Bilan

Réseautage au cœur de la Silicon Valley

Les dix étudiants vaudois du BCV Startup Camp 2016 ont exploré durant une semaine l’écosystème californien. Dans cet environnement très concurrentiel, le succès passe par la force du réseau. Reportage.
  • Devant le Golden Gate. Les étudiants ont été sélectionnés pour leur projet entrepreneurial.

    Crédits: Christian Jacot-Descombes/BCV
  • La Silicon Valley concentre près d’un sixième du capital-risque investi sur la planète.

    Crédits: Christian Jacot-Descombes/BCV

En remontant de Palo Alto vers San Francisco, sur l’autoroute vétuste baignée par une lumière intense, difficile d’imaginer que cette bande de terre longue comme l’arc lémanique concentre près d’un sixième des 350  milliards investis en capital-risque sur la planète ces cinq dernières années, en particulier dans les valeurs phares de la nouvelle économie, tels Tesla, Uber ou Airbnb.

Lire aussi: Ces jeunes entrepreneurs suisses qui montent à la Silicon Valley 

Portant chacun un projet entrepreneurial, les dix étudiants du BCV Startup Camp, une semaine organisée et financée par la BCV, ont entre 19 et 25 ans et étudient à l’EPFL, HEC ou encore l’EHL. Certains gardent en tête la légende forgée par les Jobs et Zuckerberg, encore aux études et bâtissant des empires depuis des garages ou des chambres universitaires. Ils vont découvrir une réalité plus complexe.

San Francisco, rencontre dans les locaux de Swissnex – organe pour le développement de l’entrepreneuriat suisse à l’étranger – avec Johannes Koeppel. En Californie depuis quatre ans, le Suisse a lancé WeTravel, une plateforme communautaire pour organiser en ligne des voyages de groupe. Sa force: son réseau, développé à Berkeley où il a effectué son MBA, rencontré son principal associé et déniché ses premiers financements.

«J’ai sollicité au moins 100 VC (investisseurs en capital-risque, ndlr) avant de trouver un seul financement de ce côté-là. Mon premier chèque de quelques milliers de francs, je l’ai reçu d’un de mes professeurs, puis un autre plus important d’anciens camarades de Berkeley, dont certains étaient devenus millionnaires.» 

Une réussite financière que ne connaît pas le jeune entrepreneur, qui se verse 4000  dollars par mois, soit à peine le loyer d’un logement à Palo Alto. «Ne lancez pas une start-up dans la musique ou les voyages», conclut-il. Pas de quoi entamer la foi des étudiants, sélectionnés par la BCV pour leur dimension entrepreneuriale. «L’argent n’est pas la principale motivation de l’entrepreneuriat. Il faut avant tout croire en son projet, même si on sait que les deux premières années, c’est ric-rac», retient Axel de Tonnac, en master à l’EPFL.

En se rendant sur le campus Stanford à Palo Alto, on mesure mieux cette puissance du réseau des grandes universités californiennes. Sur 5,5  milliards de budget, plus de cinq fois celui de l’EPFL, près d’un milliard provient des anciens élèves. Les bâtiments William Hewlett et David Packard sont là pour illustrer ce retour d’ascenseur des anciens de Stanford, probablement une des clés du succès sur la durée de la Silicon Valley.

Pour Emilie Peres, 21 ans, en génie chimique à l’EPFL, la visite tient lieu de repérage. Discrète mais déterminée, la jeune femme souhaite profiter de sa présence en Californie pour solliciter une place à Stanford pour sa thèse de master. «Je vais rester quatre jours de plus et taper aux portes.» 

«Pick up the phone and dial!»

Surprenante dans une optique européenne, la démarche ne choque pas outre-Atlantique. Mercredi soir, à San Francisco, Google donne une conférence sur l’intelligence artificielle. Avant la présentation, les convives s’abordent sans détour, et les étudiants multiplient les contacts à l’image d’Yann Dubois, de l’EPFL: «J’ai ajouté 5 personnes sur LinkedIn, dont un investisseur. C’est fou comme les gens se parlent facilement!» 

A la fin de la conférence, plusieurs personnes se lèvent et passent successivement au micro pour se présenter brièvement, ainsi que leur projet. Beaucoup recherchent une opportunité, de rares annoncent qu’ils recrutent. Un peu désespérée, la démarche semble parfois trahir la difficulté à trouver un emploi ou même un stage dans un environnement aussi concurrentiel. Ce speed dating de l’emploi laisse Cristina Tugui, venue de l’Université de Lausanne, dubitative: «Je ne sais pas si c’est très utile. Je pense qu’il faut privilégier la qualité du contact.»

Amin Kasimov se pose moins de questions, se lève d’un bond et saisit le micro pour exprimer devant 200 personnes son souhait de travailler sur place. Il recevra deux cartes de visite. Du haut de ses 22 ans, le jeune d’HEC explique son aplomb avec un sens inné du storytelling: «Je n’avais pas 20 ans et je voulais réussir. J’ai vu le film de Jordan Belfort « The Wolf of Wall Street » et j’ai compris qu' il fallait savoir vendre. Mon premier produit était un site internet, j’ai donc "pick up the phone and start dialing".»

Le networking semble payer. Le lendemain, un étudiant, Thibaut Paschal, reçoit un e-mail de réponse du SRI, le prestigieux centre de recherche de Stanford. Lors de la visite deux jours plutôt, il avait pu glisser deux mots sur sa télécommande de nouvelle génération pour drone, développée avec des camarades de l’EPFL, et avait obtenu les coordonnées d’un des directeurs du centre qu’il a immédiatement contacté. «C’est pour dans plus d’un an, explique Thibaut. Mais si je pouvais mener mon projet de master ou un stage dans le cadre du SRI, ce serait idéal.»

Un idéal de plus en plus accessible, car les capital-risqueurs américains se tournent désormais vers le Vieux-Continent pour dénicher les projets prometteurs et les déplacer le plus tôt possible dans l’écosystème californien, tel Alexander Fries, managing partner chez Polytech Ecosystem Ventures: «Aujourd’hui, les innovations technologiques sont en Europe, mais la puissance de développement à l’échelle mondiale réside encore dans le réseau de la Silicon Valley.» Les étudiants du BCV Startup Camp en ont pris bonne note.

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Du même auteur:

Les sociétés de conseil rivalisent avec l’IMD
Comment la sécurité se déploie aux frontières entre la France et la Suisse

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."