Bilan

Réalité virtuelle et journalisme immersif à l'honneur à Tous Ecrans

Le Festival Tous Ecrans de Genève ancre plus que jamais la production audiovisuelle dans le XXIe siècle. Son édition 2015, du 6 au 14 novembre, invite à plonger dans des contenus immersifs.
  • Dans le Jardin digital qui sera installé dans la cour de la Maison communale de Plainpalais, les spectateurs pourront découvrir des films diffusés à 360° sous un dôme.

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  • Emmanuel Cuenod insiste sur les passerelles entre le cinéma, la télévision et les nouveaux moyens de créer des contenus digitaux.

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  • Pendant les neuf jours du festival, neuf postes de découverte de films en réalité virtuelle seront proposés, avec des casques mis à disposition des festivaliers.

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Il y a une quinzaine d'années encore, un festival comme Tous Ecrans pouvait marcher sur ses deux «jambes» historiques: cinéma et télévision. Les festivaliers qui se rendaient aux rendez-vous proposés par les organisateurs découvraient films, documentaires et séries TV en avant-première. En 2015, ce temps est révolu: «Aujourd'hui, les contenus sont accessibles très très vite via le téléchargement ou le streaming sur le web. Pour ne pas proposer des créations qui auraient été largement vues en ligne déjà, nous avons sorti de la programmation un certain nombre de séries», confie Emmanuel Cuenod, directeur du festival Tous Ecrans.

Pour sa prochaine édition, du 6 au 14 novembre, le festival ne renie pas ses deux piliers historiques, mais met l'accent sur le troisième: la culture digitale, «qui raffermit et rajeunit les deux premiers», dixit Emmanuel Cuenod. Ainsi, l'un des rendez-vous les plus surprenants pourrait être le reportage immersif signé par Chris Milk et Spike Jonze au coeur de Millions March, un défilé contre les violences policières à New York: les deux réalisateurs ont filmé l'événement avec un dispositif 360°. Pour le visionner, le spectateur est invité à s'équiper d'un des casques de réalité virtuelle mis à disposition par Tous Ecrans: il peut ainsi suivre le cortège dans les rues de Manhattan, se sentir au coeur de l'événement et tourner la tête dans tous les sens pour saisir au mieux l'environnement de l'événement. «Aujourd'hui, on peut faire du journalisme différemment, avec des outils innovants, afin de faire vivre un événement sous un autre angle», constate Emmanuel Cuenod, qui rappelle que le festival genevois «doit continuellement se poser la question de sa valeur ajouter et être constamment plus questionnant et plus inspirant».

Réinventer la prise de vue avec la réalité virtuelle

Avec la réalité virtuelle, le hors-champs disparaît: le choix du cadrage par un cameraman n'existe plus. «Cela force à réinventer la prise de vue: le cadreur doit-il assumer sa présence à l'écran ou se faire le plus discret possible?» interroge Emmanuel Cuenod. Selon lui, «le chemin que prend le digital est de plus en plus clair vers l'immersif et le virtuel: cette perception très sensorielle plonge le spectateur dans la création et il peut ainsi redécouvrir le monde avec de nouveaux outils». Une démarche pas toujours évidente: «On doit s'interroger et se confronter à des choses qu'on ne comprend pas toujours, sur la forme avec ces outils digitaux, comme sur le fond».

La question se pose aussi pour d'autres contenus créés en réalité virtuelle, notamment The Enemy, de Karim Ben Khelifa, qui plonge le spectateur dans le conflit israélo-palestinien en lui faisant vivre des situations tendues du point de vue des acteurs des deux camps. D'autres créations seront également présentées, comme Clouds Over Sidra de Gabo Arora et Chris Milk, un projet soutenu par l'ONU, ou encore Jisr al-Shougour dévastée de Okio Report & Smart, une découverte en réalité virtuelle de la situation en Syrie actuellement.

Conflit de générations entre des anciens relégués à des formats classiques et des jeunes qui seraient à l'aise avec le numérique et des outils contemporains? Pas forcément, selon le directeur du festival: «Des cinéastes actifs depuis des décennies comme Godard ou Wenders ont tourné des films en 3D: ce n'est pas l'apanage de quelques surdoués qui disposeraient des moyens de Hollywood». Et ces oeuvres nées de noms prestigieux légitiment les créations d'autres auteurs. Une relève qui pourrait dès lors s'affirmer. «Nous ne sommes pas, en Suisse, dans un pays où on met toujours en avant la possibilité d'avoir une culture pour les jeunes et par les jeunes», regrette Emmanuel Cuenod, qui note toutefois qu'«on sent des frémissements en Suisse et qu'il faut désormais les encourager et les accompagner pour permettre à cette culture d'exister».

Tous Ecrans entend donc jouer ce rôle. Lors de son édition 2015, un Jardin digital sera proposé: sous un dôme installé dans la cour intérieure de la Maison communale de Plainpalais, des films seront diffusés à 360°, tandis que 17 films en réalité virtuelle seront proposés. Une nouvelle façon de vivre l'expérience de l'écran, qu'il s'agisse d'un film, d'un téléfilm, d'une série, d'un documentaire ou d'un reportage. «Parfois, nous avons eu par le passé quelques projets qui ont pu sembler un peu gadgets aux yeux de certains observateurs externes, reconnaît Emmanuel Cuenod. Mais le cinéma n'était-il lui-même pas gadget voici 120 ans quand on filmait la sortie des ouvriers d'une usine ou l'entrée d'un train en gare?»

Une expertise du digital reconnue à l'international

Pour convaincre ceux qui pourraient encore avoir des doutes, Tous Ecrans propose son Wonderlab, un espace dévolu à la réalité virtuelle avec accès libre pendant les neuf jours du festival et neuf postes pour visionner des films à l'aide de casques de réalité virtuelle. Cette orientation entamée voici plusieurs années par l'équipe d'organisation du festival lui a conféré au fil du temps une expérience désormais reconnue par d'autres événements majeurs du secteur audiovisuel. Ainsi, en mai dernier, Tous Ecrans était à Cannes à l'occasion du festival pour présenter le savoir-faire helvétique en matière de digital et de réalité virtuelle. Et l'équipe d'Emmanuel Cuenod travaille aussi avec d'autres grands rendez-vous majeurs, du festival de Locarno à celui du Nouveau Cinéma de Montréal. Notamment via l'Alliance digitale, ce réseau suisse des créations numériques cofondé par Tous Ecrans et les conférences Lift notamment.

Cependant, le festival genevois n'oublie pas ses fondements historiques. Et l'édition 2015 réserve un programme de choix au niveau des films. Avec les avant-premières suisses voire européennes des dernières créations de Takeshi Kitano, Sarah Gavron, Dibakar Banerjee, Peter Greenaway ou encore Johnnie To. Le scénariste français Jean-François Halin sera également présent avec la projection intégrale des douze épisodes de sa série tournée pour Arte, Au service de la France, une série d'espionnage humoristique sur un ton très proche des films OSS 117 de Michel Hazanavicius. Et un hommage rendu au réalisateur néerlandais Anton Corbijn, «une personnalité qui colle à l'esprit de notre festival car il passe sans soucis de la photographie au vidéoclip et au long-métrage», se réjouit Emmanuel Cuenod.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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