Bilan

Schneider-Ammann lève 300 millions pour le Swiss Entrepreneur Fund

A l'occasion du Swiss Startup Day cette semaine, Credit Suisse, UBS et La Mobilière se sont engagés à rejoindre ce fonds de fonds en capital-risque qui vise à déployer 500 millions de francs pour les start-up.
  • La 14ème édition du Swiss Start-up day a attiré 750 personnes dont 400 startupers et une centaine d'investisseurs au Stade de Suisse à Berne.

  • Président de Start-up Invest, Christian Wenger est avec le Conseiller fédéral Johann Schneider Ammann le principal artisan du Swiss Entrepreneur Fund.

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Un an après être venu assurer les start-up suisses de son soutien, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann est revenu le 25 octobre annoncer aux 400 startupers présents au Swiss Start-up Day que le Swiss Entrepreneur Fund qu’il a lancé en juin a déjà réuni 300 millions auxquels il se fait foi d’ajouter encore 100 millions dans les jours à venir. Il évoque un démarrage de l’activité au printemps 2018 de ce fonds de fonds en capital-risque entièrement financé par des entreprises privées. Le montant devrait alors atteindre l’objectif de 500 millions.

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On se souvient que c’était aussi le montant fixé comme objectif du Fonds d’avenir suisse imaginé par l’ancien directeur financier de Roche Henri B. Meier. Il s’agissait de lever cette somme auprès des caisses de pension. Las, ce projet semble avoir été torpillé par les batailles politiques et la réticence des caisses. Si bien qu’il est de facto remplacé par le Swiss Entrepreneur Fund. En tout état de cause, il s’agit dans un cas comme dans l’autre de faire face au manque de financement des start-up suisses.

Le Swiss Start-up Day de la maturité

Si, durant la dernière décennie, c’est pendant la phase de phase de démarrage qu’il était difficile de trouver des investisseurs, c’est en effet aujourd’hui durant celle intermédiaire dite de croissance. On parle des rounds de 5 à 20 voire 30 millions de francs en fonction des secteurs pour traverser cette phase dite de «vallée de la mort».

La maturité de l’écosystème entrepreneurial helvétique apparaissait en effet comme lors de cette quatorzième édition du Swiss Start-up Day. Comme l’explique Christian Wenger, président de Swiss Start-up Invest qui, avec Jean-Pierre Vuilleumier, est l’infatigable artisan de cette manifestation: «Il y a 20 ans quand je suis entré dans cet écosystème de start-up en Suisse, j’ai dit qu’il faudrait 30 ans pour le construire.»

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Aux deux tiers du chemin, on constate les progrès: une présence massive des start-up mais aussi celle des investisseurs: une centaine avec des firmes de capital-risque suisses comme VI Partners ou étrangères comme Constantia, des corporate comme Zühlke sans oublier des banques cantonales comme celles de Zürich et Schwytz. Ces dernières considèrent leur rôle dans le financement des start-up de manière très différente en Suisse alémanique de la vision qu'ont leurs homologues en Suisse romande.

La disruption chassée par les deeptechs

Cet intérêt pour les start-up suisses se confond il est vrai aussi chez les investisseurs avec celui pour les «deeptechs». Comme l’explique l’investisseur indien Ajya Nanavati: «Dans le commerce en ligne ou les plateformes internet, on connait les vainqueurs qui ne sont autres que les plus grands collecteurs de big data. Les autres sont essentiellement des "me too". Par contre, nous sommes très intéressés par des sociétés disposant de solides patentes sur base scientifique.»

Partenaire de la firme autrichienne de capital-risque autrichienne Constantia, Sabine Fleischmann renchérit: «Aujourd’hui, le smart money se diversifie dans les deep technology.» Cela tombe bien: c’est la spécialité des start-up suisses.

Membre de la commission d’Innosuisse qui remplacera la Commission Technologie et Innovation le 1er janvier prochain, Trudi Haemmerli a décrit l’évolution d’une institution qui «va devenir pour les start-up un peu de ce que le fonds national est aux recherches académiques. Pratiquement cela signifie que les start-up pourront choisir leurs coachs parmis un pool qualifié et non l’inverse.» Innosuisse aura aussi une plus grande flexibilité financière au point d’effectuer ponctuellement des investissements en capital. Les 950 millions de budget prévus d’ici 2020 continueront toutefois d’aller à 80% aux financements de partenariats de recherches public-privé.

Talents et impôts

A l’agenda de la politique pro start-up restent cependant la question de la difficulté de la taxation d’entreprises souvent pas ou peu rentables, mais dont les valorisations créent des fortunes virtuelles taxées en conséquence, en particulier via les stock-options. Cristian Wenger n’a pas caché ses difficultés à convaincre dans ce domaine l’administration fiscale zurichoise. Il invite donc les entrepreneurs à témoigner de leurs difficultés sur son compte twitter @ChrigelSwiss.

L’autre question qui se pose tient au recrutement des talents, surtout à un moment où les besoins des start-up en main d’œuvre qualifiée explosent. A l’instar de la genevoise IDQuantique passée de 26 à plus de 60 collaborateurs en un an. Johann Schneider Amman s’est fixé pour objectif un contingent de 20'000 talents venus de l’étranger l’an prochain. «Un chiffre modeste mais qui ne l’est plus quand on voit ce qu’il a fallu batailler pour le faire passer de 7500 à 8500 pour les pays tiers (hors UE).»

Réussir ces évolutions est le prix à payer pour hisser la Suisse plus haut que son 31ème rang mondial pour la facilité à y créer des start-up. Non seulement c’est éloigné de ses premières places quand il s’agit de compétitivité ou d’innovation, mais l’économie du pays a besoin d’être plus réactive et rapide. «L’espérance de vie de nos entreprises est passée de 75 en 1955 à 15 ans l’an dernier», rappelait le conseiller fédéral soulignant un besoin de régénération entrepreneuriale aiguillonné par le numérique.

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Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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