Bilan

Roxanne Varza dirigera STATION F, le campus de Xavier Niel

Responsable de STATION F, un incubateur géant de start-up créé par Xavier Niel en construction à Paris, Roxanne Varza veut en faire une passerelle entre la France et l’économie numérique globale. Interview.
  • Le patron de Free, Xavier Niel a confié les clés de son projet à 250 millions d'euros à la jeune entrepreneuse Roxanne Varza.

    Crédits: Image: DR
  • En avril, l'ancienne halle de chemin de fer de la gare d'Austerlitz va accueillir un millier de start-up sur ses 34000 mètres carrés.

    Crédits: Image: DR

En avril prochain, les 34'000 mètres carrés de l’ancienne halle Freyssinet, construite dans les années 1920 pour stocker les marchandises de la gare d’Austerlitz à Paris, vont offrir plus de 3000 stations de travail à un millier de start-up sélectionnées actuellement au sein de STATION F. L’année suivante, trois tours à proximité accueilleront aussi 600 entrepreneurs en résidence. Au total, Xavier Niel, le patron de l’opérateut télécom Free, investit 250 millions d’euros dans ce projet pharaonique. Et à la surprise générale, il en a confié les clés à une toute jeune femme: Roxanne Varza. Rencontre.

Commençons par une question politiquement incorrect au pays de la galanterie, quel âge avez-vous?
32 ans.

Et suivons avec une autre, quelles sont vos origines?
Mes parents sont Iraniens. Ils ont déménagé en 1979 aux Etats-Unis, à Palo Alto dans la Silicon Valley où j’ai grandi.

Pourquoi une jeune femme de Palo Alto prend-elle la tête d’un incubateur de start-up dans un pays considéré comme bureaucratique, bloqué et complètement passé à côté de la globalisation : la France?
Ce n’est pas un incubateur de start-up, c’est un campus, un lieu de vie à la manière des universités américaines si vous voulez…

Lire aussi: Le premier incubateur fintech de Suisse verra le jour à Genève

Très bien on va y revenir, mais votre parcours quand même…
J’ignore pourquoi mais j’ai toujours été attirée par la France. Pendant mes études de littérature française en Californie, j’avais un job chez Business France qui vend le pays aux entreprises étrangères. A partir de là, je n’ai pas arrêté d’entendre rabâcher les clichés sur les 35 heures, l’absence de culture entrepreneuriale, les grèves, les manifs…

C’est réel non?
Oui, mais en même temps cela cache une autre partie de la réalité et surtout un changement important que j’ai encore plus constaté en venant faire mon master en France. En parallèle, j’avais créé un blog, puis TechCrunch France puis Girls in Tech devenue StartHer et aussi les conférences FailCon sur les échecs entrepreneuriaux. Je me suis passionné pour l’écosystème et j’ai découvert à quel point il bouillonnait de créativité. L’an dernier en terme de nombre, il y a ainsi plus de levées de fonds par des start-up en France qu’en Israël et au Royaume-Uni. Et en terme de montants, ce n’est pas mal non plus avec 300 millions d’euros levés rien qu’au mois de novembre dernier.

Comment êtes-vous passée des médias et de l’évènementiel à un chantier comme à Station F?
J’avais rencontré Xavier Niel à un évènement de Techcrunch. Quand j’ai entendu parler de son projet je l’ai revu et il a décidé de m’en confier les rênes.

Lire aussi: Xavier Niel ouvre une université gratuite aux Etats-Unis

On parle d’un investissement de 250 millions d’euros. Pour faire quoi car ce ne sont pas les incubateurs qui manquent à Paris?
C’est vrai, il y a plein d’incubateurs et d’accélérateurs à Paris et pourtant l’offre ne correspond toujours pas à la demande. En même temps, Paris n’a pas d’endroit symbolique comme la Factory à Berlin ou le Google Campus à Londres. STATION F a vocation à devenir ce lieu. Ce sera le plus grand campus de start-up du monde.

Campus?
Oui parce que c’est en partie inspirée des universités américaines. Il s’agit d’en faire un lieu de vie autant que de travail.  C’est la raison pour laquelle après STATION F qui ouvrira cette année nous construisons un espace de 600 logements à proximité qui ouvrira l’an prochain.

Concrètement que vont trouver les start-ups qui vont s’installer à Station F?
Le bâtiment est divisé en 3 parties. Vous avez une partie “start-up” avec différents programmes d’accompagnement de start-up : parmi eux, STATION F a son propre Founders Program pour l’amorçage des projets qui atteignent juste le niveau de premier prototype ou de preuve de concepts. Les start-up bénéficient d’un bureau avec une offre qui démarre à 195 euros par mois,avec un accès aux programmes de mentoring et surtout au programme destiné à faire que les entrepreneurs échangent entre eux sur leurs expériences. Parce que c’est le plus efficace. A côté de cela, Ventes Privées, l’incubateur de l’école HEC et Facebook montent leurs propres programmes.

Et pour le reste?
La deuxième partie est réservée aux évènements et bureaux avec huit lieux dont une salle de conférence de 350 places, et Techshop va y opérer un makerspace.fablab. Enfin,  trois fonds de capital-risque ont annoncé leur venue. Il s’agit de Ventech qui dispose de plus de 500 millions d’euros, de Daphni avec 150 millions d’euros et du fonds de Xavier Niel, Kima Ventures. D’autres fonds d’investissement seront annoncés plus tard. Enfin la troisième zone, c’est un restaurant de 1000 couverts qui occupe un tiers du bâtiment et sera ouvert au public 24 heures sur 24 et sept jours sur sept.

Vous êtes en bordure du quartier latin. Prévoyez-vous des passerelles avec les universités?
Nous n’avons pas vocation à accueillir des labos sur place. Nous souhaiterions mettre en place des partenariats, par exemple avec l’Ecole 42 ou l’INRIA. Mais les collaborations se passent plutôt au niveau des start-up elles-mêmes.

Lire aussi: MassChallenge couronne ses startups et dope l'économie suisse

Vous avez ouvert les candidatures en décembre dernier, avec quels résultats?
Nous avions déjà plusieurs centaines de candidatures rien que dans les premières 24 heures. Maintenant, la sélection est effectuée par notre “Selection Board”,une centaine d’entrepreneurs dans 21 pays différents.

Parce que toutes les start-up ne seront pas françaises?
Le critère national est secondaire.  On veut des gens du monde entier. A l’occasion des candidatures j’ai découvert qu’il y avait des start-up jusqu’au Népal.

Mais en ces temps de remontée des barrières nationales, ces start-up ne risquent-elles pas d’être bloquées?
La French Tech a lancé tellement d’initiatives ces derniers temps que c’est un peu dur de suivre. Mais il y en a une qui est particulièrement chère à mon cœur : le French Tech Ticket. C’est un visa pour les entrepreneurs du monde entier qui a été lancé l’an dernier. Il est question qu’il soit maintenant étendu avec un visa de 4 ans non seulement pour le fondateur d’une start-up mais pour ses employés.

A contrario avez-vous senti un effet sur les candidatures à Station F des votes nationalistes comme le Brexit ou l’élection de Trump?
On a clairement ressenti un effet Brexit parce que cela a créé de l’instabilité au Royaume-Uni. Trump l’a encore renforcé avec beaucoup d’entrepreneurs européens qui envisagent de rentrer parce que quatre ans c’est long. A cela s’ajoute le problème des développeurs dans la Silicon Valley. Les meilleurs préfèrent aller travailler pour Facebook ou Google si bien que cela induit de la rareté. En définitive, une personne vous coute quatre fois plus cher dans la Silicon Valley qu’à Paris. La France ne manque pas de talents mais ils s’exportent. On veut leur donner d’autres opportunités. 

En même temps, ces start-up auront besoin de capitaux et de ce point de vue, la Silicon Valley reste incomparable…
C’est vrai mais la situation évolue en particulier au niveau de l’amorçage et des séries A où il n’ y a plus vraiment de problème. Après comme ailleurs en Europe on manque de capital développement. Cela dit on voit maintenant arriver les grands fonds de la Silicon Valley comme Benchmark qui vient d’investir dans Zenly, qui n’a pas  déménagé aux Etats-Unis.

Lire aussi: En Suisse romande, l’effet MassChallenge

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Du même auteur:

«Le prochain président relèvera les impôts»
Dubaï défie la crise financière. Jusqu'à quand'

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."