Bilan

Reportage Entre les murs de la forteresse Nagra ID

Une visite du Pentagone? Non, c’est le siège de Nagra ID, au Crêt-du-Locle, à mi-chemin entre La Chaux-de-Fonds et Le Locle. Là où se fabrique notamment la carte de crédit du futur.

Leader sur le marché de la carte à puce, ce centre de compétences hautement protégé est une filiale de Kudelski, géant vaudois de la sécurité numérique. Il conçoit entre autres des supports liés à la TV numérique, des cartes d’accès pour les entreprises, des abonnements pour les domaines skiables… mais aussi des pièces d’identité et des permis de conduire pour le compte de gouvernements. «Tout ce qui se rattache de près ou de loin aux cartes et à la sécurité», résume Frédéric Clauss, CEO de Nagra ID.

A l’étage du bâtiment, un sas de sécurité débouche sur un large couloir dont les parois vitrées révèlent de grands ateliers de fabrication. Interdiction d’y pénétrer. Quelques collaborateurs en blouse manœuvrent les diverses machines. Pas de photos où ils sont reconnaissables. Sécurité oblige. «Nous avons un système très vertical, explique le directeur technique François Droz. Toutes les étapes de la conception d’une carte se déroulent entre nos murs.» Avant l’impression, les polygraphes traitent l’aspect design d’après les instructions des clients. «Ici, nous assemblons les différentes couches du support, poursuit-il en désignant des machines à travers la vitre. La fonction de laminage permet de bien les souder ensemble.» Un travail minutieux et compliqué qui requiert une formation complète à l’interne. Puis, la puce électronique est insérée après le découpage de la carte. Celle-ci peut finalement être  personnalisée, dans une salle située sur le côté gauche du couloir. Difficile de distinguer quelque chose derrière cette vitre miroitante… «Les collaborateurs en charge de la personnalisation ne se mélangent pas à ceux qui fabriquent les supports, indique François Droz. Les composantes ne peuvent être connues de tous.» Quant à la production, elle varie selon les commandes, de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers de pièces par jour.

Une protection contre les cyberattaques

Les projecteurs sont actuellement braqués sur la carte à affichage numérique (carte à display). «Elle devrait intéresser les acteurs bancaires, estime le CEO Frédéric Clauss. En plus d’effectuer les opérations de paiement habituelles, elle permet d’accéder aux comptes e-banking et de faire des achats en ligne. Avec une sécurité maximale.» Plus besoin de «calculette» ou autre porte-clés à chiffres pour valider les accès: les solutions bancaires sont réunies en un support aussi fin et léger qu’une carte à puce ordinaire. Cette technologie de miniaturisation intègre entre autres une batterie et un microcontrôleur. Une sécurité et un confort d’utilisation que Nagra ID, entreprise certifiée par les géants MasterCard et Visa, développe aussi dans ses centres de Los Angeles et de Paris.

Comment sécuriser concrètement les accès physiques et informatiques? Grâce à l’insertion de mots de passe uniques générés par la carte à display. Le premier modèle, élaboré il y a huit ans, comprend un bouton qui génère ces codes. La deuxième génération, elle, inclut un clavier numérique qui maximise la protection. «Lors de transactions bancaires, cette authentification forte protège l’utilisateur des cyberattaques de plus en plus sophistiquées», souligne Frédéric Clauss. MasterCard et Nagra ID ont annoncé en décembre dernier un tout nouveau modèle: la carte d’information. Démonstration du CEO: «Ce display permet au client d’afficher les sommes qu’il a récemment dépensées et le solde de son compte», explique-t-il en manipulant les touches du pavé numérique de la carte de crédit du futur. Qui se révèle être aussi un outil marketing séduisant: «La banque peut transmettre des messages à travers l’affichage, mais aussi des invitations ou tout autre type de promotion.»

Pas un mot sur le chiffre d’affaires de l’entreprise. Quant à ses clients, Nagra ID a fourni ses cartes à la Bank of America, la banque turque TEB, ainsi qu’à SinoPac à Taïwan. Une vingtaine de projets pilotes sont lancés aux Etats-Unis et en Europe. Et en Suisse aussi… Les langues ne se délient pas. «Ces cartes bancaires devraient circuler sur le marché helvétique d’ici à fin 2011 ou en 2012», mentionne néanmoins Frédéric Clauss. L’entreprise chaux-de-fonnière, qui produit 70 à 80 millions de cartes par an, noue des partenariats avec des leaders mondiaux de la sécurité. A commencer par Gemalto. La société travaille également avec des intégrateurs comme FisID, une division spécialisée dans l’identité informatique avec qui Nagra ID a conçu une carte de garantie électronique pour les montres. Ce support, quasiment impossible à reproduire, offre un accès sécurisé à une plate-forme de la marque horlogère grâce à ses mots de passe uniques. Premier client: la manufacture genevoise De Witt.

Les portes de la carte à display resteront fermées. Accès interdit à sa zone de fabrication. Peur de l’espionnage? «Non, plutôt du vol, répond le directeur technique François Droz. Si une seule carte bancaire vient à manquer, toute l’usine doit s’arrêter net. Ce qui n’est encore jamais arrivé.»

 

Sécurité

Le danger des cartes non personnalisées

Les procédures de sécurité visent à empêcher la fuite d’informations sur les comptes des clients, les coordonnées ou les codes PIN. «Une fois la carte fabriquée et le nom du propriétaire apposé, on enregistre sur la puce les coordonnées bancaires du client», explique Claude-Olivier Gertsch, chef de la sécurité de Nagra ID. Si cette carte est volée, le danger serait «limité» au plafond du crédit autorisé. Un risque relativement cerné et connu. Le véritable danger réside ailleurs. «Le vol de cartes encore vierges de toute personnalisation est plus grave: ces cartes peuvent être personnalisées de manière frauduleuse. Si elles sortent du marché, elles échappent à tout contrôle.»

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Lui écrire

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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