Bilan

Qui sont les gagnants du coronavirus?

Quelques acteurs bénéficient de l’épidémie de Covid-19: biotechs, fabricants de masques, Netflix et sociétés de vidéoconférence notamment voient leurs ventes progresser.

L’action du géant américain du streaming Netflix a bondi de 15% depuis le début de l’année.

Crédits: Netflix

Président de l’Association des grossistes pharmaceutiques, René Jenny se trouve aux premières loges pour observer les pénuries liées à l’épidémie de coronavirus: «Nous sommes en rupture de stock de masques antivirus de type FFP. Ordinairement, il s’en écoule environ 3000 pièces par an. Or, il en a déjà été vendu 2000 depuis le début de l’année.» En Suisse, les masques FFP proviennent principalement d’une fabrique de matériel médical basée à Schaffhouse: IVF Hartmann. Cotée à la Bourse suisse, l’action de la holding a fait un bond de 20% depuis janvier dernier, alors que l’indice SPI plongeait de 8%.

Comme les masques FFP sont maintenant introuvables, certains ont flairé le bon filon et vendent sur internet des kits réunissant du désinfectant, des gants et de tels masques pour des prix prohibitifs. Un étudiant en médecine lausannois a écoulé des masques qui valent dans les 2 francs la pièce à près de 40 francs, rapporte la Tribune de Genève/24 heures. René Jenny s’insurge: «C’est un scandale de profiter de la situation. Il faut informer la population. Les véritables masques antivirus sont ceux qui comportent une pastille à l’avant et sont soumis à une date d’expiration. Les autres articles sont des masques chirurgicaux ou antipoussière qui empêchent seulement un malade de contaminer ses proches par projections de fluides.»

«Une période intense»

Fin février, l’épidémie de coronavirus fait trembler l’Italie du Nord, faisant plusieurs victimes. Dans la foulée, le Dow Jones cède 15% en une semaine et c’est la panique sur les marchés. Les investisseurs vendent en masse, tandis que certains y voient des opportunités d’achat. Chez Swissquote, leader helvétique du trading en ligne, les circuits chauffent. «Nous avons enregistré un volume énorme de transactions. Le 24 février, nous avons eu une panne de 12 minutes qui a touché environ 20% de notre clientèle. Notre centre d’appels est cependant resté disponible en permanence pour prendre les ordres des clients. Nos systèmes ont plutôt bien tenu le choc durant cette période intense», se félicite Marc Bürki, CEO de Swissquote.

Dans le secteur de la pharma, les biotechs actives dans les médicaments contre la grippe et les vaccins se distinguent. A l’origine d’un traitement qui pourrait soigner la maladie, l’américaine Gilead Sciences affiche un gain en bourse de 20% depuis janvier. Toujours aux Etats-Unis, une petite société inconnue cotée au Nasdaq a vu ses actions s’envoler de 1600%. Co-Diagnostics a réussi l’exploit de lancer un test capable de détecter la nouvelle souche du virus en une semaine. Occupant une place de leader dans les diagnostics et les traitements de la grippe, la bâloise Roche se maintient avec une progression de son bon de participation de 4% durant la même période, tandis que sa rivale Novartis plongeait de 25%.

Un indice «Stay at home»

Rassemblements et manifestations sont annulés en masse pour éviter la contagion. Alors que faire? Rester chez soi et regarder Netflix! L’action du géant américain du streaming a grimpé de 15% depuis le début de l’année. Egalement active dans le divertissement en ligne, Amazon a de son côté flambé de 20% avant la débâcle du 24 février.

Alors que la planète découvre les avantages du télétravail pour limiter les risques de propagation, les firmes proposant vidéoconférence et transferts de documents intensifient leurs efforts publicitaires. Les fournisseurs américains Slack et Dropbox multiplient les nouveaux utilisateurs. Basée dans la Silicon Valley, la société Zoom a renoncé à profiter de la situation. Le CEO milliardaire chinois Eric Yuan a levé la limite de 40 minutes gratuites de son service de visioconférence. Originaire de la province de Shandong, il a déclaré vouloir ainsi apporter sa contribution à la lutte contre la maladie.

Opportuniste, la société d’investissement américaine MKM Partner a créé un indice «Stay at home» (rester à la maison) qui regroupe 33 sociétés, dont Netflix, mais aussi Teladoc (New York), qui offre des consultations médicales à distance, et le géant chinois de l’e-commerce Alibaba.

«La peste» cartonne

D’autres bénéficiaires du Covid-19 affichent un profil inattendu. En Chine, le jeu disponible sur téléphone portable «Plague Inc» (Peste) a fait un malheur. Les joueurs doivent créer un virus qui se propage le plus rapidement possible dans le monde. L’application, téléchargée 120 millions de fois, dont sans doute par nombre des quelque 56 millions de Chinois confinés chez eux, vient cependant d’être retirée de l’App Store chinois.

Et puis un volet littéraire. Près de 1800 exemplaires de La peste d’Albert Camus ont été vendus en France lors de la dernière semaine de janvier, contre quelque 400 en temps ordinaire. Publié en 1947, le livre relate une épidémie de peste dans la ville algérienne d’Oran. Ce classique figure aussi parmi le top cinq des meilleures ventes sur Amazon en Italie.


(Crédits: Kitty Kleist-Heinrich)

Le petit labo allemand derrière le test du coronavirus

Santé Un modeste bâtiment de briques datant de l’ère industrielle en face de l’aéroport désaffecté de Tempelhof, à Berlin. Voilà où se logent la quarantaine d’employés de TIB Molbiol Syntheslabor, société qui fournit l’essentiel des kits de tests anticoronavirus utilisés dans le monde. Fondateur de la société, Olfert Landt enchaîne les nuits sans sommeil, rapporte la presse allemande: «Nous atteignons tous nos limites.» Tous les jours, des laboratoires, des gouvernements, des ministères et des ambassades appellent pour commander des centaines, voire des milliers de dispositifs. La firme créée dans les années 1990 en a déjà produit trois millions depuis janvier, pour les expédier dans plus de 60 pays.

Le kit lui-même pèse 14 grammes. Il se compose d’un sac en plastique avec une ampoule d’environ deux centimètres de long contenant quelques granules, ainsi que d’une notice.

La solution permet de réaliser 96 tests.

Et même le double lorsqu’elle est diluée.

En février, l’entreprise a enregistré un chiffre d’affaires trois fois supérieur à celui du même mois de l’année précédente. Mais malgré le volume des ventes, TIB Molbiol ne fait pas vraiment fortune. Les tests quittent le laboratoire allemand au prix de 2,50 euros. Ils seront ensuite revendus notamment par Roche au prix de 280 francs, rapporte «Le Temps».

Un chiffre que Roche refuse de confirmer ou d’infirmer, sans donner davantage d’informations sur sa marge. Les 280 francs partent ainsi presque entièrement dans les poches du distributeur et des intermédiaires.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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