universitaires de Suisse, de France, d’Allemagne et de nombreux pays du continent. Au gré des données transmises par les laboratoires de ceux-ci, l’algorithme développé par la startup se muscle et permet aux praticiens d’établir des diagnostics de plus en plus précis, afin de trouver des traitements personnalisés et plus efficaces.

En 2014, 5000 patients bénéficient d’un diagnostic aidé par les données auscultées par Sophia Genetics. En 2015, le chiffre passe à 22'000. En 2016, la barre des 80'000 devrait être atteinte. « Nous réalisions 3000 analyses en janvier, nous en avons mené à bien 5000 en juin », glisse Jurgi Camblong. Dans le même temps, cliniques et hôpitaux comprennent tout l’intérêt que représente la solution Sophia, proposée par la startup suisse : « Il y a un an, nous signions cinq à six opportunités par mois ; désormais c’est 25 par mois. Il y a un réel effet boule de neige », constate le CEO de la startup.

Expansion internationale

Ce succès grandissant se traduit également au niveau des effectifs, née avec une poignée de collaborateurs fin 2011, Sophia Genetics comptait 60 employés fin 2015, et la barre des 100 avait été annoncée pour fin 2016. « Mais nous avons déjà passé les 100 et nous devrions être au-delà de 140 en décembre de cette année », se réjouit le CEO, qui ne cache plus l’ambition qu’il a pour sa jeune entreprise : « Devenir leader du secteur data driven medicine à l’échelle mondiale ». Des partenaires hospitaliers de 20 pays avaient adopté la solution Sophia fin 2015, ils viennent désormais de 27 pays, avec une expansion qui s’opère maintenant sur d’autres continents que l’Europe aussi.

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Si le volume d’activités de la jeune société basée dorénavant à Saint-Sulpice (VD) s’accroît, l’outil technologique reste au centre. Pour améliorer encore le processus de transmission des données génomiques des patients, Jurgi Camblong se tourne vers les laboratoires de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), là même où Sophia Genetics a vu le jour. Et c’est le professeur Jean-Pierre Hubaux, pionnier de la confidentialité des informations génomiques, qui s’attelle à un ambitieux projet doté d’un million de dollars. « Il fallait combiner plusieurs aspects cruciaux : des fichiers de données brutes très volumineuses à comprimer, un encryptage sûr de celles-ci, et une lecture sélective afin d’accéder aux données de manière très fine », détaille Jean-Pierre Hubaux.

Une mission loin d’être évidente. Non seulement les données issues du séquençage du génome sont extrêmement volumineuses (des fichiers de 500 Go par patient) en raison de la redondance des informations, mais en plus il faut mettre au point un logiciel capable de proposer une lecture sélective. Soutenu par la Commission suisse pour la Technologie et l’Innovation (CTI), le projet abouti au printemps 2016 et le dispositif est breveté.

Démocratiser les solutions 

Depuis quelques mois, l’offre de service Sophia Genetics s’est élargie. De nouveaux établissements de santé peuvent profiter de la solution suisse. « Nous avions jusqu’à récemment des grands établissements hospitaliers comme partenaires, ceux qui ont les moyens de séquencer le génome de leurs patients. Désormais, des cliniques et hôpitaux avec moins de moyens et d’équipements peuvent aussi en profiter : ils envoient les échantillons de leurs patients aux grands hôpitaux qui séquencent pour eux l’ADN des patients et renseignent notre plateforme Sophia DDM® avec ces éléments », détaille Jurgi Camblong.

Grâce à ce procédé, la solution peut être appliquée proposée à un plus grand nombre de patients. « C’était notre objectif depuis le départ : démocratiser grâce à la communauté des établissements hospitaliers les solutions basées sur les données génomiques », se réjouit le CEO. Mais pas question pour autant que les données soient divulguées : si les échantillons sont confiés par les établissements aux équipements plus limités à ceux disposant de moyens plus importants pour que ceux-ci effectuent le séquençage, et ces données sont traitées par la plateforme Sophia DDM®. Mais ensuite, ce sont les praticiens directement en charge des patients qui reçoivent les informations et peuvent effectuer les meilleurs choix pour leurs patients.

Sélectionné par des Américains

Une révolution dans l’approche du diagnostic et du traitement qu’ont bien saisi les investisseurs américains. Dans une lettre ouverte à Barack Obama publiée le 13 juillet, les venture capitalists de Tracxn ont établi une liste de quinze start-up qui pourraient changer positivement l’état de la médecine et des sciences. Une seule de ces jeunes pousses n’est pas américaine et c’est Sophia Genetics. « Pour nous, c’est un formidable encouragement que de se retrouver dans cette sélection, proposée au président des Etats-Unis », confie Jurgi Camblong. D’autant plus que cette lettre ouverte faisait suite à un appel du président Obama à l’innovation pour trouver les innovations qui permettront d’effectuer des avancées notables en sciences et en médecine.

Avec seulement deux autres start-up sélectionnées dans lae secteur data driven medicine, Sophia Genetics est donc clairement identifiée jusque dans les cercles les plus influents comme une référence dans ce domaine. « Nous avions adopté jusqu’à récemment une stratégie qui prévoyait de nous implanter solidement d’abord en Europe d’abord en développant notre solution via la plateforme et les algorithmes, avant de nous lancer résolument aux Etats-Unis, une fois que nous aurions toutes les cartes en main pour le faire. Avec notre croissance plus forte qu’attendue et de tels échos des investisseurs américains, nous pouvons désormais affirmer clairement notre objectif : devenir leader global dans le diagnostic assisté par les données génomiques », glisse Jurgi Camblong.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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