Bilan

Rémunération sur TikTok: les Suisses sont laissés sur le carreau

Depuis septembre 2020, les producteurs de contenus TikTok les plus populaires en Europe peuvent être rémunérés : le million de vues rapporte la somme de 20 euros. La Suisse ne figure pas sur la liste des pays concernés. Une annonce au goût amer pour les utilisateurs suisses du réseau social.

Les producteurs de vidéos TikTok sont démunis face à la faible rémunération de la plateforme.

Crédits: Pexels

Aussitôt l’annonce communiquée, les réactions fusent. Sur la plateforme TikTok, des vidéos arrivent par dizaines. Sur l’une d’entre elles, une jeune suisse chante les paroles “je suis dégoûtée” avec l’incrustation textuelle: “Quand tu apprends que les fonds de créateurs ne fonctionnent pas en Suisse”.

Pourtant, ils avaient eu une lueur d’espoir. Août 2020, le réseau social chinois décide de récompenser les producteurs de vidéos les plus méritants avec la création d'un fond américain de 200 millions de dollars. Septembre 2020, le “fonds est désormais disponible partout en Europe”, annonce un communiqué de la plateforme. Partout?

En réalité, il faut répondre à des conditions précises pour prétendre à la somme allouée pour les régions européennes. Les critères: avoir 18 ans révolu, au moins 10’000 abonnés, plus de 100’000 vues sur les vidéos au cours des 30 derniers jours, poster un contenu en accord avec les règles communautaires du réseau social. Dernière modalité, celle de résider en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie ou en Espagne. C’est ici que ça coince.

La Suisse ne fait donc pas partie des heureux élus pouvant prétendre à une quelconque rémunération. Toutefois, les pays figurant sur la liste ne sont guère plus satisfaits et estiment que les rétributions sont trop faibles. Un producteur de vidéos remplissant les critères d'éligibilité pour la rémunération empoche 0,4 centime d’euro les milles vues et 20 euros le million de vues, annonce l’AFP dans une enquête. La raison: le fond de 60 millions d'euros est divisé entre des milliers d’utilisateurs répartis dans les 5 pays. En comparaison, YouTube versera 1 euro pour mille vues et seulement 1’000 abonnés sont nécessaires pour pouvoir être rémunéré. Bien moins que les 10’000 requis chez TikTok.

Investissement fourni, aucun argent encaissé

La communauté de Delphine Roucher, créatrice au 112’000 abonnés, a pris une ampleur considérable pendant le confinement. Alors sans emploi, elle aurait apprécié être récompensée pour son investissement sur la plateforme. “Mes vidéos auraient pu me permettre de gagner peu d’argent, déclare-t-elle. Même dix ou vingt francs m’aurait fait plaisir.” Toutefois, elle conclut que l’argent n’est rien à côté du retour de ses abonnés: “Ma rémunération à moi, c’est les personnes qui m’écrivent pour me dire qu’ils ont changé de mentalité grâce à mes vidéos. C’est la meilleure des récompenses.”

Sami Loft aurait aussi désiré cette récompense financière. Grâce à ses vidéos de conseils mode, de recettes et d’astuces en tout genre, Le Vaudois vient juste de passer la barre des 1 million de followers (ndlr. abonnés) et ses vidéos comptabilisent souvent plus de 500’000 vues, voire des millions. Pourtant comme Delphine: pas de rémunération à la clé. “TikTok USA avait publié une vidéo pour annoncer que nous serons désormais récompensés. J’étais vraiment heureux, jusqu’à ce que je regarde la liste des pays concernés”, raconte-il avec une certaine amertume.

Avec du recul, Sami ne se dit pas étonné de cette nouvelle: “Je ne pense pas que la Suisse va débloquer cet argent de sitôt lorsqu’on voit combien de temps ils ont pris pour rémunérer les youtubeurs suisses.”

Pourtant, des démarches pour débloquer le fond destiné aux producteurs, il y’en a eu. Avec l’aide de son agence, le TikTokeur Noa Dorian a envoyé de nombreux mails pour réveiller le réseau social, en vain. Contacté, TikTok n’a pas répondu à notre sollicitation.

Quelle alternative à ce manque?

À défaut de recevoir de l’argent sur le contenu, il existe un moyen de récolter de l’argent. Les collaborations et partenariats sont pour les producteurs suisses de vidéos une option au fond de créateur. Sami Loft fait partie de ceux qui promeuvent des produits de marques: “Du moment où l’on a une communauté importante, les entreprises s’intéressent à nous. J’ai eu l’opportunité de faire quelques partenariats et ça m’a permis de gagner un peu d’argent.” Par exemple, Sami peut récolter entre 2’500 et 5’000 francs pour une collaboration avec une marque.

Akim Brian tient un compte de recettes saines qu’il partage avec sa communauté sur TikTok. Passionné de nutrition et de maquillage, il accepte des partenariats non rémunérés avec des plus petites marques. Le Vaudois reçoit divers produits par des entreprises de maquillage ou de boissons non sucrées, les essaie puis en parle à sa communauté: “Je ne bénéficie pas encore d’argent direct, mais des “cadeaux” que j’ai plaisir à tester et promouvoir.”

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